Mise au point sur les usages des réseaux sociaux et la participation en ligne

Par le 14/10/10 | 2 commentaires | 4,346 lectures | Impression

Marsouin, le Môle armoricain de recherche sur la société et les usages d’internet est une source précieuse d’analyse, d’étude et de cadrage sur les usages d’internet. Jocelyne Trémenbert, responsable de cet observatoire, vient de publier une courte mise au point [1] sur les usages des réseaux sociaux et sur la participation. Juste pour recadrer l’image déformée qu’on en a souvent. Non, nous ne sommes pas tous en permanence derrière nos écrans et si nous sommes nombreux sur les réseaux sociaux, nous sommes loin d’y être connectés en permanence. On y apprend que 70% des internautes ne sont pas actifs sur les sites de réseaux sociaux et que si un 15-30 ans sur deux alimente son “mur” toutes les semaines, ce n’est le cas que d’un 30-44 ans sur sept. On y apprend également qu’internet creuse la fracture civique en permettant aux citoyens les plus éduqués et les plus compétents en matière d’usage numérique d’accéder à davantage d’informations et d’interagir avec l’administration.

Données de cadrage des principaux usages d’internet

Le tableau qui suit (tableau 1) donne un aperçu des principaux usages d’internet. Si internet permet de nombreuses possibilités, certains usages peuvent s’avérer plus occasionnels que d’autres. Ainsi s’il arrive à certains internautes de déposer des photos, des vidéos en ligne sur des sites types Flickr afin de les gérer, les stocker, voire les partager, il est rare que ces internautes le fassent régulièrement toutes les semaines ou tous les mois. Aussi nous avons choisi d’ordonner les usages selon des fréquences probables partagées par le plus grand nombre d’internautes. Les résultats les plus frappants et souvent très éloignés des idées reçues sont :

Tableau 1- Usages d’internet et fréquences
tableau1marsouin

Des usages différents d’Internet selon la tranche d’âge

Seuls les usages reliés à la vie locale, les actualités et les transports ne présentent pas de différence significative d’une tranche d’âge à l’autre. Autrement dit, jeunes et moins jeunes lisent, par exemple, autant les actualités sur l’internet. En revanche, les graphiques qui suivent montrent qu’en matière de communication (figure 1) les plus jeunes sont beaucoup plus actifs sur le Net. Alors que 49% des moins de 30 ans internautes sont actifs dans un réseau social, cette proportion chute à 16% pour la tranche des 30-44 ans. Ce sont également les jeunes les plus utilisateurs de messagerie instantanée ou de forums. Il en est de même en matière de divertissement (figure 2). Les jeunes sont très amateurs de partage de vidéos et de photos. Seule la visite en ligne de musées attire davantage les moins jeunes et particulièrement les internautes retraités (1 sur 5).

Figure 1 – Usages de communication et âge
figure1Marsouin

Figure 2 – Usages de divertissement et âge
Figure2Marsouin

Une plus forte participation citoyenne pour les plus éduqués [3]

En matière de participation citoyenne (figure 3), les internautes n’en sont qu’aux premières étapes de l’échelle à 5 niveaux développée par l’International Association for Public Participation (.pdf), incluant une progression entre les stades d’information, de consultation, d’implication, de collaboration et d’autonomisation. Une forte proportion n’hésite pas à recourir au net pour rechercher des informations sur des sites administratifs (69% l’ont déjà fait dans les 12 derniers mois). De l’ordre de la moitié des internautes consulte également les documents mis en ligne (53% en ont déjà téléchargé, 43% renvoyé en ligne, 7% ont déjà consulté en ligne les délibérations du conseil municipal de leur commune) et très peu vont jusqu’à échanger par mail avec la mairie et ses représentants (de l’ordre de 10%). Seules 17 des 2008 personnes interrogées déclarent avoir participé à un débat politique en ligne sur un portail ou un site Internet de l’administration.

Nous avons pu remarquer que les citoyens impliqués dans du bénévolat, dans une association, ont à ce sujet des pratiques singulières. Ils sont significativement plus nombreux à consulter les délibérations (+7 points), à échanger par mail (+12 points), à participer au débat (+1,5 points). La dernière enquête du Cevipof (.pdf) montrait que le Web donne plus de ressources et d’espaces d’expression aux citoyens qui sont déjà très intégrés dans le système politique, l’exploitation de ces usages selon le niveau d’études, la catégorie socioprofessionnelle et les compétences numériques montre que ce sont les citoyens les plus éduqués qui profitent le plus des possibilités offertes par cette intégration des nouvelles technologies dans la vie citoyenne et politique.

Ils vont davantage chercher l’information (un taux d’usagers qui ne cesse de croître avec le niveau de diplôme, +37 points pour ce taux entre la catégorie des sans diplômes et celle des diplômés du supérieur, 81% des cadres et professions intellectuelles supérieures, +43 points entre les moins compétents et les plus compétents).

Ils sont à même de télécharger les documents administratifs (+40 points pour un diplôme du supérieur, 73% des cadres et professions intellectuelles supérieures, +54 points antre les moins compétents et les plus compétents) et d’échanger (avec la mairie, les élus : +12 points pour le diplôme et les compétences numériques).

Figure 3 – Usages en matière d’administration électronique
Figure3Marsouin

Jocelyne Trémenbert
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Notes
[1] Les résultats chiffrés sont issus de l’exploitation de la septième édition de l’enquête “Résidentiels” réalisée par l’observatoire Opsis de M@rsouin à la fin du dernier trimestre 2009 : un sondage téléphonique auprès d’un échantillon de 2008 personnes, âgées de 15 ans et plus, conçu selon la méthode des quotas, représentatif de la population bretonne, en termes d’âge, de sexe, de catégorie socioprofessionnelle et de lieu de résidence (unité urbaine et département). En général la Bretagne reste très proche de la moyenne nationale ou européenne. C’est à la fois vrai en termes socio-démographiques (juste une petite sur-représentation statistique des personnes âgées et des zones rurales) et dans l’utilisation des TIC (des taux identiques d’équipement et pas de particularités dans les usages)…
[2] Les internautes qui n’utilisent ni moteur et/ou ni courriel, rencontrés au cours de notre enquête se servent malgré tout principalement d’internet pour effectuer leurs opérations bancaires, aller sur des sites administratifs et écouter de la musique.
[3] A ce sujet nous rappelons que le lien entre éducation et compétences informatiques a déjà été mis en lumière dans l’article “Mesure des compétences numériques, une évaluation à partir des domaines du C2I”.