Nanotechnologies : ce qui se vend

A l’approche du débat public national autour du développement et de la régulation des nanotechnologies, qui se déroulera du 15 octobre au 24 février, il nous a semblé intéressant de se pencher sur les produits qui, d’ores et déjà, incorporent des nanomatériaux, ou sont fabriqués au moyen de nanotechnologies.

Equipements sportifs, peintures, emballages, textiles… la base de données du Project on Emerging Nanotechnologies (PEN), une fondation américaine qui veut oeuvrer à plus de transparence en matière de nanotechnologies, a franchi cet été le cap des 1000 produits vendus dans le commerce, soit une augmentation de 379 % depuis sa création en 2006 (voir le bilan que nous dressions à l’époque : 212 (nano)produits de consommation).

Evolution du nombre de produits nanos vendus dans le commerce

On y trouve 155 vêtements, 137 produits cosmétiques et 33 crèmes solaires, des shampoings, dentifrices, traitements capillaires, anti-douleurs ou contre l’acné… : 60 % d’entre eux relèvent des domaines de la santé et du bien-être.

Viennent ensuite les produits de ménage et d’entretien, ou pour le jardin : peintures, nettoyants, purificateurs d’air, dégraissants, anti-odeurs, oreillers et autres produits antibactériens, sacs à main et bagages imperméabilisés…

Nano sprayNano Mineral WaterLes produits alimentaires arrivent en troisième position, avec un complément « bionique » (et aromatisé au café), un autre pour maigrir ou vivre plus longtemps, de la vitamine en spray, du chocolat light, ou encore cette « eau maternelle« , filtrée au moyen de nanoparticules d’argent « sans traitements chimiques » et tout spécialement créée pour les mamans et leurs nouveaux nés.

On y dénombre également 68 produits et accessoires utilisés dans le secteur automobile, essentiellement des revêtements extérieurs, destinés à lutter contre les effets de l’humidité, de l’érosion, ou des marques pouvant abimer les carrosseries.

En cinquième position, les produits électroniques sont également assez bien représentés, et constituent une bonne partie du chiffre d’affaires des « nanos« , avec la mémoire de l’iPod et la batterie de l’iPhone, toutes deux fabriquées par Samsung, les processeurs Intel Core 2 Duo, la puce IBM de la Xbox 360, les écrans OLED, et même un téléphone mobile antibactérien

Nano pelucheAu rayon enfants, on trouve une tétine, un biberon, une brosse à dents, et même des nounours antibactériens.

Un nano-collier de correction pour chienNos amis les animaux ne sont pas en reste ; ils peuvent en effet se voir offrir un lit intelligent, imperméable, antibactérien et à la pointe de la technologie puisqu’il reste « naturellement propre » et sans odeur (vidéo) , un shampoing désodorisant, un spray pour restaurer le pH neutre de leur peau, ou encore un collier antiaboiement qui envoie une « correction » électrique à chaque fois que votre chien aboie…

En 2007, le marché des produits incorporant des nanomatériaux était estimé à 147 milliards de dollars, et pourrait, d’après le PEN, atteindre les 3100 milliards en 2012. Si le marché est, pour l’instant, dominé par l’industrie chimique, cette dernière pourrait d’ici là être supplantée par les industries pharmaceutiques et cosmétiques.

540 de ces produits viennent des USA, 240 de l’Asie du Sud-Est, et 154 d’Europe, dont 17 de France (deux raquettes de tennis, quinze parfums et produits cosmétiques).

Le PEN a également publié, en juin 2009, une carte des 1200 entreprises, universités et laboratoires qui, aux Etats-Unis, travaillent au développement et à la commercialisation des nanotechnologies.

La carte de ceux qui, aux USA, travaillent sur les nanos

Malheureusement, note le bureau européen de l’environnement (EEB, qui se présente comme « la voix environnementale des Européens« , et qui fédère plus de 140 ONG dans 31 pays) dans un rapport (.pdf) consacré à l’impact sanitaire et environnemental des nanomatériaux, on ne dispose pas, en Europe, d’information claire sur ce qui est produit ou testé par qui, où, ni en quelle quantité.

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7 commentaires

  1. « On y trouve 155 vêtements, 137 produits cosmétiques et 33 crèmes solaires, des shampoings, dentifrices, traitements capillaires, anti-douleurs ou contre l’acné…: 60% d’entre eux relèvent des domaines de la santé et du bien-être.

    Viennent ensuite les produits de ménage et d’entretien, ou pour le jardin : peintures, nettoyants, purificateurs d’air, dégraissants, anti-odeurs, oreillers et autres produits antibactériens, sacs à main et bagages imperméabilisés… »

    La nanotechnologie un truc de meuf ?

  2. Les vêtements, compléments alimentaires et produits capillaires ne sont pas que pour les « meufs », et si vous y rajoutez les 68 produits et accessoires utilisés dans le secteur automobile, plus les peintures et revêtements… on est loin d’une industrie visant les femmes, même si le secteur cosmétique en fait grand cas…

    Sinon, l’article a aussi été repris par lemonde.fr

  3. > Sinon, l’article a aussi été repris par lemonde.fr

    lemonde.fr qui enlève tous les liens et donc une grosse part de l’intérêt de l’article. Au passage, je signale que le lien sur la mémoire de l’iPod renvoie vers la page du mobile antibactérien.

    Sinon, j’ai du mal à voir en quoi des processeurs Intel ou des mémoires flash Samsung peuvent rentrer dans la catégorie des nanotechnologies. Soit c’est juste un attrape-couillon marketing, soit c’est rapport à des tailles de gravures mais si c’est le cas, il n’y a pas trop besoin de débat éthique pour ce genre de choses.

  4. @jmm il ne s’agissait pas de prendre cette petite boutade au mot !

    Je baigne pas mal au milieu des recherches nanotechnologiques et ce qui transparait quand même dans cet article c’est le décalage complet entre les espoirs (et les craintes) que nourissent les nanos dans tous les domaines de l’industrie , et leursapplication actuelle qui ressemble à l’anecdote d’un marché qui se tourne vers ce qu’il sait que trop bien faire…

  5. Dans les produits « nanotechnologiques », il me semble que les circuits intégrés ont une place à part. Les technologies actuelles sont (souvent) considérées comme nano, puisque la largeur du trait de gravure est bien inférieure à 100nm. Ceci explique la présence de mémoires et de processeurs sur la liste (en nombre très faible par rapport à la réalité). La baisse continue de la dimension de la gravure, évoquée dans la loi de moore, a abouti à transformer en nanotechnologies ce qui était auparavant la microélectronique. Il me parait douteux que l’impact sur la santé et l’environnement soit le même que celui des nanomatériaux… Par ailleurs l’inclusion des circuits intégrés dans les nanoproduits entrainerait (entraîne) automatiquement à augmenter le montant du marché des nanotechnologies de deux à trois centaines de milliards. Prudence donc sur les chiffres…

  6. Basée sur une étude plus systématique que celle publiée par le PEN, il y a une carte qui présente les collaborations scientifiques dans le monde dans le domaine des nanotechnologies à cette adresse :
    http://www.researches-nanoclusters.eu/fr/introduction-aux-nanotechnologies-et-nanosciences/collaborations-scientifiques-et-reseaux-dans-le-champ-des-nanotechnol.html
    Cette carte permet de découvrir les profils (principaux acteurs, degrés d’ouverture, thématiques) des villes dans lesquelles des articles scientifiques ont été publiés.

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