Le social networking, un nouveau métier à tisser pour les réseaux de personnes

Les sites de rencontre communautaires ont fait leur apparition après le lancement au mois de mars 2003 du site Friendster aux Etats-Unis proposant une nouvelle approche de la rencontre en ligne. Depuis, le site pionnier a fait de nombreux petits, non seulement dans l’univers de la rencontre amoureuse, mais aussi dans celui de la rencontre professionnelle et amicale… A présent, pour tous ces sites, plusieurs problèmes restent à résoudre : Quel sera leur modèle économique ? Comment pérenniser les premiers usages du social networking, au-delà du pouvoir attractif du concept et de l’effet de mode ? Autant de questions qui sont l’occasion d’une immersion dans l’univers des réseaux sociaux en compagnie de Frank Beau.

Le social networking a fait son apparition après le lancement au mois de mars 2003 du site Friendster aux Etats-Unis proposant une nouvelle approche de la rencontre en ligne, largement inspirée de la théorie de Stanley Milgram, selon laquelle il existerait six degrés de séparation au maximum entre chaque personne dans le monde. Le site pionnier a déjà fait de nombreux petits, mais à présent pour tous ces sites, deux problèmes restent résoudre : Quel sera leur modèle économique ? Comment pérenniser ces premiers usages du social networking, au-delà du premier pouvoir attractif du concept et de l’effet de mode ?

Par Frank Beau

Sommaire
Premiers effets psychologiques et sociologiques de la théorie appliquée des six degrés de séparation

Qualification et raffinement des liens sociaux
Les joies et les affres du décloisonnement des réseaux de connaissances
Mesure et croissance de son capital social, le dialogue des amitiés proches et lointaines

Evolution de l’économie et des usages du social network

Encadrés
Précisions en guise de définitions
Typologie des réseaux sociaux
La crise des fakester, quand l’imaginaire vient polluer la réalité
Pour aller plus loin

Précisions en guise de définitions

A l’origine, le concept de social networking se rapproche de l’analyse sociologique des réseaux, des relations entre individus et au niveau des structures de groupes, mais encore de la sociométrie, qui tire ses origines des travaux de Jacob Moreno (1892-1974), qui dans Fondements de la sociométrie (1954), désigne sous ce nom un ensemble de techniques d’analyse des relations au sein de petits groupe. La sociométrie se défini comme une science qui « sert à mesurer l’importance de l’organisation qui apparaît dans les groupes sociaux, à la lumière des attractions et des rejets qui se manifestent à l’intérieur de ces groupe ».

Sans délaisser l’héritage de cette sociologie des réseaux, le social networking désigne désormais plutôt des réseaux sociaux ou réseaux personnels utilisant les nouvelles technologies.

Pour fonctionner, un réseau social a besoin de logiciels ad-hoc : on parle de logiciels sociaux (logiciels de réseaux sociaux ou Social Software Network) qui recouvrent, de fait, un large pannel d’outils qui permettent à plusieurs personnes d’être en relation les unes les autres. Ils désignent un « système logiciel facilitant la communication de groupe, la construction et la solidification de liens sociaux, le travail collaboratif, le jeu à plusieurs, la création collective, etc, etc. Bref, tout système logiciel qui disparait derrière l’usage social qui en est fait. » (http://wiki.artlibre.org/index.php/LogicielSocial et http://wiki.crao.net/index.php/LogicielSocial)

Enfin, il faudrait peut-être introduire le concept d' »outils sociaux » ou d’outils sociométriques pour désigner des logiciels permettant de faire de l’analyse des réseaux sociaux TIC et d’en donner des représentations graphiques.

Premiers effets psychologiques et sociologiques de la théorie appliquée des six degrés de séparation

Les réseaux sociaux sont ainsi des sites proposant de se retrouver entre connaissances et d’étendre son réseau d’amis, de relations professionnelles, de proche en proche. La procédure est en général la suivante : l’internaute reçoit un jour un e-mail, envoyé par l’intermédiaire d’un site nommé Friendster (http://www.friendster.com), Ryze (http://www.ryze.com), Netfriends (http://www.netfriends.fr), Affinitiz (http://www.affinitiz.com), LinkedIn (http://www.linkedin.com) ou encore Friendset ( http://www.friendset.com). Sur Tribe.net (http://www.tribe.net) par exemple, le courrier vous informe que l’un de vos amis, dont le nom vous est indiqué, vous invite à vous inscrire à un service gratuit conçu pour « vous aider à rester connecté avec vos amis et votre famille ». Quelques témoignages de membres agrémentent le courrier. Par exemple, John B : « Je ne cherchais pas une petite amie, mais maintenant je suis tellement amoureux ». Le mail vous propose de vous connecter sur le site. Vous tombez alors sur une page de profiling où il s’agit de donner vos noms prénom, adresse, sexe, date de naissance. Une fois le profil créé, vous pouvez accéder à votre page personnelle, où vous avez la possibilité de remplir toute une série de champs supplémentaires sur vos hobbies, centre d’intérêt, école et formation, profession. Sur cette même page va s’afficher la liste des personnes auxquelles vous êtes reliés directement, mais encore la taille de votre réseau, calculé en fonction du nombre de personnes reliées à chacun de vos amis. Depuis cette page, l’usager a alors la possibilité de communiquer par e-mail, par chat, de créer des espaces thématiques de discussion, d’accéder à divers services d’annonces, d’emploi en particulier. Une chose est sure, le social networking est pensé pour fonctionner selon une dynamique d’expansion virale, où le client-usager est appelé à être activement prescripteur. Résultat avec une première progression fulgurante, le site pionnier Friendster a enregistré près de quatre millions d’inscriptions en quelques mois. C’est pourquoi dans la foulée, une multitude d’autres sites de rencontres communautaires se sont ouverts, proposant des solutions ergonomiques et fonctionnelles en tous genres. Or, si les méthodes de prescriptions semblent donc plus ou moins fonctionner pour certains de ces sites, il reste à savoir quels usages réels et persistants les internautes font de cette nouvelle catégorie de logiciels sociaux, au-delà d’un premier attrait lié à la nouveauté et à la simple confiance accordée à une ami, dans la démarche d’inscription. Petite analyse donc, autour des premiers cas d’école.

Typologie des réseaux sociaux

Avant de parler de modèle ou de première typologie, on distingue déjà trois positionnements en terme de réseaux sociaux. Les sites de rencontres amoureuses (Friendster), les sites de rencontres amicales (Friendset, Tribe.net) et les sites de rencontres professionnelles (comme Ecedemy par exemple). A cela s’ajoute les sites non-marchand comme le Foaf Project utilisant des technologies xml, rds (cf. article).
Ross Mayfield (http://radio.weblogs.com/0114726/2003/01/02.html), un jeune chercheur américain a déjà effectué un premier travail de classification de ces sites, entre les réseaux déclaratifs qui jouent sur le rapprochement des goûts, les réseaux présentiels ou physiques fondés sur l’organisation de rencontres réelles, les réseaux se situant sur des logiques conversationnelles ouvertes, les réseaux privés et cloisonnés enfin comme peut l’être Friendster.

Qualification et raffinement des liens sociaux
« Je me suis inscrit sur Friendster », raconte un certain Johnatan Ringen au magazine The Village Voice, « et après un rapide tour d’horizon je découvre que toutes les personnes que je connais y sont déjà. J’ai été choqué de constater qu’il se soit passé autant de temps temps avant que quelqu’un ne daigne m’inviter. » L’accident paraît possible et sans doute est-il fréquent même. Car le social network, qui transpose sur le net les réseaux de relations tels qu’ils existent dans la « réalité », semble fonctionner très vite comme une sorte d’outil à révéler ou réveiller la force ou la qualité des liens entre les personnes. Conséquence, l’asymétrie de certaines relations peut y apparaître au grand jour, lorsque l’usager constatera que celui dont il pensait être l’ami ne répond pas aussi vite à ses avances. De son côté une certaine Auryn, déclare à propos d’un vieil ami retrouvé sur Friendster : « Je pensais que je ne reverrai jamais cette personne un jour. Peut-être que ce n’est pas surprenant, nous sommes tous les deux du sud de la Californie, tous les deux dans la musique. Tout le monde accepte que nous vivons dans un petit monde, mais Friendster rend cela plus apparent. » Autre effet inattendu donc, les vieux amis oubliés vont venir s’ajouter – du moins potentiellement – aux nouveaux (pour le meilleur et pour le pire), transformant ce réseau en outil à compiler des générations successives d’amitiés de relations, de connaissances, de vies antérieures et actuelles.

En attendant, le social networking va être utilisé pour raffiner les relations, du moins temporairement, en utilisant certaines fonctions de ces sites pour communiquer autrement avec ses propres amis. « Ce qui est pratique c’est d’avoir son panier de copains au même endroit, nous raconte Marie (29 ans, Paris) à propos de Tribe.net (http://www.tribe.net). C’est plus rigolo que le carnet d’adresse de base. Je m’en sers pas mal en fait pour les mails. Parce que j’ai toujours l’impression que mes amis sont plus actifs quand je leur envoie un mail sur Tribe que sur ma messagerie classique. Ça les « titille » de la Tribu en quelque sorte. Maintenant je ne suis pas certaine que cet effet va durer. L’autre interêt c’est d’aller regarder les copains des copains. Si on pouvait voir les nouveaux arrivant dans le panier de tes copains, le réseau serait animé tout le temps. » Un mois après sa première déclaration Marie n’utilise plus cette fonction, l’effet de nouveauté étant retombé pour elle et sa tribu.

Autre effet lié à la qualification des relations. Certains sites de « réseaux sociaux », comme Tribe.net justement, proposent de rédiger des « testimonials », autrement dit des commentaires de type Livre d’or sur ses amis. Si beaucoup d’usagers sont de fervents adeptes de cette fonction consistant en général en une déclaration publique d’amitié et de confiance, le « syndrome du testimonial » peut aussi affleurer à partir de là : « lorsqu’un ami envoie un testimonial il est non seulement difficile de refuser, mais cette action nous oblige envers lui. Il faut alors écrire à son tour un mot, ce qui n’est pas toujours évident », nous raconte Marc de Paris.

Les joies et les affres du décloisonnement des réseaux de connaissances
Le social networking dans ce sens pose l’une des plus intéressantes questions sur « l’individu moderne », car en effet davantage qu’en d’autres temps peut-être et du fait de l’accélération des technologies en réseau, chaque individu possède plusieurs cercles de relations, parfois séparés par des cloisons soigneusement entretenues. Certains auront pris garde de ne jamais mélanger les amis du boulot et les amis de soirée, les amis « intellos » et les potes du rugby, ceux de Paris et de Province, etc. Or, sur le social network, il n’y a qu’une seule catégorie « Potes » et pas de sous-classes ou de compartiments pour moitié d’amis, ou les amis de tel ou tel contexte. « C’est un vrai instrument de décloisonnage des différents réseaux amicaux », confirme Guénaël de Paris,  » c’est la première fois que je fais ça. Des amis à moi vont se mettre en contact, ce qui me fait frissonner. »

Aussi, le décloisonnement des cercles de connaissances provoquera potentiellement de bonnes surprises, mais encore des effets de proximité trop gênants entre les différents niveaux de vie privée. Par exemple, que faire de cette nouvelle recrue, une belle ou un beau californien, qui demande à être son ami, et sera exposé(e) au regard de tous ses autres amis ? Au passage, rares sont les hommes et les femmes célibataires qui y oublient que le social network est avant toute chose, un dispositif de rencontres plus ou moins affiché. Comme en témoigne un peu radicalement Amy (30 ans, Etats-Unis) : « Les sites comme Friendster ou tout le monde est connecté ont un plus grand pouvoir d’attraction mais fondamentalement cela repose sur les mêmes mécanismes que les sites antérieurs. Ces sites sont très bien mais ce n’est pas fondamentalement nouveau, les garçons continuent d’envoyer des photos de leurs penis… »
Pour satisfaire au besoin de découvertes plus généralement et favoriser les rencontres amicales, le site français Friendset a mis en place, une fonction appelée Friendset Live permettant d’inviter ses amis à diverses occasions de sorties. En quelque sorte un générateur d’Events, de soirées et de rencontres réelles. Pour le moment il n’existe aucun retour d’expérience sur son efficacité mais la fonctionnalité paraît s’agencer idéalement au dispositif. D’ailleurs certains sites comme Meetup (http://www.meetup.com) sont directement dédiées aux rencontres physiques d’amis au niveau local.

En quelque sorte, après l’époque de la fragmentation des identités et des cercles de relations à l’heure du web, où les internautes se sont testés à travers des sites, des forums, des jeux, semble venir la période de synthèse et de rencontres des mondes, à travers le rapprochement des amis issus de ces réseaux de connaissances distribués. Un phénomène directement issu de la théorie des six degrés de séparation, présentant le monde comme autant de potentialités davantage à portée de main que l’on ne le croît.

Mesure et croissance de son capital social, le dialogue des amitiés proches et lointaines
En attendant l’usage du social network est devenu pour de nombreuses personnes un moyen de tester et surtout d’augmenter son capital social, en particulier aux Etats-Unis. Or, « si les Américains aprécient de voir leur cercle d’amis grandir, je ne suis pas certain que les Européens réagiront de la même façon. De même qu’il y a déjà une grande différence entre le dating aux Etats-Unis et le dating en Europe », remarque Marc Simoncini, PDG de Meetic et Friendset, le premier social network français, ouvert en octobre dernier. Avoir le plus grand nombre d’amis, ou le plus gros réseau (dont la croissance est d’ailleurs mesurée par le site) va devenir un jeu, un loisir, un nouveau moyen de se distinguer pour une partie des usagers. Mais il ne sera pas si simple de faire grandir son réseau. « J’ai eu plein de refus, des gens qui m’ont dit « non ça me plaît pas » : les personnes qui sont en couple sont réticentes, c’est perçu comme un site de rencontre au premier abord. Ça vient du profiling, associé aux sites de rencontres. Maintenant, quand tu leur expliques, qu’en rendant visible ces liens, tu ne fais qu’accélérer des processus du possible, ils commencent à comprendre », déclare encore Guénaël. Ainsi, pour agrandir la tribu, certains n’hésiteront pas à mettre leur famille, leur chien, leur poisson rouge sur le réseau. Comme l’a remarqué Danah Boyd (http://www.danah.org), universitaire américaine spécialiste du sujet, Friendster et ses avatars serait un nouveau « google social ». Après « l’égo-surf », nous assistons à l’apparition du « tribal-surf » en quelque sorte, nouveau loisir consistant à explorer les nouvelles têtes de son propre réseau de personnes.

Des fonctions vont apparaître pour accélérer ou aider au recrutement des amis ou des connaissances. Netfriends.fr propose par exemple une fonction de téléchargement des adresses e-mails directement depuis sa messagerie. Si cette fonction ne semble pas si utile pour les réseaux d’amis, il peut l’être pour d’autres types de relations. « Le site est très orienté usage professionnel », nous précise Philippe Thiriez de Partenium, l’une des sociétés fondatrices de Netfriends.

A noter un effet typique et étonnant, sorte de concrétisation de ce qui longtemps fut considérée comme une légende urbaine, à savoir la théorie des six degrés de séparation, il peut arriver que l’on contacte une personne au hasard par le biais d’un forum de discussion par exemple, pour se rendre compte après coup seulement que cette personne se trouve à trois ou quatre degrés de connaissance de soi. Si cela ne donne pas forcément plus de prétextes pour mieux échanger et reserrer des liens, la théorie appliquée des six degrés de séparation agit en quelque sorte ici sur l’imaginaire du proche et du lointain. Il ne sera donc pas rare de trouver des usagers devenus militants de ces amitiés distantes. Michelle, une américaine de 29 ans, en témoigne : « La possibilité de pouvoir discuter avec des personnes à l’autre bout du monde est étonnante. Je pense que l’idée reçue selon laquelle internet tranforme les gens en personnes attardées socialement est fausse. Je peux parler à des gens que je n’aurais jamais eu l’opportunité de connaître autrement. Même si je n’ai pas l’opportunité de les rencontrer réellement je discute avec des vrais gens sur de vrais sujets. Dans le monde adulte il est très difficile de garder des contacts avec les amis que l’on a déjà et d’en rencontrer de nouveaux. Ainsi, quand je rentre à la maison après dix heures de travail, et que j’ai enfin la possibilité de me reposer, le social networking est un excellent moyen d’échanger sans aucune pression avec ses amis. Le fait que je ne les ai jamais vus n’a aucune importance. »

Evolution de l’économie et des usages du social network

Sur l’axe marchand certains se situent déjà au carrefour des trois logiques, à l’instar de Tribe.net ou Netfriends, qui ménagent les trois besoins à la fois avec des spécificités plus ou moins aiguës sur tel ou tel aspect. Dans le lot, Friendster, étiqueté « site de rencontres amoureuses », compte déjà près de deux millions d’abonnés (dont 1 % seulement en France), et touche principalement la cible des 25-35 ans. Mais il semble bien que du virus à la poule aux oeufs d’or un pas reste à franchir. Pour Marc Simoncini (PDG de Meetic, Friendset) : « Il est vrai que la seule bonne idée dans Friendset ou Friendster c’est de trouver le business model, si tant est qu’il y en ait un. La personne qui vous dit : je lance le site et quand il y aura du monde, je ferai payer dix dollars, j’attends de voir. Il n’y a pas de règle, un modèle économique ce n’est pas photocopiable. » Si la plupart des exploitants envisagent à terme un passage au payant, les modalités de la bascule sont donc pour le moment inconnues ou gardées secrètes. Il est déjà possible de dire que si la confiance (moteur de ces sites) est rompue entre l’usager et l’exploitant, l’impact sur la communauté sera néfaste, comme cela a pu être le cas pour des sites comme Les copains d’avant (http://copainsdavant.com) après le passage au payant. Pour Marc Simoncini encore, « l’effet viral » se produirait à partir de cinquante milles personnes inscrites. De fait, le lien entre marketing viral et logiciel social commence évidemment à inquiéter. « Un nouveau type d’applications prend de l’ampleur. Il s’agit des logiciels « sociaux », qui s’appuient sur les relations humaines. Ainsi, les offres des start-up Plaxo (http:// www.plaxo.com, mises à jour automatique des carnets d’adresses Outlook) et Friendster (mise en relation par le biais d’amis communs) semblent connaître un grand succès, mais ne sont pas sans poser de problèmes aux usagers. La gratuité de ces applications et leur marketing basé sur la viralité y sont sans doute pour beaucoup. Ce type de démarche soulève toutefois quelque inquiétude parmi les opposants au Spam », peut-on lire sur le site Halte au spam (http://www.halte-au-spam.com/rccp.htm). Aussi l’aspect positif de la mise en relation des personnes peut avoir ses revers avec le développement de solutions d’automatisation et de mise jour des profils, cartes de visites, adresses, sans doute pourvoyeurs de nouvelles nuisances et sensation d’intrusion dans la vie privée.

Remarquons en attendant, que la virulence des premières heures semble procéder, au-delà du projet pionnier bénéficiant d’un avantage concurrentiel certain, d’une alchimie subtile entre l’ergonomie du site, les mécanismes concourant à faire en sorte que les personnes mettent leur photo et remplissent leur profil (témoin de confiance dans le système), les fonctionnalités internes reposant sur des logiques de services consumer to consumer, des articulations entre les forums et les messageries personnelles des utilisateurs, des zones de libertés permettant aux utilisateurs de créer (des forums, des personnages, des événements), la qualité des services proposés ou suscités par les utilisateurs (recherche d’emploi, échange d’objets, etc.). C’est ici que la question de l’interopérabilité des logiciels se pose, à savoir des sites de social networking avec des services d’échange ou les weblogs d’usagers par exemple comme cela est déjà fait sur Foaf Project (Friend of Friend, http://www.foaf-project.org), un social network classé non marchand, repose sur des technologies xml et rds cette fois-ci. Foaf-a-matic, placé sous licence creative commons, propose ainsi pour des utilisateurs un peu plus initiés, wikistes et bloggeurs de créer leur propre réseau d’amis avec une tentative ici de standardisation de la description d’un individu, de ses goûts, ses amis, ses centres d’intérêt, via un fichier de description lisible par une machine. L’intérêt évidemment est de pouvoir intégrer plus facilement des liens avec les blogs et autres extensions de soi ou de ses amis en ligne, mais encore d’éviter à terme pour l’utilisateur d’avoir à remplir plusieurs profils dans les diverses communautés auxquelles il participe.

Aussi, dans la mesure où de plus en plus d’utilisateurs seront sollicités par des amis présents sur des sites de social network différents, il est légitime de s’interroger sur les solutions interopérables permettant aux usagers d’être présents le plus simplement possible sur plusieurs de ces sites.

Le pire ennemi du phénomène du social networking ne serait donc pas tant le passage du gratuit au payant, que la chute brutale de la dynamique propre à ces réseaux émergents, un désintérêt des utilisateurs du à l’absence de services et de prétextes concrets et pérennes pour revenir sur les sites. Un petit sondage sur le web effectué par le Journal du net (http://www.journaldunet.com/0311/031103sondage.shtml) montre déjà que le social network ne démarre pas aussi rapidement que cela en France. 53,9 % considèrent que cela n’est pas leur truc, pour 18.6 %, « j’ai testé c’est sympa », pour 14,5 %, « j’ai envie d’essayer », et pour 12,8 %, « j’ai testé c’est pas terrible ».

Car derrière l’attrait de la nouveauté, ces réseaux sociaux issus de solutions propriétaires ne semblent pas encore aussi performants que cela pour retenir leurs abonnés. On identifiera pour le moment, une première phase de découverte, ou l’usager va s’incrire, mais ne reviendra pas. Soit parce que le dispositif ne lui évoque rien, soit parce qu’il le trouve trop complexe à son goût. Un second stade, où les usagers vont à leur tour inviter leurs amis, optimiser et personnaliser leur profil. Un nombre non négligeable et peut-être majoritaire pour l’heure, s’arrêtera à ce stade, faisant usage un temps de quelques fonctionnalités traditionnelles comme le mail ou les outils sociométriques permettant de constater l’existence et la croissance de son réseau social. Aussi, une minorité sans doute restera plus de quelques semaines, pour animer, construire quelque chose sur ce réseau. C’est ici que le défi communautaire est à relever pour le social networking nouvelle génération. Ces sites sont encore trop jeunes pour que des conclusions puissent être tirées, mais les études méritent d’être poussées sur le sujet. On peut postuler a contrario que le social networking en temps que dispositif, peut se développer à l’intérieur de communautés préexistantes, et non en partant d’une sphère globale, à partir de laquelle des « tribus » ou « groupes » ne feront au mieux que se retransposer sur le web, sans qu’il y ait pour autant à terme de véritable valeur ajoutée aux outils et usages préexistant (mail, newsgroups, sites web, wikis, blogs…). Si l’esprit du logiciel social est en revanche d’accélérer les croisements potentiels, de faire prendre conscience de l’intérêt de rapprocher et mixer les réseaux de personnes, de créer des services à partir du potentiel de confiance des personnes regroupées, sans doute le dispositif peut-il à son tour inspirer des méthodes d’agrégations basées sur la « contamination » par la confiance et la cooptation dans le cadre d’usages comme le peer to peer, les mailing-list, les wikis et blogs.

Il y aurait fort à parier ici, une fois de plus, que les entrepreneurs les plus malins devront être à l’écoute des besoins ascendants des utilisateurs, en prenant le risque de mettre les collectifs d’usagers et leurs principaux prescipteurs, au coeur du dispositif de création des services. Par ailleurs la convergence des acteurs du jeu et des solutions de social networks serait à surveiller de près. Pour Olivier Lejade spécialiste des Mmorpg (jeux de rôles massivement multijoueurs) et observateur attentif du social network, ces outils « ne sont pas seulement les « héritiers », mais un type de logiciel social, au même titre que les wikis, les univers persistants, les logiciels de messagerie instantannée, les blogs, etc. La particularité de ces sites c’est qu’ils decoulent à l’origine des sites de rencontre et implémentent des fonctionnalites plus communautaires là ou les sites de première génération étaient très cloisonnés (par exemple : les filles ne voyaient que les garcons et vice versa). Mais avec ces nouvelles fonctionnalites sont arrivés les problèmes récurrents des communautés online. L’affaire des « Fakesters » (voir encadré) en est une bonne illustration et on a bien vu que les concepteurs de Friendster n’y étaient pas du tout préparés. Je pense qu’il va y avoir une convergence des services. A l’avenir, des fonctionnalités de plus en plus riches vont être intégrées à ces services (chat, VoIP, streaming video, etc.) et ils vont donc devoir quitter le web pour aller vers des logiciels clients plus sophistiqués. Personnellement, je suis donc convaincu que toutes ces fonctionnalités se retrouveront dans les univers persistants a moyen terme. »

Frank Beau

La crise des fakester, quand l’imaginaire vient polluer la réalité

La crise a eu lieu à la fin de l’été autour de Friendster. Comme l’ont déjà relaté de nombreux sites américains et français, un certain Dude a été « effacé » du site Friendster.com. Il avait près d’un millier d’amis, mais ce n’était qu’un fakester, une sorte de personnage non-joueur, une fausse personne donc, un ami imaginaire. Son créateur Sean Bonner déclarera dans les jours qui suivent avoir voulu mettre dans sa tribu l’ami dont il avait toujours rêvé, inspiré du héros de The Big Lebowski des frères Cohen. Depuis la société Friendster a expliqué qu’elle menait la chasse aux Fake, dans la mesure où ces derniers seraient utilisés pour nuir aux autres utilisateurs, pour les harceler, les manipuler. Mais pour le coup, cette décision unilatérale a déclenché une rébellion peu commune chez les utilisateurs, qui n’ont pas hésité pas à qualifier de « génocide » l’élimination des fakester du site Friendster, ces nouveaux prototypes de Tamagoshi ou icône avatariens du social networking. « Les fakesters et les vraies personnes sont les égaux des vraies personnes avec des droits inaliénables de vie, de liberté et de poursuite du bonheur. Nous pensons que le génocide des fakester est le suicide de Friendster. Ce sont les fakesters, qui incarnent la créativité, et différencie Friendster des autres sites de rencontre ennuyeux. Le génocide doit prendre fin », peut-on lire sur le site « Fakester Revolution » consacré au sujet.

Si les fake sont souvent créés par les éditeurs de sites de rencontre eux-mêmes pour générer du trafic et amorcer les usages et services, pour les utilisateurs, ils permettent de tester plusieurs stratégies de conquête, ou simplement de faire des blagues, de s’auto-illusionner en se créant Brad Pitt ou Vercingetorix pour ami. Aussi, entre le vrai et le faux, ces amis imaginaires semblent participer pleinement d’une certaine écologie dans ce dispositif vivant du social network.

Pour aller plus loin
« Les sites de rencontres communautaires » : http://www.fing.org/index.php?num=4083,2
Sur la théorie des 6 degrés de séparation : http://www.fing.org/index.php?num=2581,2 et http://www.fing.org/index.php?num=4067,2 et http://www.stanleymilgram.com et http://en.wikipedia.org/wiki/Small_world_phenomenon

Sites de références
Le site de Danah Boyd : http://www.danah.org
Le blog de Ross Mayfield : http://ross.typepad.com et l’ancienne adresse : http://radio.weblogs.com/0114726
Many to Many est un blog collaboratif sur les réseaux sociaux où se retrouvent Clay Shirky, Liz Lawley, Ross Mayfield et Sébastien Paquet : http://www.corante.com/many/
Robin Good commet également une veille assez intéressante sur le sujet : http://www.masternewmedia.org/social_networking.htm

Etudes et ressources
Ressources et études sur les réseaux sociaux : http://www.socialnetworks.org
International Network for Social Network Analysis : http://www.sfu.ca/~insna
« Studying Online Social Networks » : http://www.ascusc.org/jcmc/vol3/issue1/garton.html
Deux études sur les réseaux sociaux parus récemment dans First Monday, « A social network caught in the Web » par Lada A. Adamic, Orkut Buyukkokten et Eytan Adar : http://www.firstmonday.dk/issues/issue8_6/adamic/ et « The Augmented Social Network : Building identity and trust into the next-generation Internet » par Ken Jordan, Jan Hauser et Steven Foster : http://www.firstmonday.dk/issues/issue8_8/jordan/
Le MIT/Stanford Venture Lab (Vlab) a organisé une rencontre le 16 septembre 2003 sur la question « Y’a-t-il réellement un business model pour le Social Networking ? » : http://www.vlab.org/204.cfm?eventID=37 dont un compte rendu est disponible sur Many to Many : http://www.corante.com/many/archives/2003/09/17/social_networking_for_social_networking.php

Outils sociométriques
OrgNet propose un outil logiciel permettant de mesurer et dessiner la carte des réseaux relationnels : http://www.orgnet.com
Le NetVis Module est un outil logiciel open source permettant de mesurer et dessiner la carte des réseaux relationnels : http://www.netvis.org/index.php?PHPSESSID=d6555a6011067a619598a7181fabdc80
XFN (XHtml Friends Network) est un système proche de Foaf qui permet d’indiquer les relations entre propriétaires de sites (blogueurs) dans les métadonnées et les liens hypertextes et de générer une bloglist facilement : http ://gmpg.org/xfn
Voir aussi les projets Visual Who ou Post History du Social Media Group du MIT : http://www.fing.org/index.php?num=4382,2

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