Second Earth : la feuille de route vers le MetaUnivers

« Que se produit-il quand les jeux vidéo rencontrent le Web 2.0 ? Quand les mondes virtuels se télescopent avec les cartes de la planète ? Que se passe-t-il quand les simulations deviennent vraies et que la vie et le business deviennent virtuels ? Quand vous utilisez des cartes de la terre en ligne pour manipuler physiquement la Terre ? Quand votre avatar devient l’agent qui vous représente partout, même dans la vraie vie ?… Ce qui arrive s’appelle le MetaUnivers (Metaverse). »

Rédigée par Jamais Cascio, Jerry Paffendorf et John Smart, la Feuille de route vers le MetaUnivers (.pdf) cherche à décrire les scénarios qui vont nous conduire à ce basculement, à ce moment où le virtuel n’en est plus vraiment et où le réel ne fonctionne plus sans le numérique.

metaverseroadmap.jpgCes scénarios du futur, nés suite à la conférence éponyme qui eut lieu en mai 2006, explorent les implications de l’émergence des mondes virtuels, des technologies de réalité augmenté et de l’information ubiquitaire dans nos vies quotidiennes. Ils distinguent 4 manifestations différentes de ce MetaUnivers – selon qu’il tend à la simulation ou à l’augmentation, qu’il relève de technologies de l’intime ou pas – :

  • Les mondes virtuels (type Second Life ou WoW), qui postule que d’ici 20 ans ces univers seront devenus les outils primaires de notre interaction ;
  • Les mondes miroirs (type Google Earth ou Google Map), c’est-à-dire des représentations exactes de notre monde qui seraient le reflet du monde physique augmenté d’information ;
  • La réalité augmentée, c’est-à-dire notre perception du monde physique sur lequel se superpose des informations contextualisées et dynamiques ;
  • Le Lifelogging ou notre intimité augmentée d’information : ce sont là nos objets et nos actions qui sont enregistrés, disponibles et qu’on peut analyser et monitorer à distance.

Ces 4 scénarios évoquent surtout une typologie de nos interactions numériques, les auteurs expliquant bien que qu’aucun scénario n’est appelé à prendre le dessus sur les autres, mais qu’ils évoquent tous les quatre des façons différentes de recomposer notre rapport à des mondes immersifs. Et d’essayer surtout d’en regarder les impacts, les risques, les enjeux : « Les technologies des MetaUnivers sont intensivement sociales. Ce qui signifie que les plus forts impacts qui naîtront du développement de ces technologies seront sur les champs des relations sociales et personnelles. »

Mais là encore, les questions sont plus nombreuses que les réponses : La prolifération de capteurs et d’outils d’analyse servira-telle une plus grande transparence ? Ne risque-t-on pas de construire des approches trop subjectives du monde ? La capacité de ces espaces de permettre d’avoir des statuts, des identités et des talents plus variés que le monde réel les a rendu très attractifs, mais est-ce que ce sera encore le cas demain quand l’impact de ces espaces sur nos vies sera plus important encore ? Qui décide dans ces univers de ce qui est visible et de ce qui ne l’est pas ? Pourrez-vous être professeur de sport si vous n’avez pas enregistré toutes vos performances sportives ces 5 dernières années ? Que sera-t-il fait de « l’information de l’ombre », c’est-à-dire l’information embarquée derrière les programmes ou les produits virtuels que nous utiliserons ?… Et de poser bien sûr la question du respect de l’intimité comme le plus grand défi à venir de ces technologies.

« Tous nos scénarios fonctionnent si les technologies fonctionnent comme l’on s’y attend. Mais les aspects logiciels du monde du Lifelogging sont encore un véritable défi. Les mondes miroirs ou celui de la réalité augmenté supposent que les technologies de capteurs soient distribués largement et intensément. » Rien ne nous assure du devenir de ces scénarios, mais aujourd’hui, force est de constater que leur potentiel est là.

Un potentiel sur lequel revient aussi le numéro d’été de la Technolgy Review, s’interrogeant sur comment se dessinera ce MetaUnivers : « par l’imagination des programmeurs, des commerçants, des artistes, des activistes, et des internautes qui y sont déjà. Si ces émigrés à temps partiel de la réalité veulent des embellissements comme l’eau courante ou six couchers du soleil par jour, ils coderont leurs univers pour qu’il en soit ainsi. Cela peut prêter à sourire, mais nous utiliserons les outils sérieux qui sont à la base de leur jeu. Et si le monde que nous créons ensemble est moins solitaire et moins imprévisible que celui nous avons maintenant, cela sera un bon début. »

Via Smart Mobs.

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3 commentaires

  1. Intéressant.

    J’ai vu un tite vidéo de fiction sur youtube qui parle de ça: Prometeus the media revolution.

    Je croit que ça fait le lien entre les 4 points cités ici

    Bon bloggin

  2. « Et si le monde que nous créons ensemble est moins solitaire et moins imprévisible que celui nous avons maintenant, cela sera un bon début. »

    Il serait un comble de dire que ce monde dans lequel nous vivons est utopie et qu’il n’a rien que l’on ne voudrait changer. Le monde est ainsi fait, les cruautés existent et autant elles paraissent (et sont) injustes mais sont aussi la pour marquer la présence du bien (concept philosophique auquel j’adhère qui dit en gros que le bien n’existe pas sans le mal).
    Le monde n’est pas si cruel que ca étant donné qu’on vit dedans depuis un bout de temps et qu’on s’adapte, qu’on forge notre expérience sur notre vécu et que les malheurs et les ennuis créent en nous des « défenses sociales ». On pourrait meme tendre a dire que le monde n’est pas si « mal » que ca, voir meme bien meme si les conditions de vie dépendent beaucoup du contexte social et du pays ou dans lequel on vit. Les francais, par exemple, sont beaucoup a se plaindre du systeme (impots, gouvernement, etc…) et pourtant très peu décident de sauter le pas et de fuir la france (mais peut-on vraiment fuir la terre :/ ?).

    Ce que j’essaie tant bien que mal d’expliquer, c’est que ce point de vue ne jette pas la pierre au monde dans lequel on vit, mais plutot aux personnes qui se complaisent dedans tout en le critiquant et qu’il a vocation de montrer que malheureusement, ce sont souvent les personnes les plus innovatrices et enthousiastes qui sont exclues du pouvoir de décision et de changement.

    Créér un monde « moins solitaire et moins imprévisible » ne sera pas une bonne chose a mon sens car créér « un monde de télétubbies pour adulte » reviendra a mon sens a dé-responsabiliser ces derniers.
    Le sens premier est bon, vouloir créér un monde « hippie 70s », mais je doute qu’il forme avantageusement les générations futures a la vie réelle.

  3. Ce que je trouve d’extraordinaire c’est que nous puissions suivre
    ‘en direct’ cette mutation sans précédente de notre existance.
    L’être physique que nous sommes s’est vu plongé dans le monde
    sans qu’on ne lui demande son avis (si l’on accepte le néo-darwinisme)
    Grace à une faculté ’emergente’ au sein de l’humanité nous voilà embarqués dans l’aventure du Méta-univers que nous pouvons accepter ou refuser.
    Cependant tout va trés vite !
    En tout cas sans le travail de l’équipe d’internetActu nous ne serions certainement pas aussi conscient de ce qui se prépare et bien démunis.
    Merci à tous

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