Avenir des EPN : soutenir l’innovation locale

En 1998, la région Bretagne lançait le projet Cybercommunes pour sensibiliser les Bretons aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. 381 espaces publics numériques ou multimédias furent ouverts dans les communes de la région. L’équipe de recherche de Marsouin (Môle armoricain de recherche sur la société de l’information et les usages d’internet) vient de remettre à la Région un très intéressant bilan de cette expérience :

« Pour que les cybercommunes puissent continuer de vivre, il est nécessaire qu’elles soient des lieux de services et de technologies avancées et en constante évolution. Sinon le citoyen ne trouvera plus d’intérêt à se déplacer, dans la mesure où actuellement environ 50 % des ménages disposent d’un ordinateur à domicile. Il faut donc être en mesure de proposer des équipements sophistiqués, des débits suffisants (au minimum un accès permanent) et des applications récentes.

Cela nécessite une évolution du rôle des animateurs : il faut faire en sorte que les animateurs soient les acteurs des usages : il faut leur donner les moyens (temps, équipement), la motivation et une formation adaptée. Les animateurs pourraient également suggérer d’autres types d’usages.

Il faudrait élargir le public et ouvrir ces espaces de plus en plus aux associations, aux écoles, aux foyers des jeunes… »

Confrontés à leurs limites, les espaces publics numériques (Cyberbases, Cybercentres, EPM, ECM, Points Cyb, Papis, …) sont de plus en plus remis en cause, de la plus brutale des manières : financièrement. Entre la difficulté de pérennisation des emplois jeunes qui les animent et celle des pouvoirs publics à financer des emplois plutôt que du matériel ou des infrastructures, ces lieux – dont les résultats ont jusqu’à présent été difficiles à mesurer par manque de définition de leur mission – sont sur la sellette.

Pourtant, ces conclusions sont très proches d’autres évaluations qui ont déjà eu lieu sur d’autres programmes d’espaces publics locaux. Certains d’entre eux se sont même déjà lancés dans des politiques qui mettent enfin les objectifs devant les moyens. Des plates-formes régionales d’animation ont été créées, animateurs et lieux ont été pérennisés et quelques EPN sont devenus des centres de ressources ou des lieux multiservices en relation étroite avec la politique numérique locale, départementale ou régionale.

Des progrès restent encore à faire comme confier aux EPN des missions avec une approche plus méthodique (qui inscrit à la fois la collaboration avec les associations et communautés locales comme une priorité et qui permet aux EPN d’évaluer certaines de leurs actions avec des indicateurs mesurables) ou lever le tabou de la formation (et celui de la concurrence avec le secteur privé pour doter les EPN de formateurs, aux statuts clairs, au rôle définitivement décorrélé des questions techniques, afin qu’ils puissent tout entier se consacrer à l’initiation, à l’accompagnement et à la formation différenciée des publics).

Mais il me semble plus important encore de doter ces « lieux d’accueil » d’animateurs dédiés à l’animation du « territoire numérique » afin d’en faire un véritable espace de médiation physique et virtuel, au coeur d’un centre de ressources et d’innovation sur les services, les pratiques, les usages de l’internet. Les mettre au centre d’un réseau d’excellence qui rayonne autour de lui, qui anime et centralise la communauté électronique dans son intégralité, qui sait aller au devant de chacun (citoyens, porteurs de projets…) pour l’aider à s’y retrouver face à l’éventail technologique disponible. Faire de manière à ce que les animateurs puissent devenir de véritables innovateurs pour aider la communauté électronique locale à se mettre en réseau. Bref, faire dépasser à ces structures leur statut de lieu d’apprentissage ou d’accueil pour devenir aussi de véritables structures d’animation et de mise en réseau de la communauté électronique territoriale.

C’est d’autant plus important, qu’on le sait, passés les usages de communication interpersonnels (e-mail, tchat, voire visioconférences pour les EPN les mieux équipés), on voit bien que le plus souvent, il faut de l’accompagnement pour aller vers des usages plus avancés (communication de groupe, publication, diffusion). Or, hormis les initiatives de quelques passionnés, les usages locaux avancés ne se développent pas spontanément. Il faut labourer le terrain, convaincre, argumenter pas à pas, démontrer, expliquer, accompagner face à ce qui apparaît bien souvent encore comme une révolution culturelle.

Hubert Guillaud

En 1998, la région Bretagne lançait le projet Cybercommunes pour sensibiliser les Bretons aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. 381 espaces publics numériques ou multimédias furent ouverts dans les communes de la région. L’équipe de recherche de Marsouin (Môle armoricain de recherche sur la société de l’information et les usages d’internet) vient de remettre à la Région un très intéressant bilan de cette expérience :

« Pour que les cybercommunes puissent continuer de vivre, il est nécessaire qu’elles soient des lieux de services et de technologies avancées et en constante évolution. Sinon le citoyen ne trouvera plus d’intérêt à se déplacer, dans la mesure où actuellement environ 50 % des ménages disposent d’un ordinateur à domicile. Il faut donc être en mesure de proposer des équipements sophistiqués, des débits suffisants (au minimum un accès permanent) et des applications récentes.

Cela nécessite une évolution du rôle des animateurs : il faut faire en sorte que les animateurs soient les acteurs des usages : il faut leur donner les moyens (temps, équipement), la motivation et une formation adaptée. Les animateurs pourraient également suggérer d’autres types d’usages.

Il faudrait élargir le public et ouvrir ces espaces de plus en plus aux associations, aux écoles, aux foyers des jeunes… »

Confrontés à leurs limites, les espaces publics numériques (Cyberbases, Cybercentres, EPM, ECM, Points Cyb, Papis, …) sont de plus en plus remis en cause, de la plus brutale des manières : financièrement. Entre la difficulté de pérennisation des emplois jeunes qui les animent et celle des pouvoirs publics à financer des emplois plutôt que du matériel ou des infrastructures, ces lieux – dont les résultats ont jusqu’à présent été difficiles à mesurer par manque de définition de leur mission – sont sur la sellette.

Pourtant, ces conclusions sont très proches d’autres évaluations qui ont déjà eu lieu sur d’autres programmes d’espaces publics locaux. Certains d’entre eux se sont même déjà lancés dans des politiques qui mettent enfin les objectifs devant les moyens. Des plates-formes régionales d’animation ont été créées, animateurs et lieux ont été pérennisés et quelques EPN sont devenus des centres de ressources ou des lieux multiservices en relation étroite avec la politique numérique locale, départementale ou régionale.

Des progrès restent encore à faire comme confier aux EPN des missions avec une approche plus méthodique (qui inscrit à la fois la collaboration avec les associations et communautés locales comme une priorité et qui permet aux EPN d’évaluer certaines de leurs actions avec des indicateurs mesurables) ou lever le tabou de la formation (et celui de la concurrence avec le secteur privé pour doter les EPN de formateurs, aux statuts clairs, au rôle définitivement décorrélé des questions techniques, afin qu’ils puissent tout entier se consacrer à l’initiation, à l’accompagnement et à la formation différenciée des publics).

Mais il me semble plus important encore de doter ces « lieux d’accueil » d’animateurs dédiés à l’animation du « territoire numérique » afin d’en faire un véritable espace de médiation physique et virtuel, au coeur d’un centre de ressources et d’innovation sur les services, les pratiques, les usages de l’internet. Les mettre au centre d’un réseau d’excellence qui rayonne autour de lui, qui anime et centralise la communauté électronique dans son intégralité, qui sait aller au devant de chacun (citoyens, porteurs de projets…) pour l’aider à s’y retrouver face à l’éventail technologique disponible. Faire de manière à ce que les animateurs puissent devenir de véritables innovateurs pour aider la communauté électronique locale à se mettre en réseau. Bref, faire dépasser à ces structures leur statut de lieu d’apprentissage ou d’accueil pour devenir aussi de véritables structures d’animation et de mise en réseau de la communauté électronique territoriale.

C’est d’autant plus important, qu’on le sait, passés les usages de communication interpersonnels (e-mail, tchat, voire visioconférences pour les EPN les mieux équipés), on voit bien que le plus souvent, il faut de l’accompagnement pour aller vers des usages plus avancés (communication de groupe, publication, diffusion). Or, hormis les initiatives de quelques passionnés, les usages locaux avancés ne se développent pas spontanément. Il faut labourer le terrain, convaincre, argumenter pas à pas, démontrer, expliquer, accompagner face à ce qui apparaît bien souvent encore comme une révolution culturelle.

Hubert Guillaud

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