Un chatterbot psychologue

Roland Piquepaille, dans son excellent blog sur ZDNet, nous annonce l’arrivée du « premier robot psychologue », créé aux Pays-Bas, MindMentor. Ce chatterbot (robot conversationnel) a été élaboré par deux spécialistes de la programmation neurolinguistique (PNL).Un retour aux sources, puisque l’un des fondateurs de cette école de psychologie, Richard Bandler, avait une formation d’informaticien et la PNL, comme son nom l’indique, repose en grande partie sur des théories cybernétiques. MindMentor ne fonctionne pas à l’aide d’une base de données permettant de trouver automatiquement une solution après analyse des symptômes du sujet, comme le ferait un système expert médical. Non, en fait, « par des questions intelligentes, Mindmentor s’adresse aux ressources inconscientes du patient. Avec l’aide de ses collègues RoboRorschach (test projectif) et ProvoBot (humour provocateur), MindRobot peut proposer une solution ou une nouvelle perspective en l’espace d’une heure », clament ses promoteurs.

Mind Mentor

Les deux créateurs du programme auraient soumis leur système au test de 1600 utilisateurs et 47 % en auraient été satisfaits dès la première consultation.

MindMentor n’est certainement pas le premier robot psychologue. Le mariage bizarre entre l’informatique et la psychothérapie est célébré régulièrement depuis les années 60, lorsque Joseph Weizenbaum créa Eliza, le premier programme psychothérapeute. On raconte que la secrétaire de Weizenbaum aimait d’ailleurs entretenir de longues conversations avec Eliza, sans pour autant ignorer qu’il s’agissait d’un bot…

Pour son créateur, ce programme n’avait d’autre ambition que montrer les limites du test de Turing (l’idée que la seule manière de décider de l’intelligence d’un programme tient à sa capacité de faire croire à un interlocuteur qu’il est humain). Mais son élève Kenneth Colby, qui créa de son côté Parry, le premier programme paranoïaque (il se mettait à parler de la mafia si on tapait le mot « spaghetti ») voyait réellement dans ce type de « chatterbot » de possibles applications sérieuses en psychothérapie. Il créa d’ailleurs par la suite le logiciel au titre programmatique « overcoming depression » (« Vaincre la dépression »).

Restait à voir comment fonctionne MindMentor, ce que nous avons fait lors d’une session d’une heure. Première impression, le programme n’est effectivement pas plus sophistiqué qu’Eliza, peut-être même moins, mais ce n’est pas très grave : en effet, il ne se conduit pas comme un « chatterbot » traditionnel, qui essaie de simuler une conversation réelle. Il reprend effectivement des extraits de nos propos dans le texte, mais il ne cherche pas à faire croire qu’il les comprend. En fait, le patient est invité à suivre une procédure, un scénario au cours duquel il va lui être demandé de verbaliser, de manière à chaque fois plus précise, comment il se sent par rapport à un problème et sa solution. Le programme se contente de « resservir » ces verbalisations pour pousser le sujet à élaborer, préciser et étendre leur contenu. Le « RoboRorschach », qui vient parfois en aide au MindMentor, propose à l’utilisateur de laisser parler son inconscient à la vue de diverses images, lui demandant ce que ces dernières lui suggèrent. Il ne fournit aucune interprétation, contrairement au « vrai » test de Rorschasch, dans lequel les réactions d’un patient sont censées donner des précieuses indications permettant au psychologue de formuler un diagnostic. Quant à Provobot, son rôle essentiel consiste apparemment à lancer des insultes à intervalles réguliers, donnant ainsi corps au scepticisme du consultant, avec des réflexions du genre « eh MindMentor, tu espères vraiment aider un gars aussi nul avec des solutions aussi simplistes ? ».

Au final, on n’apprend pas vraiment quelque chose de nouveau sur soi, mais c’est vrai que suivre le scénario permet de mettre de l’ordre dans ses idées, et c’est assez appréciable.

Plus qu’à une conversation avec un psychologue, on a donc affaire à une espèce de manuel interactif pour résoudre soit même ses problèmes, à la manière d’un « livre dont on serait soi-même le héros ». Le système fonctionne un peu comme ces innombrables bouquins de développement personnel qui se multiplient dans les librairies. Mais force est toutefois de reconnaitre que le fait de s’engager dans une procédure interactive pousse le lecteur à s’investir plus profondément que lors de la simple lecture d’un livre de PNL, par exemple.

On pourrait donc classer plus aisément MindMentor dans la catégorie des logiciels d’aide à la décision. Plus qu’à Eliza, sa combinaison de technique interactive et de divers scénarios fait penser à Mind Mirror le « jeu » de Timothy Leary, pape du LSD et des hippies, qui avait en 1985 élaboré son logiciel psychologique, à mi-chemin entre le questionnaire de personnalité et le jeu de rôle. MindMirror ne reposait pas sur la PNL, mais était largement basé sur le « diagnostic interpersonnel de la personnalité » élaboré par Leary à Harvard dans les années 60.

A quel avenir est promis un système comme MindMentor ? Si, au premier contact, la surprise a plutôt été agréable, il faudrait s’assurer (mais le test demanderait alors des dizaines de séances) que le programme ne devient pas finalement répétitif, en ne proposant qu’un nombre limité de procédures et de scénarios. Dans ce cas, une fois saisie la méthode, rien ne devrait empêcher le « patient » de procéder par lui-même, ou avec l’aide d’un bon bouquin.

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4 commentaires

  1. Je suis étudiant en Psychologie, et je profite de ce très bon article pour dire que ce site est une mine d’or! Juste une petite omission dans cet article ; ce service est payant!

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