Quand la RFId sert à vendre… la RFId

C’est par le jeu, comme on l’a récemment vu avec Everything is a Toy, ou par leur dilution dans l’environnement, leur intégration dans les moyens de paiement et produits de grande consommation que la RFId parviendra le plus, et le mieux, à être acceptée du grand public, et dépasser les craintes qu’elle leur inspire. Illustrations.

Ce pourrait être un simple présentoir de produits de maquillage de démonstration dans un magasin de Tokyo, mais chacun des rouges à lèvres, vernis à ongle et autres mascaras qu’il contient est équipé d’une puce RFID. L’objectif de cette expérimentation qui ne durera que quelques semaines : savoir quel produits sont les plus essayés par les clientes (via Roland Piquepaille).

Mini Cooper interactiveAutre exemple : le panneau publicitaire interactif qui interpelle les passants. Celui de la Mini-Cooper, expérimenté dans plusieurs villes américaines, capte le signal radio des puces embarquées dans les clés des propriétaires de Mini pour, en le croisant avec la base de donnée des acheteurs, leur délivrer un message personnel à leur passage (via Fred Cavazza).

Poussiere RFIdDans un article intitulé « L’invasion programmée des puces communicantes« , 01Net rapportait récemment que les prochaines générations de puces à radiofréquence devraient ainsi intégrer toutes sortes d’objets de notre quotidien, certaines mesurant 0,15 mm de large, d’autres étant capables de transmettre des vidéos en haute définition à la vitesse de 1,5 Gbit/s (contre 600 Mbit/s pour la future norme Wi-Fi 02.11n).

Dans « Les 1001 formes des étiquettes RFID« , un reportage photo consacré au salon traçabilité, qui s’est récemment tenu à Paris, news.fr nous présentait pour sa part des puces préimprimées dans des rouleaux de papiers ou de plastique, d’autres intégrées à même le tissu de vêtements de luxe, et des lecteurs se présentant sous la forme de gants, permettant à l' »employé-contrôleur » de faire corps avec son émetteur/récepteur.

Tatouer la RFId à même la peau

On voit ainsi des identifiants RFId être insérés au stade même de la fabrication des produits, plutôt que d’être collés par-dessus, comme une étiquette. La société Somark Innovation vient pour sa part de présenter une technologie d’encre RFId permettant de tatouer les identifiants.

Sans puce, ni composants métalliques, elle serait « biocompatible, invisible, et viserait d’abord la traçabilité des animaux, et, une fois débité, de leurs morceaux de viande. Comme le remarque LMI, reste encore à convaincre les consommateurs d’ingérer des aliments contenant de l’encre RFId.

Dans un second temps, rapporte Silicon, la société propose également de tatouer les soldats afin de leur permettre d’être identifiable, même dans l’obscurité et même s’ils sont morts, ou gravement brûlés.

Verichip iconParadoxalement, ce côté « viandard » ne joue pas forcément contre l’acceptation de la RFId. Comme le remarque RFID Update, les craintes en la matière font désormais l’objet de toutes les attentions des industriels du secteur, qui savent déjouer les critiques qui leur sont faites, mais aussi jouer avec la peur des consommateurs.

Applied Digital Solutions, la société qui s’est faite un nom grâce à sa célèbre puce sous-cutanée Verichip, vient ainsi d’annoncer son introduction en Bourse. Suivant l’adage selon lequel mieux vaut une mauvaise publicité que pas de publicité du tout, les très nombreux articles de presse qui lui ont été consacrés, et qui, pour une bonne partie, témoignaient des craintes qu’un tel « puçage » des humains peut engendrer, lui auront servi d’autant de pages de publicité gratuite.

Quand les hackers se font pucer…

Impossible de clore ce petit tour d’horizon de la RFId sans évoquer le côté pragmatique des industriels de ce type de traçabilité et de personnalisation. Ainsi, et alors qu’aux Etats-Unis les promoteurs des cartes de crédit dotées de puces sans contact tiennent à préciser, en toute hypocrisie, qu’il ne faut pas confondre radio-fréquences et RFId, en Inde, des opérateurs téléphoniques veulent suivre l’exemple de NTT Docomo, et commercialiser des téléphones portables dotés de cartes de paiement, et donc de RFId. Si l’on y dénombre 54 millions d’utilisateurs de cartes bancaires, ils sont par contre 140 millions à utiliser des téléphones mobiles, 90 % d’entre-eux ne disposant pas de CB.

Il eut également été difficile de ne pas souligner le potentiel de cybersurveillance à grande échelle que recèle la RFID. Ainsi, le gouvernement japonais vient d’annoncer qu’il prévoit de dépenser 10M$ afin de bâtir un système de surveillance des enfants combinant téléphonie mobile, GPS et identifiants RFId. Rien que de très nouveau, cela dit, un projet de ce type ayant déjà été expérimenté l’an passé, mais dans une seule école élémentaire d’Osaka, alors qu’en l’espèce, un vingtaine de sites pilotes seraient concernés.

Sputnik RFIdC’est pourtant du côté des hackers, pourtant réputés compter parmi les plus fervents opposants à ce type de traçabilité, que la RFId vient de démontrer à quelle point elle s’était banalisée. Présenté lors de la dernière convention du Chaos Computer Club, la plus célèbre des rencontre de hackers, le Sputnik, un badge RFId exposant au grand jour ses composants électroniques, visait explicitement à leur permettre, non seulement de matérialiser la surveillance dont nous sommes de plus en plus l’objet, mais aussi à les inviter à en embrasser la technologie afin d’en explorer le potentiel positif. Signe de son acceptation par la population : 900 personnes, soit près d’un tiers des participants, s’en sont portés acquéreurs.

Vers une traçabilité totale

L’avenir ? Il est radieux, si l’on en croit les consultants d’IDTechEx : sur les 3,752 milliards d’étiquettes RFId commercialisées ces 60 dernières années (la technologie datant de la seconde guerre mondiale), 27 % l’ont été l’an passé. 35 % de ces identifiants sont intégrés dans des cartes à puce ou de paiement, 20 % dans des palettes et autres éléments des chaînes logistiques, 7 % dans des animaux, 5 % dans des livres, et 2,5 % dans les bagages, et les passeports.

Dans un inventaire à la Prévert, IDTechEx nous apprend également que la RFId sert aussi à lutter contre les maladies infectueuses des poulets et les combats de coq en Thailande, à étudier le comportement des pingouins en Antarctique, d’insectes et de papillons au Royaume-Uni, à prévenir le vol des bateaux en Australie, et personnaliser les messages de bienvenue dans une marina italienne.

Plus encore que les secteurs des cartes de paiement et de téléphonie mobile, le marché le plus porteur serait celui de l’identification des êtres humains. En 2007, 300 millions de cartes d’identité dotées de RFId seront distribuées en Chine. Viendront ensuite les pièces d’identité britanniques (pour un budget estimé à 15 milliards de dollars), puis françaises, la quasi-totalité des pays occidentaux ayant par ailleurs décidé d’en doter les pièces d’identité ou passeports de leurs résidants, sans oublier les visas de tous les étrangers y transitant.

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2 commentaires

  1. Joli tour d’horizon.
    Qui nous montre bien que cette technologie n’est ni le diable, ni le bon dieu.
    Très versatile, elle pose des problèmes de respect de la vie privé et des libertés individuelles très variables selon l’application, selon le contexte.
    Dommage que vous ne parliez pas de son application la plus hors de propos, à savoir dans le passeport électronique, désormais obligatoire en Europe comme aux États-Unis. Il est maintenant officiel que ce passeport à puce RFID est susceptible de « bavarder » avec un bidule que pourrait mettre au point des vilains. Officiel parce que des comités d’experts patentés auprès de l’UE et de l’administration US le disent, et pas mollement. Du coup, le vrai scandale, c’est : pourquoi on n’en parle pas ? Où sont les gros titres vengeurs ? Que fait la police ?
    Je raconte tout ceci ici :
    http://aietech.com/leblog/2007/2/6/le-scandale-du-passeport-rfid.html

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