Marsouin : Ceux qui téléchargent des vidéos sont aussi ceux qui en achètent le plus !

Marsouin, le laboratoire d’étude des usages de l’internet breton, a publié une note de synthèse présentant les principaux résultats d’une enquête sur la consommation de vidéos sur l’internet mené en 2008 sur un échantillon représentatif de 2000 personnes , en provenance de Bretagne où le laboratoire est installé. L’étude met en avant le fait que la consommation de vidéo sur l’internet est un phénomène générationnel, avec un clivage fort entre les plus jeunes (76 % des moins de 20 ans regardent des vidéos sur l’internet) et les plus âgés des internautes qui n’en consomment aucune (seulement 16 % des plus de 50 ans regardent des vidéos sur le net).

Bien sûr, les clips vidéos et les vidéos humoristiques viennent en tête de la consommation en ligne. Les films et séries arrivent en troisième et cinquième position des contenus les plus regardés et sont naturellement prédominants chez les utilisateurs des réseaux P2P. Mais surtout, l’étude de Sylvain Dejean, Thierry Pénard et Raphaël Suire montre combien la fréquentation des salles de cinéma ou le visionnage de DVD est complémentaire pour ceux qui consomment de la vidéo sur l’internet, que ce soit en P2P ou via des sites de diffusion en ligne type YouTube. « 40 % des individus qui vont au cinéma au moins une fois par mois regardent des vidéos sur l’internet contre 17 % pour ceux qui ne vont jamais au cinéma. Le même constat s’applique pour le nombre de DVD regardés. Ceux qui regardent un DVD par semaine, sont 4 fois plus nombreux (29 %) à regarder régulièrement des vidéos en ligne, que ceux qui regardent moins d’un DVD par mois (7 %). »

Les individus qui ont déclaré avoir déjà téléchargé un bien culturel sur un réseau P2P consomment en moyenne plus de contenu audiovisuel payant que les internautes qui déclarent simplement regarder des vidéos sur l’internet sans aller sur les réseaux P2P. Un constat qui montre bien que les utilisateurs de P2P ne sont pas tant les pirates que les producteurs dénoncent : les pratiques de consommation payantes des internautes utilisant le P2P se relèvent supérieures aux pratiques de consommation payantes du reste des internautes.

L’étude confirme donc ce que révélaient déjà des analyses souvent critiquées et fort peu relayées : il existe une forte complémentarité entre les consommations de contenus audiovisuels sur l’internet et hors l’internet. Les individus qui téléchargent des vidéos sur les réseaux P2P sont également ceux qui achètent le plus de DVD, vont le plus au cinéma ou louent le plus de films. Mieux : les utilisateurs de réseaux P2P se caractérisent par une disposition à payer plus élevée que les autres internautes pour une offre légale de vidéos en ligne adaptée à leurs besoins et à leur consommation.

Les comportements des internautes qui pratiquent le P2P par rapport à ceux des internautes qui consomment des vidéos sur le net, mais ne pratiquent pas le P2P« Les individus qui utilisent les réseaux P2P sont plus nombreux à se déclarer prêts à payer plus cher leur abonnement internet en échange de services adaptés. Parmi les services proposés, la possibilité d’avoir accès à des programmes inédits, de pouvoir revoir des émissions de télévision et de voir plus rapidement les films après leurs sorties en salle apparaissent comme les services les plus plébiscités par les utilisateurs de P2P. Concernant le mode de paiement privilégié par les internautes qui regardent des vidéos sur l’internet, les utilisateurs de réseaux P2P se démarquent des autres internautes. Les adeptes du P2P sont 27,4 % à préférer payer par avance un forfait qui permette d’accéder à autant de vidéos que souhaité contre seulement 16,5 % chez ceux qui ne téléchargent pas sur les réseaux P2P. » L’abonnement à des services de libre téléchargement avec une offre vaste et adaptée ou le modèle de la licence globale semblent des modèles adaptés aux pratiques des consommateurs de vidéos, expliquent les chercheurs.

« L’un des atouts des communautés de partage de fichiers est effectivement la possibilité donnée aux utilisateurs d’avoir accès à un catalogue d’œuvres numériques très étendu, sans ligne éditoriale imposée et perpétuellement enrichi par les consommateurs eux-mêmes », expliquent les auteurs de l’étude. « Il s’ensuit un modèle économique où les utilisateurs prennent l’habitude de gérer l’abondance de l’offre en sélectionnant eux-mêmes les œuvres qu’ils consomment (modèle pull). Cette organisation s’oppose directement au modèle push traditionnel dans lequel les industries culturelles sélectionnent elles-mêmes les œuvres qui feront l’objet d’une diffusion ou d’une commercialisation de masse. En manifestant leur préférence pour un mode de paiement forfaitaire et un accès illimité à un catalogue de fichiers numériques, les utilisateurs des réseaux P2P montrent une nouvelle fois la nécessité d’adapter l’offre de contenus aux nouveaux comportements de consommation. »

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6 commentaires

  1. Je pense que l »étude fait hélas un raccourci un peu trop rapide : utilisateur de réseaux p2p = pirate.

    Elle semble avoir oublié qu’on peut télécharger beaucoup de choses légales, dont des « biens culturels », sur ces réseaux.

    Dommage.

  2. C’est une raccourci généralisé dans ce sorte d’étude mais il me semble assez justifié : soyons honnête un fichier torrent contient rarement une oeuvre libre de droit (je ne prends absolument pas parti là dedans).
    Mais cet étude met à jour un fait évident à mon avis: une partie importante de ces « pirates » téléchargent puis sélectionne (un fichier n’as pas de valeur, si il se trouve qu’on en trouve pas plus dans le contenu pourquoi mettre la main à la poche).
    Une partie de ces personnes il me semble ensuite ne paient pas pour le fichier ou pour la musique mais son disposé à payer pour une expérience (cinéma, concert …) ou pour des bonus (dvd).
    J’ai cependant la conviction que ces gens cependant quitteront le p2p dès qu’un service leur offrira cette même possibilité d’écoute illimité sur un large choix de musique pour une somme raisonnable (voir gratuit comme Deezer bien que le catalogue n’est pas encore extremement etoffé) avouons le l’expérience du p2p est relativement désagréable en matière d’interface, de fiabilité et de classement (et nomenclature) des fichiers à disposition.
    Le forfait semble une bonne option car l’utilisateur pourra trouver chaque mois en téléchargant (et découvrant) un retour sur investissement satisfaisant et car aujourd’hui les tarifs des plateformes type iTunes sont absolument exhorbitant .
    Pour finir un article intéressant relatant une étude au japon sur la consommation de la musique et le téléchargement:
    http://www.tokyo-stories.com/2008/11/life-expectancy-of-contents.html

  3. @Axel : « Une partie de ces personnes il me semble ensuite ne paient pas pour le fichier ou pour la musique mais son disposé à payer pour une expérience (cinéma, concert …) ou pour des bonus (dvd). » C’est possible, mais ce n’est pas ce que dit l’étude. Les téléchargeurs (je préfère ce terme à « pirate » pour ma part) paient et consomment, pas seulement des expériences comme vous dites, mais aussi des produits (regardez la part des locations et achats de dvd !). La télévision (même les bouquets satellites) ne sait pas offrir la possibilité de choix dans des catalogues suffisamment élargit pour satisfaire des consommateurs jeunes et boulimiques. Les formes commerciales de la vidéo choisie (cinéma, location, vod…) elles aussi proposent des catalogues très limités (en étendue, comme dans la chronologie de publication). Et ne savent pas forcément répondre à la boulimie, à l’intensité, de certains utilisateurs qui veulent écouter chaque jour une nouvelle musique, voir chaque soir un nouveau film. Si ceux qui téléchargent le plus de produits culturels sont aussi ceux qui les consomment le plus, alors les budgets limités, les catalogues étroits, et l’indisponibilités de titres (tout le monde veut louer le même titre au même moment dans son vidéo-club) expliquent bien mieux le fait que le P2P vienne en complément des solutions commerciales.

    J’ai l’impression que les propos soulignant que l’expérience du p2p, le classement et la fiabilité des fichiers sont désagréables… sont des propos qui datent un peu. J’ai l’impression que les choses ont un peu bougé depuis deux ans. L’expérence P2P avec BitTorrent est meilleure qu’elle ne l’était. La fiabilité des fichiers s’est accrue avec une communauté très impliquée qui distingue désormais plutôt clairement ce qu’elle propose (screeners, dvdRip, etc.). Même la musique est de mieux en mieux identifiée.

  4. Ca confirme ce que me disait Patrick Waelbroeck quand j’ai été le rencontrer à l’ENST suite au ‘rapport Hadopi’. Il a fait plusieurs études et à fini par distinguer parmi les ‘pirates’ des ‘explorateurs’ qui sont des ultra consommateurs de biens culturels (numérique et autres). Ses différentes modélisations micro économiques l’on amené à conclure que le P2P (et par extension la vidéo sur internet dans son ensemble) est bénéfique, économiquement parlant, pour l’industrie culturelle.

    Pour les plus courageux, un lien vers ses travaux : http://papers.ssrn.com/sol3/cf_dev/AbsByAuth.cfm?per_id=354513

  5. Etude intéressante mais la synthèse semble biaisée.
    Je cite cette phrase par exemple :

    « La figure 5 témoigne de la forte complémentarité entre la consommation de vidéo sur l’Internet d’une part et la fréquentation des salles de cinéma et le nombre de DVD regardés d’autre part. 40% des individus qui vont au cinéma au moins une fois par mois regardent des vidéos sur Internet contre 17% pour ceux qui ne vont jamais au cinéma. »

    Ce qui NE VEUT PAS DIRE DU TOUT que 40% des personnes regardant la video sur Internet fréquentent les salles de ciné…

    Pour pouvoir faire une conclusion comme celle-là, il faudrait savoir combien de % de personnes regardant la vidéo sur Internet fréquentent les salles de cinéma… Là on pourrait conclure sur la complémentarité..
    Pure logique mais qui semble échapper à l’auteur…

    Et hop on conclut rapidement que les « pirates » ne sont pas des « pirates ».

    Parler de complémentarité n’implique pas cette conclusion très hâtive. Surtout si on regarde les statistiques cités plus haut.

    La dernière mesure est plus juste et met (un peu) en évidence cette complémentarité mais l’écart est bien moindre entre les 2 populations…

  6. Une étude norvégienne sur la musique fait le même constat, rapporte Ecrans : les amateurs de musique en P2P sont également ceux qui achètent le plus de musique. « Cela veut dire que lorsque l’industrie du disque cible les “pires délinquants” dans ses campagnes contre le téléchargement, les gens qu’elle attaque sont ceux qui dépensent le plus pour la musique », traduit Cory Doctorow.

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