Vers la ville personnelle

Andy Hudson-Smith (blog), chercheur au Centre pour l’analyse spatiale avancée vient de publier un article intitulé « le numérique urbain, la ville visuelle » (« Digital Urban, the Visual City » .pdf), dans lequel il décrit la récente révolution dans la production et la distribution d’objets numériques pour représenter la ville. Une multitude de flux de données générées par l’utilisateur et géoréférencées peut désormais être incorporée dans la « ville visuelle », que l’auteur décrit comme « une ville que l’on reconnaît comme telle, mais construite à partir de l’équivalent numérique des briques et du mortier, à savoir des polygones, des textures et surtout, des données« .

« Nous sommes au commencement d’une révolution des données sociales, visuelles et informationnelles situées géographiquement par les utilisateurs eux-mêmes. La possibilité de créer sa propre carte de l’espace urbain est particulièrement importante, car ces cartes peuvent êtres publiques ou privées. Avec Google My Maps, si l’utilisateur choisit l’option publique (qui est sélectionnée par défaut), sa carte devient cherchable via le moteur de Google. L’information incluse dans la carte aussi et si vous y accédez, vous êtes directement lié à la carte. Ainsi, la carte devient l’interface clé de l’espace informationnel. (…) La montée des réseaux sociaux nous permet de nous pencher sur la ville et d’y voir l’activité qu’y mènent ses citoyens. Cette capacité met à notre disposition un ensemble extraordinaire de données sociales et un aperçu de la manière dont les citoyens pensent, travaillent et se socialisent. »

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Fabien Girardin évoque les traces spatio-temporelles que nous laissons, des données qui ne viennent pas d’une annotation explicite de l’espace (comme on le fait en étiquetant une photo dans FlickR avec des coordonnées géographiques ou des noms de lieux), mais plutôt comme un effet plus ou moins aléatoire de nos activités numériques : comme Twitter Where développé par Matt King, qui permet de chercher des microblogs autour de lieux. Fabien évoque aussi Hotmap, développé par Danyel Fisher, du laboratoire Vibe (Visualization and Interaction for Business and Entertainment) de Microsoft : un système qui permet d’observer et de collecter les endroits sur lesquels les gens font des requêtes en utilisant Windows Live Maps. Cet instrument fournit l’image des zones que les gens recherchent le plus avec un moteur de recherche local, comme une nouvelle manière de voir les zones intéressantes d’une ville.

Oui, mais, au-delà de la navigation sociale, à quoi ces représentations vont-elles servir, concrètement, se demande Nicolas Nova ? A rendre des phénomènes explicites visibles (comme la pollution) ? A mieux comprendre les usages de la ville ? A permettre aux utilisateurs d’avoir un retour sur leur activité ? A créer de nouveaux services basés sur ces informations ?

giirardintracessuisse.jpgPour Fabien Girardin, ces données devraient par exemple permettre aux urbanistes et aux industriels qui déploient des infrastructures pour la mobilité, d’affiner leurs modèles, de mieux comprendre les déplacements et les enjeux des villes. Elles peuvent renseigner sur les meilleurs endroits pour installer un réseau municipal ou privé sans fil. En second lieu, elles permettent aux gens de regarder ce qu’autres regardent, pour aider chacun à être mieux informé de ce qu’il se passe dans leur environnement et à ajuster ses comportements en fonction de ceux des autres. Sur le web, Mor Naaman de Yahoo Research, l’un des développeurs de TagMap, a traduit cela en « cycle de média social », comme il l’exposait récemment au centre de recherche de Yahoo à Barcelone (voir sa présentation). On pourrait par exemple proposer une carte touristique d’un pays en fonction des traces que les gens laissent sur FlickR, voire un guide touristique adapté à ces traces, comme le montre cette carte de la Suisse réalisée via les traces photographiques laissées sur FlickR par des utilisateurs.

A la conférence PicNic, Adam Greenfield donnait une présentation sur le thème de « La ville est là pour être utilisée » dans laquelle il expliquait comment l’Everyware affectait dès à présent nos villes. Les traces ou les algorithmes de cet urbanisme qu’on peut « lire et écrire » seront-elles utilisées pour inventer de nouvelles manières d’habiter les villes, ou bien resteront-elles de l’ordre de l’illustration, comme autant de métaphores de notre environnement ?

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3 commentaires

  1. Merci Hubert pour cet article qui nous éclaire sur l’un des trois grands modes de navigation découlant directement des trois aspects fondamentaux qui composent notre monde : 1) Le temps (news feed, blogs, newsletters, lifestreams), 2) L’espace (l’objet de ton article), 3) La conscience qui est le monde des idées et des concepts et qui donne lieu à des systèmes de navigation hiérarchiques (menus, onglets, catégories), taxinomiques (les tags) ou hyper-textuels (tous les autres types de liens).

  2. Ces nouvelles possibilités de représentation se fonde sur l’existence de données structurées à représenter. Dans cette perspective les projets de base de données ouvertes telles que Freebase offrent de nombreuses perspectives. Cependant cette capacité à représenter de diverses manières un nombre grandissant de données conduira à la question suivante : ce qui ne peut être représenté existe-t-il ?

    Cela de va pas sans analogie avec l’empirisme d’un Berkeley qui n’accordait d’existence qu’à ce que les sens perçoivent. Mais plus concrètement ce biais existence=représentation peut conduire à des dérives comparables à celles qu’on observe dans le contrôle de gestion en entreprise, ou au travers de toute projection de la réalité sur un nombre fini d’indicateurs (que ce soit le PIB, les indices de criminalité ou autres…).

    En premier lieu vient l’assomption que toute réalité complexe peut se subsumer à un ensemble générique d’indicateurs simples. Un exemple en est la représentation de la pollution par des incateurs économiques et sociaux : coût en croissance du PIB, trou de la Sécu, indicateurs épidémiologiques… alors que la pollution étend ses effets à des domaines non chiffrables.

    Pour en revenir à l’article on peut craindre que l’extension du domaine du représentable, tout en permettant d’enrichir les raisonnements, réduise l’importance qui puisse être accordé à ce qui ne l’est pas et marginalise un peu plus tout ce qui n’a pas d’existence chiffrée.

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