Un manifeste des « Villes 2.0 »

Quand les urbanistes ou les élus pensent l’avenir des villes, ils le font en général sans les opérateurs de télécommunications mobiles, les fournisseurs de services en ligne ou les communautés numériques. Quand les spécialistes des TIC se projettent dans l’avenir, ils n’appellent pas les constructeurs de parkings, les transporteurs ou les compagnies des eaux. Il est temps de s’apercevoir que décision après décision, nous construisons ensemble la ville du futur.

Il y a encore quelques années, la plupart de nos liens avec la ville convergeaient vers une adresse (ou au plus deux : personnelle et professionnelle), postale et physique. Nous vivons aujourd’hui avec plusieurs dizaines d’adresses : adresses IP, courriel, messagerie instantanée, web, GPS, cartes à puce et identifiants divers dans plusieurs bases de données, plus une ou plusieurs adresses mobiles qui nous accompagnent où que nous allions. A leur tour, les lieux et les objets se dotent d’adresses numériques, parfois sans lien avec leur localisation physique, qui sont autant de « prises » pour les activer, les interroger, les piloter : l' »intelligence ambiante » promet de changer notre expérience des lieux, notre relation aux objets et aux machines, nos rapports entre nous.

La ville et les puces

Derrière ces mouvements s’exprime, et s’accélère, une transformation profonde et encore mal prise en compte de nos modes de vie en ville, de notre mobilité, de nos pratiques sociales et de consommation, de l’organisation de notre temps privé et professionnel, du rôle et du fonctionnement des entreprises présentes dans la ville – mais aussi des acteurs publics et des gestionnaires d’infrastructures urbaines. Personne ne reste à l’écart de cette mutation des villes qui touche l’espace et les rythmes urbains, les liens sociaux, les services et les commerces, les loisirs et les transports, l’administration et la politique. On demande autre chose à la ville, et l’on y participe différemment. On attend des entreprises et des administrations de nouvelles attitudes : personnalisation, multicanal, services composites associant plusieurs acteurs pour répondre « de bout en bout » à des besoins très diversifiés, partage des informations et de l’usager-client…

Ce qui se trame entre ville, puces et réseaux suscite des analogies avec ce qu’il est convenu d’appeler le « Web 2.0 », dont les caractéristiques sont un recentrage de l’information et des services autour de la personne ; des interfaces standards permettant de partager et d’agencer de diverses manières informations et services ; une expérience plus « sociale » du web par laquelle l’innovation et la valeur proviennent, dans une large mesure, de l’interaction entre les utilisateurs ; mais aussi de nouvelles formes « douces » de captation de la valeur, de l’attention et du pouvoir.

« Villes 2.0 » ?

D’où cette formulation de « Villes 2.0 » : une ville où les adresses cinétiques et virtuelles valent autant que l’adresse physique ; une ville où des acteurs de toutes natures, parfois concurrents, concourent à fournir les services dont les citadins et visiteurs ont besoin, où et quand ils en ont besoin ; une ville d’innovation technique, économique, urbaine mais aussi sociale et collective ; une ville qui exploite les technologies pour organiser la cohabitation des rythmes des citadins, des entreprises, des administrations, mais aussi entre le temps court des réseaux et le temps long des décisions collectives ou des infrastructures ; une ville dont la carte « est » le territoire, non parce qu’elle en serait devenue le reflet fidèle, mais parce qu’elle le produit et interagit directement avec elle ; une ville dans laquelle on vit, travaille, joue, se cultive et débat de l’avenir dans l’espace numérique autant que dans l’espace physique, sans opposer l’un à l’autre ; une ville qui s’appuie sur l’innovation pour devenir « durable »…

La « Ville 2.0 » n’est pas une cité miraculeuse. Elle est bruyante, désordonnée parcourue de tensions. Elle exclut facilement ceux qui ne disposent pas d’un accès constant et compétent aux réseaux. Chacun s’y télésurveille volontiers tout en cherchant à échapper à l’œilleton des autres. Les communautés s’y cloîtrent et se protègent du contact de ceux qu’elles sentent par trop différents. Elle valorise la mobilité sans la proposer à tous.

Cette ville n’existe encore pas tout à fait, mais partout, elle se prépare, elle émerge, que ce soit avec l’aide ou à l’insu de ses grands acteurs. En quoi diffère-t-elle de la ville que nous connaissons ? Quel rôle les technologies y jouent-elles ? Quels nouveaux acteurs émergent-ils avec elle ? Comment se repositionnent, évoluent les acteurs d’aujourd’hui ? Quelles stratégies, quelles alliances, quels modèles d’activité et d’innovation peuvent-ils créer ensemble ? Quelles tensions, quels risques émergent-ils ? Et en définitive : à quelles ruptures doit-on s’apprêter à faire face, et comment, dans la Ville 2.0, répondre ensemble aux attentes des citadins-usagers-consommateurs ?

Laboratoire de la coopération et de nouveaux savoir-faire

Aucun acteur ne détient seul les réponses. Les technologies et les réseaux accompagnent et accélèrent les transformations urbaines. La Ville est le laboratoire privilégié de tous leurs usages ; c’est aussi en ville que ces usages se développent tous ensemble, introduisant un autre ordre de complexité. Les réponses aux grandes questions posées à la Ville – attractivité et compétitivité, qualité de vie, cohésion sociale, sécurité, dynamisme culturel, présence et efficacité des services collectifs ou privés, mobilité et développement durable… – s’appuieront dans une large mesure sur les technologies ; mais dans le même temps, les réseaux et services numériques ne peuvent pas se développer sans un lien fort avec les acteurs de la ville.

Les grandes métropoles constituent donc, aussi, des bassins d’opportunités qui offrent à la fois un terrain favorable aux expérimentations, et l’accès à des marchés d’une taille suffisante pour permettre à de jeunes pousses, des chercheurs, des grandes entreprises et des acteurs publics, de développer des savoir-faire innovants dans le secteur des services urbains.

Les acteurs de la ville et ceux des technologies doivent préparer l’avenir ensemble. Ils ne le font pas assez. Quand les urbanistes ou les élus pensent l’avenir des villes, ils le font en général sans les opérateurs de télécommunications mobiles, les fournisseurs de services en ligne ou les communautés numériques de migrants. Quand les spécialistes des TIC se projettent dans l’avenir, ils n’appellent pas les constructeurs de parkings, les transporteurs ou les compagnies des eaux. Il est vrai que leurs cultures et leurs vocabulaires sont très différents ; vrai aussi que les utopies d’hier (le télétravail, censé déplacer des millions de cadres à la campagne…) ont laissé de mauvais souvenirs. Mais il est temps de franchir les anciennes frontières et de s’apercevoir que décision après décision, nous construisons ensemble la ville du futur.

Nous nous y emploierons au travers du programme « Villes 2.0 ».

Daniel Kaplan, Stéphane Lelux et Bruno Marzloff

Pour explorer en profondeur les pistes ouvertes dans ce « manifeste », et en dégager des orientations pour l’action et l’innovation, la FING, en coopération avec le groupe Chronos et Tactis, lance le programme d’action « Villes 2.0 ». « Villes 2.0 » propose aux acteurs publics, aux entreprises, aux chercheurs, aux associations… de s’associer pour fédérer leurs expériences et connaissances, repérer les initiatives innovantes, partager des idées neuves et enfin, dégager des intuitions et des pistes d’action fécondes.

Ce programme, d’une durée de 18 mois, rythmé par plusieurs rendez-vous importants, a aussi pour vocation :

  • De rapprocher et faire travailler ensemble les acteurs « traditionnels » de la ville et les acteurs du numérique, services et technologies ;
  • De jouer un rôle d’accélérateur pour des projets mobilisant les technologies au service de la transformation des villes.

La manifestation « Villes 2.0 » du 6 novembre 2006, co-organisée avec Tactis, constitue le premier moment fort du programme.

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3 commentaires

  1. Bonjour M onsieur Kaplan
    Notre association est en accord parfait avec votre manifeste
    alors voyons ensemble si la voie de nos éfforts peux devenir autre que sans issue ?

    Voici un texte de proposition d’étude pour les villes qui aborde les questions du déplacement et de la mobilité. Les solutions de services sur des Parcours Cité ® sont étudiées par notre assocaition Accès Cible Production. http://www.accescibleproduction.com

    Je souhaite rejoindre votre groupe et échanger sur les questions d’innovation sociale , urbaine et technologique

    Le déplacement en questions

    La ville

    La ville est dangereuse et asociale : ne pouvant plus assurer la sécurité des piétons et encore moins les déplacements des personnes handicapées empruntant des voies piétonnes et des chaussées inadaptées à leur mode de locomotion – où les écarts de vitesse de circulation sont un empêchement à la sécurité et la sociabilité – les personnes à mobilité réduite souffrent de dépendances et de perte de liberté chronique.

    La ville rassemble toutes les situations de handicaps, aggravant la précarité des plus faibles. Le désarroi que vivent en silence les personnes concernées, malgré leur extrême vigilance lors de leurs déplacements, devrait nous alerter afin d’entreprendre des études d’accessibilité et acquérir une compréhension des usages et besoins des PMR dans les conditions de déplacements actuels.
    C’est à la cité de s’adapter aux attentes de ses publics et non l’inverse. Les plans de déplacement piétons sont rares dans les plans d’aménagement urbain. Les critères de choix de la mise en service de lignes de transports en commun répondent le plus souvent à des aspects fonctionnels d’exploitants et des impératifs de rentabilité économique de l’entreprise de TC* mais aussi d’image politique des collectivités locale qui les financent.
    Oublieuse des vrais besoins, la mise en œuvre et les conditions de transports sur les réseaux sanctionnent sévèrement le droit de circulation des aveugles.

    Les déplacements des piétons dans la ville

    Chaque jour, des milliers de piétons, de cyclistes et d’automobilistes se partagent au hasard des événements les voies publiques.

    – Qu’en est-il des personnes handicapés dans leurs déplacements ?
    – Qu’elle place leurs faisons nous ?
    – Qu’elle attention la métropole a – t – elle à l’égard des plus faibles, fragilisés par des environnements urbains pensés et conçus pour satisfaire les plus forts : les automobilistes ?
    – Quel code du piéton handicapé, quel aménagement adapté, quel signes et actions d’ informations dispose t’on pour assurer la sérénité, la sécurité et la continuité des cheminements sur des destinations de premières nécessitées ?

    Les formes de discriminations sociales les plus inacceptables sont celles que subissent les personnes handicapées. Leur environnement quotidien fait obstacle directement à leurs facultés à vivre et se déplacer en autonomie dans les villes.

    Pour une grande partie de la demande de destinations des populations piétonnes, la ville est profondément ségrégative, car elle est le plus souvent incapable de répondre harmonieusement à ce mode de déplacement.

    La ville en action

    Les autoroutes et les ponts sont congestionnés, les rues de Grenoble sont encombrées. Les épisodes de smog et de fortes températures sont de plus en plus fréquentes, les émissions de gaz à effet de serre augmentent sans cesse. Le nombre d’accidents en déplacement est beaucoup trop élevé. Comme chaque Grenoblois, notre association – Accès Cible Production – constate que la circulation automobile, toujours plus dense, rend la vie à Grenoble moins agréable, menace la santé des habitants de la ville et sa région; cette situation nuit à l’environnement et à l’économie.

    L’absence de prise en compte des différences de capacités de mobilité des personnes engendre l’exclusion des PMR et fait apparaître leurs insécurités de déplacements – Cette entrave à l’autonomie de tous et le droit de chacun, handicapé ou non, est à améliorer.

    Pourquoi ?

    Si les différentes destinations ont de bonne désertes par les transports en commun du réseau de l’agglomération, mais que les voies de circulations piétonnes alentours sont jalonnées d’obstacles et de travaux ou bien ne comportent aucun accès sécurisé et adapté aux points d’arrêt des transports, chacun est sanctionné dans son autonomie et sa sécurité mais aussi dans ses facultés à décider d’emprunter les services publics. (SNCF- TAG, Réseau TransIsère…)

    Les personnes handicapées visuelles, plus que les autres ne trouvent pas d’itinéraires adaptés, balisés et sécurisés à Grenoble. Notre association Accès Cible Production – propose d’étudier, en collaboration avec les services d’urbanisme de la ville et la Métro, les conditions de mobilité de ces personnes. Cela sur des parcours vitaux regroupés sur un plan de déplacement et déterminant des cheminements piétons adaptés et sécurisés à multiples destinations allant d’un point de départ d’origine géolocalisé (en partant de chez soi > de lieux de travail > de lieux de vie, de loisirs …) vers une destination de visites utiles à la vie privé et citoyenne (Mairie, écoles, hôpitaux, commerces, jardins, …amis, parents).

    Comment ?

    Un diagnostic d’usages et de fréquentations devant déterminer les lieux remarquables et leurs accès. Nous travaillons sur les conseils en aménagement de l’information et de guidage des PMR sur les itinéraires recommandés par les personnes expertes de l’association « Accès Cible Production » (personnes déficientes sensorielles, moteurs et cérébrales) à la réalisation de « Parcours Cités ». L’objectif étant de considérer l’amélioration des trajets piétons de la ville pouvant se rattacher à un plan de déplacement et d’orientation, étudié pour le bien des aveugles et celui des PMR.

    Avec les transports collectifs et dans le cadre de la promotion des modes actifs de déplacements doux, (à l’opposé d’un développement continu du réseau routier), l’innovation de la technologie de guidage en mobilité du piéton aboutira à des solutions d’accessibilité. Cela dans le respect des besoins et des centres d’intérêts des publics handicapés, mais aussi de chaque personne mise en situation de handicap dans l’environnement. (perte d’orientation, perte de confiance en soi, sensations d’insécurité …).

    Nous améliorerons ainsi les équilibres entre les différents modes de mobilité au profit des plus défavorisés et de l’ensemble des Grenoblois qui recherchent à faire aboutir le changement des conditions de déplacement, par une politique de consultation des utilisateurs.

    Le tout révélant l’aberration de gestion des plans de déplacement urbain, un maillage de Parcours Cités ® viendrait harmonieusement compléter les efforts faits par la municipalité de Grenoble et la Métro sur les conditions d’accueil réservées aux PMR dans les transports en commun .

    Alain de Borniol

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