Les sciences sociales et le web 2.0 : Comprendre les sites de réseaux sociaux (1/7)

A l’occasion de la parution du dernier numéro du Journal of Computer-Mediated Communication (JCMC), consacré aux réseaux sociaux en ligne (Social Networks Sites, SNS), Dominique Cardon, sociologue au laboratoire Sense d’Orange Labs, a résumé, détaillé et commenté, depuis le blog qu’il tient sur Facebook, les articles les plus importants de cette parution. L’occasion de revenir, avec lui, critique au poing, sur l’état de la recherche actuelle sur les réseaux sociaux en ligne.

En introduction à ce numéro, danah boyd (blog) et Nicole Ellison définissent les Social Networks Sites (SNS) comme étant « des services web qui permettent aux individus :

  • (1) de construire un profil public ou semi-public dans le cadre d’un système délimité,
  • (2) d’organiser une liste d’autres utilisateurs avec lesquels ils partagent des relations et
  • (3) de voir et de croiser leurs liste de relations et celles créées par d’autres à travers le système.

La nature et la nomenclature de ces relations peuvent varier d’une site à l’autre ».

Chronologie des dates de lancement des principaux sites sociauxgUne définition qui évite le recours au terme et à l’idée de réseautage (networking). Même si cela arrive fréquemment, l’objectif premier des SNS n’est donc pas de rencontrer des inconnus pour discuter. La plupart des SNS, soulignent les auteures, s’appuie d’abord sur des réseaux relationnels préexistants. Ce qui fait l’originalité et le point de rupture par rapport aux sites interactifs et aux forums du web « 1.0 », c’est l’affichage public du réseau relationnel des participants sur une fiche personnelle. A partir de cette définition, les auteures retracent la chronologie des SNS depuis le pionnier que fut SixDegrees.com (1997).

Les éléments de cette histoire sont maintenant connus, mais cette partie est sans doute la plus intéressante et originale de l’article introductif de boyd et Ellison. Elles insistent notamment sur la croissance et la chute de Friendster (en partie aspiré par MySpace) comme étant un moment pivot de cette histoire. Outre les problèmes techniques générés par la croissance du site, Friendster a échoué en refusant d’écouter ses utilisateurs. Alors que le site était issu d’une culture assez alternative (les premières communautés sont les blogueurs, les participants des Burning Man Camps et les gays), les usagers ont rapidement été gênés par les limitations de la visibilité sur le site aux amis-d’amis-d’amis-d’amis. En créant des personnages fictifs à partir de noms de célébrités ou de personnages de fiction (les fakesters), les utilisateurs avaient trouvé un moyen d’élargir la circulation dans le site vers de nouveaux contacts. Or, les responsables de Friendster se sont opposés à la création de ces fakesters, ce qui a constitué l’une des raisons de la migration de nombreux utilisateurs vers MySpace. Les auteures s’attardent aussi sur les raisons du succès de MySpace et de Facebook dans les étapes ultérieures du développement des SNS.

Enfin, boyd et Ellison font un état de l’art de la littérature sur les SNS. Elles isolent quatre thématiques : la présentation de soi et la mise en relation ; l’analyse des structures en réseau ; la relation entre Online et Offline ; la question du respect de la vie privée (privacy). De façon succincte et efficace, on trouvera là l’ensemble des références importantes aux travaux dans le domaine naissant des SNS Studies

Dominique Cardon

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2 commentaires

  1. Il y a un an, j’avais rédigé le premier mémoire en français sur les réseaux sociaux en ligne, inspiré par les travaux pionniers de Danah Boyd ou encore David Huffaker, un bref résumé informel est disponible ici :
    http://habeashabeas.googlepages.com/socialnewtorkservices

    Toute une partie de description est depuis assez dépassée (tout le monde sait à peu près ce qu’est un SNS), mais j’avais fait appel à des théories intéressantes comme le nombre de Dunbar ou le « write yoursel into being » au sujet de la construction de l’identité en ligne.

    J’attend la suite avec impatience !

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