UPFing06 : Nouveaux espaces communs

Comment se génèrent et se produisent les espaces communs de l’Entrenet ?, interroge Jacques-François Marchandise, responsable du développement de la Fing, en confrontant trois expériences concrètes et différentes : Gnutella, MSN et Wikipedia.

Gwendal Simon, de France Télécom R&D, a étudié le cas de Gnutella (vidéo, slides), l’un des réseaux et protocoles P2P, qui ont succédé à Napster, développé comme un logiciel libre. Il explique l’évolution du logiciel jusqu’à l’apparition du concept de « superpairs », une amélioration proposée par un utilisateur sur un forum et reprise par la communauté : afin de minimiser le nombre de liens, au lieu de relier tous les utilisateurs entre eux, on relie les utilisateurs aux pairs les plus « puissants », ceux qui mettent à disposition plus de capacités et de bande passante que les autres. Dans un premier temps, les superpairs étaient apparemment « élus », puis la sélection est devenue automatique. BearShare, un logiciel issu de cette communauté, crééra le premier ce système, avant d’être repris par les autres. Il a suffi qu’une personne poste un message sur un groupe de discussion pour que le protocole P2P s’en trouve changé. Ce que montre aussi cet exemple de concurrence entre les systèmes P2P, c’est qu’ils ont plutôt intérêt à coopérer pour être massivement adoptées et devenir plus efficaces (surtout lorsqu’il s’agit d’améliorer le protocole), même s’ils doivent aussi trouver des moyens de se différencier les uns des autres pour exister (interfaces, fonctionnalités locales).

Alban Peltier (vidéo), directeur des services de communication de Microsoft France, a présenté lui la création de communautés via MSN Messenger, l’outil de messagerie instantané de Microsoft, et MSN Spaces, la plate-forme de blogging de l’éditeur de Richmond. Passé le discours « produit », les chiffres apportés étaient plutôt intéressants : en France, MSN Messenger compte 10 millions d’utilisateurs actifs (1 internaute sur 2). Un phénomène de société initié par les 15/25 ans. Aujourd’hui, 70 % des jeunes connectés l’utilisent, mais 70 % des utilisateurs ont plus de 25 ans. La population qui croit le plus sur ce service est aujourd’hui celle plus de 55 ans (un million, qui cherchent, par ce moyen à rester en contact avec leur famille, leurs enfants, leur communauté, comme les plus jeunes). La messagerie instantanée s’est diffusée via le haut débit et reste le seul moyen de communication, simple, immédiat et gratuit. On compte en moyenne une a deux nouvelles versions par an sur tous les services de messagerie instantanée. MSN Messenger permet de greffer une foule de service autour de sa liste de contacts. Les usages sont très variés : la moyenne actuelle est d’une cinquantaine de contacts pour quelques 4 heures d’utilisation par mois – mais une proportion non négligeable d’utilisateurs dispose de liste de plus de 300 contacts et utilise l’outils plus de 4 heures par jours ! L’usage reste essentiellement personnel plutôt que professionnel, du fait d’obstacles techniques (proxies dans les entreprises). Le service connaît aussi des pics de fréquentation quotidiens le midi et le soir et une surconsommation pendant les vacances scolaires : des tendances accentuées par les premiers résultats des utilisations de MSN Messenger sur téléphone mobile.

MSN Spaces est la seconde plate-forme de blogs en France avec 2,8 à 3 millions d’utilisateurs actifs chaque mois (contre quelques 5 millions sur les Skyblogs). Pour Microsoft, le blog est surtout un prolongement de la tribu, de la liste de contact : d’ailleurs, 70 % des blogs sont fermés au public (c’est à dire, comme le note Cyril Fiévet, « produit par des individus qui s’expriment à destination d’un public choisi et limité »).

Laure Endrizzi, de la cellule de veille scientifique et technologique de l’Institut national de recherche pédagogique qui a publié récemment un très intéressant dossier sur Wikipédia, a évoqué le modèle de construction social de Wikipédia. Son intervention a détaillé la transparence et l’interdépendance des mécanismes gestionnaires de l’espace communautaire (comme les pages d’évaluation de l’activité interne ou celles du statut des contributeurs), ainsi que les modes opératoires et les règles de bases qui permettent de mieux comprendre le fonctionnement de ce modèle. Et d’en conclure que « Wikipédia est un modèle relationnel par comparaison à Slashdot, par exemple, qui est basé sur un modèle réputationnel ». Wikipédia est une organisation apprenante dont la réflexivité explicite et permanente garantit le fonctionnement.

Trois exemples, qui montrent, s’il en était besoin, que les pratiques « entrenautes » sont aujourd’hui massives, diverses et souvent capables de faire émerger des ensembles très élaborés de règles (explicites ou non), donnant naissance à de véritables espaces communs.

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