Critique des « moteurs de recherche sociaux »

Jean-Marie Le Ray vient de traduire un excellent billet de Chris Sherman, éditeur associé de Search Engine Watch. L’auteur y démontre que, malgré l’intérêt qu’elle suscite aujourd’hui, la « recherche sociale » (un ensemble d’outils qui vise à fournir des réponses plus pertinentes aux requêtes d’un utilisateur en tirant parti de l’apport de tous les autres utilisateurs) – dont le nouveau projet de Jimmy Wales, Search Wikia, est l’un des emblêmes -, n’est pas prête de remplacer la recherche algorithmique traditionnelle.

Sherman définit les outils de recherche sociale comme des services de recherche « informés » par le jugement humain, c’est-à-dire « qu’une personne ou plus, probablement des dizaines et des centaines, ont « consommé » un contenu donné et décidé qu’il avait suffisamment de valeur pour le recommander à d’autres ». Après avoir dressé l’historique de ces outils, Chris Sherman explique pourquoi la recherche sociale ne sera jamais aussi efficace que la recherche « motorisée » :

« Indépendamment du nombre de personnes impliquées dans les différentes activités de « socialisation » de la recherche, l’ampleur et la portée du Web sont telles qu’une quantité significative de contenu ne sera jamais prise en compte par ces activités. Tout simplement parce que l’internet évolue trop vite pour que les gens puissent suivre.

Cela ne veut pas dire que la recherche sociale est vaine – dans nombre de cas elle est même très utile -, ça signifie simplement que la recherche médiée par les gens ne sera jamais aussi exhaustive que la recherche « motorisée » par les algorithmes. »

Sherman évoque ensuite les nombreux problèmes liés aux ontologies et folksonomies, avant d’évoquer les erreurs humaines : « Enfin, n’oublions pas les imbéciles et les spammeurs. Beaucoup de gens, en dépit de leurs bonnes intentions, feront vraisemblablement n’importe quoi, et d’autres tenteront délibérément de tromper les moteurs. Or dans les deux cas, il sera difficile aux agents logiciels de reconnaître le contenu mal catégorisé. Dans la recherche sociale, il est difficile de bien filtrer le rapport signal/bruit. »

Il conclut néanmoins : « Malgré les questions évoquées ci-dessus, la recherche sociale reste prometteuse pour améliorer nos recherches d’informations et toutes nos activités chronophages sur le Web. Au final, il est probable qu’un mix de recherche algorithmique et des différentes formes de recherche sociale nous donnera un système hybride, capable de véritablement satisfaire une large gamme d’exigences informationnelles.

Nous n’en sommes pas encore là, mais je m’attends à voir des progrès significatifs dans les deux ans à venir. »

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2 commentaires

  1. « la recherche médiée par les gens ne sera jamais aussi exhaustive que la recherche motorisée par les algorithmes »: est-ce vraiment l’exhaustivité que l’on cherche ? ou plutôt une sélection pertinente ? selon le cas, la balance penchera d’un côté ou de l’autre.

    Quant au spam, les moteurs de recherche en sont tout autant victimes que les services de recherche ‘sociaux’. Et je pense qu’il est plus facile de repérer le bruit dans un service de recherche ‘sociale’ car on peut s’appuyer sur des référents, ces personnes que l’on a identifiées comme proposant des contenus intéressants.

  2. Post interesant…il me parait important de souligner un autre limite des services de recherche sociaux. Qui basés sur une approche démocratique, sont logiquement limités dans la qualité des données classées. Pour illustrer mes propos: Je pense qu’à travers l’histoire la « masse » n’a pas toujours garante de vérité (ou de qualité), Galilé n’aurait jamais été brûlé…

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