Comment étudier l’internet quand l’internet est partout ?

Par le 29/04/11 | 8 commentaires | 4,864 lectures | Impression

L’internet n’est plus quelque chose à part et identifiable, nous expliquait il y a peu Oliver Burkeman. “La technologie est devenue le soubassement de nos vies”. On ne peut plus la comprendre en tant que telle, car les limites entre la réalité et le virtuel ont disparu. On ne peut pas savoir si les réseaux sociaux ont-ils été la cause des révoltes arabes, car leur imbrication avec nos autres formes sociales est telle qu’on ne peut distinguer la causalité de l’un ou de l’autre… C’est en cela qu’il nous expliquait que l’internet en tant que tel, “c’est fini !” La technologie s’est tellement diffusée dans nos existences qu’on ne peut plus l’évoquer en tant que telle : l’internet touche désormais tous les aspects de nos vies : éducation, santé, politique… Alors, comment en comprendre son rôle ?

Tom Slee est un blogueur politique Canadien qui participait il y a peu à un atelier organisé par l’université de Stanford et l’Institut des Etats-Unis de la paix sur le thème des médias sociaux et de la lutte pour le changement politique. Sujet d’actualité s’il en est, et dont il a ramené le coeur de la réflexion dans un billet intitulé Blogs et balles : décomposer les médias sociaux.

Le débat de savoir si l’internet est le meilleur ami de l’autocrate ou de la démocratie est un débat sans fin, reconnait Tom Slee. D’autant que les observateurs manquent cruellement d’éléments de preuves fiables. Il oppose deux camps dans un débat assez clair, comme le montrait récemment The Economist en lui donnant une version en ligne : celui qui pense comme Evgeny Morozov que l’internet a autant le potentiel d’oppresser que de libérer, selon le contexte politique dans lequel il est utilisé et ceux qui sont convaincus qu’internet est une force en soi pour la démocratie – même si “ce ne sera pas nécessairement toujours vrai, mais c’est le cas aujourd’hui, compte tenu de son architecture actuelle et la façon dont les gens utilisent le réseau”, comme l’explique John Palfrey

activisme a la souris
Image : L’activisme de la souris.

La plupart du temps, nous sommes toujours confrontés à un certain déterminisme, une croyance résiduelle dans le “pouvoir spécial de l’internet à connecter et libérer” (comme l’exprimait Cory Doctorow dans sa lecture de Net Delusion d’Evgeny Morozov). Mais, explique Tom Slee, si nous voulons aller au-delà de ce duel d’anecdotes, nous devons renoncer à ces allégations hâtives sur la nature particulière de l’internet.

Il est temps de cesser de parler des médias sociaux

Une équipe de chercheurs de la George Washington University a proposé un cadre pour analyser comment les médias sociaux et les nouvelles technologies affectent les luttes pour un changement politique en distinguant et mesurant 5 niveaux d’effets :

“Il est peut-être temps de cesser de parler des technologies de l’information et de la communication, de l’internet ou des médias sociaux comme une constellation unique de technologies qui auraient des caractéristiques clés en commun (typiquement participatives ou distinctement intrusives par exemple) ou de croire qu’elles seraient suffisamment différentes du monde qu’elles nécessiteraient qu’on en parle séparément. L’internet est encore assez nouveau, et nous avons tendance à le regarder comme un objet définissable, mais les technologies numériques ont tant de facettes et sont empêtrées dans tant d’autres facettes de nos vies qu’un tel regard généraliste obscurcit plus qu’il ne révèle.”

Alors comment faire ?

Le terme de “média social” est souvent utilisé pour désigner les médias sur l’internet, parfois même les gens l’étendent aux messages SMS et MMS, même si les réseaux et protocoles sont différents, explique Tom Slee. Durant les soulèvements arabes, le terme “média social” a été étiré pour désigner Al Jazira parce que la chaîne est accessible sur YouTube et sur le web américain… Wikileaks est souvent inclus dans ces nouveaux médias, alors qu’il a publié ses plus importants documents dans des médias traditionnels. “On assiste à une redéfinition continuelle des limites de la catégorie pour y inclure tout ce qu’on juge utile”, ironise le spécialiste politique…

A l’inverse, en dessinant des limites inappropriées autour des “nouveaux médias et des médias sociaux”, on peut parfois exclure des éléments essentiels à une histoire. Un journaliste de la BBC décrivait comment dans les jours qui suivirent la prise de contrôle de Benghazi, l’opposition libyenne avait mis en place un journal et deux stations de radios à côté d’une station de radio sur le web. Une approche qui se concentrerait sur les “nouveaux médias” devrait exclure les initiatives traditionnelles… Pour Tom Slee, cet exemple montre bien que l’internet n’est qu’un des nombreux canaux utilisés, et que les militants utilisent tous les moyens à leur disposition.

Quelle réalité les médias sociaux désignent-ils ?

La catégorie des “nouveaux médias et des médias sociaux” permet ainsi d’inclure des médias qui sont en dehors des limites artificielles du numérique. “Il permet de parler à la fois des blogs, des SMS, de Facebook sans avoir à essayer de les attacher ensemble en une fausse unité, alors que chacun de ces médias ont des architectures distinctes, des bases d’utilisateurs différentes, des modèles de gouvernance, des objectifs, des interfaces multiples et sont soumis à des pressions commerciales ou politiques variées…”

“Un deuxième avantage d’abandonner le terme “médias sociaux” serait de se débarrasser des analogies entre l’architecture obsolète de l’Internet et la nature des activités qui s’y déroulent”, estime Tom Slee. Les militants anti-hiérarchies trouvent dans l’internet un foyer accueillant parce que sa structure en réseau s’ajuste à leurs moyens d’organisation préférés. Cependant, le passage aux plateformes du web 2.0 a changé la structure logique de nombreuses applications (comme YouTube, Twitter, Facebook…) pour en faire des structures centralisées. “Nous continuons à parler de réseaux, mais la structure du réseau humain n’est plus reflétée dans celle du réseau informatique. Nos réseaux d’amis n’existent que dans le nuage des serveurs de Facebook et les SMS échangés n’ont jamais été réalisés sur un réseau de type internet”… Il faudrait également évoquer les cartes d’hyperliens, qui forment l’une des clefs du système circulatoire de l’internet, mais les associations de liens ont également été déportées sur Facebook et Twitter, c’est-à-dire sur les serveurs privés de quelques sociétés.

Les plateformes web 2.0 commerciales qui dominent le trafic web sont bien différentes de l’archétype des communautés de logiciels open source ou de Wikipédia auxquelles on les compare souvent. Elles ne peuvent être divisées et nous ne pouvons pas voir le code source des algorithmes qui les animent, rappelle Tom Slee. Utiliser la logique de la “richesse des réseaux“pour discuter de la façon dont ils fonctionnent est tentant, mais souvent inapproprié.

“Renoncer à parler de nouveaux médias ou de médias sociaux nous obligerait à cesser de dépasser les analogies avec le web 1.0 et à cesser de faire des inférences sur l’importance de la structure technologique par rapport à la structure sociale, même inconsciemment. Si nous évoquons Facebook en particulier, plutôt que les médias sociaux en général, il est clair que les questions relatives aux conditions de service de la plateforme, aux politiques de confidentialité de la société, à la politique des noms réels et ainsi de suite ne sont plus un détail dans le tableau d’ensemble des technologies de réseau, mais sont alors au cœur du potentiel de Facebook comme outil pour effectuer des changements politiques. Étant donné qu’il y a maintenant plus d’utilisateurs actifs de Facebook qu’il n’y avait de gens sur l’internet il y a 10 ans, cela montre le niveau d’importance des politiques pratiques de Facebook.”

Tom Slee voit encore un autre avantage à se débarrasser de l’internet : celui de se débarrasser des arguments qui extrapolent à partir de la nature intrinsèquement ouverte de l’internet. Code et autres lois du cyberespace de Lawrence Lessig a plus de dix ans, et la sophistication croissante, la gouvernance de l’internet sous forme de licences, les règlements, les accords commerciaux ainsi que toutes les restrictions légales ou commerciales rendent le principe du bout-en-bout (le end to end l’un des principes fondamentaux de l’architecture d’internet) de moins en moins pertinent.

“Renoncer aux termes “nouveaux médias” et “médias sociaux” obligerait les discours creux, trompeurs et binaires autour d’”Internet et Libertés” à reconnaître l’échelle mobile des droits et libertés qui régissent les transactions individuelles dans les domaines numériques et non numériques”. En 2005 déjà, dans Blockbusters and Trade Wars, Peter Grant et Chris Wood avaient précisé que de nombreuses questions qui ne s’adressaient qu’à l’internet serait résolues, pays par pays, via des lois commerciales, des politiques et des règlements spécifiques. Leur prédiction a été maintes fois vérifiées (notamment par l’ouvrage de Jack Goldsmith et Tim Wu Who Controles the internet), y compris par la reformulation par Google (.pdf) de la censure sur l’internet comme n’étant qu’une “barrière commerciale”…

Décomposer “nouveaux médias” et “médias sociaux” en catégories plus petites pourrait également encourager un meilleur débat sur les responsabilités des entreprises qui entreprennent des affaires dans le monde entier (Jillian York rappelle que les conditions d’utilisation de Facebook sont actuellement disponibles seulement en 7 langues) : les termes des conditions de services étant d’autant plus importants quand les données privées recueillies peuvent être soumises à des régimes autoritaires.

“Une fois que nous renonçons à la tendance et à la moyenne, l’internet prend sa place comme faisant partie du monde réel et non plus comme une entité séparée de celui-ci. (…) Dans les années 90, on a beaucoup parlé d’une “nouvelle économie”, mais à la fin, il s’est avéré que l’économie traditionnelle expliquait en grande partie l’organisation industrielle de l’univers numérique. A la même époque, on évoquait beaucoup le fait que l’internet allait éliminer les obstacles juridiques : or, ceux-ci se sont révélés étonnamment résistants”… Au contraire, les différends autour de l’évolution d’internet sont désormais débattus dans les limites du commerce, de la propriété intellectuelle, de la vie privée et d’autres lois existantes… “La plupart des différends qui semblaient spécifiques à l’univers numérique se résolvent dans le droit commercial” – à l’exception des débats autour de la neutralité du net, admet Tom Slee.

Taxonomie de l’internet social

De quelles structures parlons-nous si nous abandonnons le terme de “média sociaux” ? Tom Slee esquisse alors une taxonomie un peu décevante.

Les plateformes de réseaux sociaux basés sur l’internet
Centralisées, commerciales, privées et basées sur la publicité, elles sont évidemment la grande “histoire” du moment et correspondent pour Tom Slee à Facebook, Twitter et YouTube… Le coût de structure de ces entreprises les rend naturels, c’est-à-dire naturellement monopolistiques (même si cela peut-être de courtes durées). Ici, l’important n’est pas seulement le réseau, mais ce sont aussi les conditions de service, les politiques de confidentialité et commerciales. On parle plus facilement de la plateforme Facebook que de la société, mais c’est insupportable, s’emporte Tom Slee : “Quels aménagements les propriétaires ont-ils conclus avec les pays dans lesquels ils opèrent ?”

Les appareils mobiles
Utiliser sa messagerie sur un mobile dans la rue est bien différent d’utiliser un navigateur depuis chez soi, surtout en période de troubles politiques. Si le téléphone mobile peut compléter l’action politique, le navigateur aurait plutôt tendance à le déplacer. Le caractère propriétaire du réseau téléphonique signifie que les fabricants d’appareils et les opérateurs télécoms peuvent se courber devant les exigences des demandes sécuritaires des Etats.

Blogs
Les blogs (indépendants – mais nombreux tournent sur plateformes comme Blogger qui peuvent être bloquées) sont différents de l’architecture des plateformes des réseaux sociaux. Le réseau de sites est plus lâche, le contenu plus dispersé, la propriété plus individuelle…

Accès multicanaux
Al Jazira, le Guardian, le New York Times : les grands médias qui ont su s’adapter à l’internet fonctionnent maintenant comme des accès multicanaux. Est-il encore judicieux de dire que le Guardian est un média traditionnel et dire que le Huffington Post est un nouveau média ? Certainement pas, estime avec raison Tom Slee. Mais ces accès qui peuvent fonctionner dans de multiples formats demandent certainement un traitement différent.

Formes de médias déplacés
La structure des marchés numériques sous la forme du “gagnant emportant tout” (winner take all) signifie que sur chaque niche il y a relativement peu de joueurs par rapport aux nombres d’acteurs du monde physique. Il n’y a pas besoin de multiplier les publications des références quand Wikipédia peut-être étendu indéfiniment et il y a moins de librairies en ligne que hors-ligne. Les accès culturels majors pour de nombreux pays sont désormais basés sur la côte Ouest des Etats-Unis où Hollywood est rejoint par Apple, Amazon, Netflix, etc. Nous perdons une grande diversité d’institutions dans la transition vers le numérique et il est important d’étudier l’impact de cette perte.

Outils de contournement
Les outils utilisés spécifiquement par les militants portant des actes illicites ou politiquement sensibles doivent être placés dans une catégorie distincte.

Évidemment, il ya beaucoup d’autres divisions possible, reconnait Tom Slee. “Mon principal argument”, résume Tom Slee, “est le suivant : s’il y a un changement que le renoncement au terme média sociaux produirait, ce serait de moins parler de réseaux et d’auto-organisation et davantage des institutions (commerciales, d’Etat ou mondiales…) et cela me semblerait un changement réaliste en regard de ce que le monde numérique a changé ces dernières années.”

Changer de point de vue

Henry Farrell professeur de science politique à l’université George Washington est assez d’accord avec l’analyse de Tom Slee, mais rejette l’idée de regarder l’évolution de l’internet à des échelles plus petites.

“La meilleure façon de faire ce que Tom veut faire est de faire de notre mieux pour penser l’univers numérique de différentes manières. Plutôt que d’essayer de trouver les particules fondamentales de la connectivité sociale médiatée par l’électronique, nous devrions partir d’un ensemble bien différent. Plutôt que de vouloir étudier l’Internet ou Facebook ou quoi que ce soit, nous devrions rechercher l’existence éventuelle ou la force relative des différents mécanismes de causalité qui connectent certains facteurs explicatifs à certains types de résultats. (…) Au lieu de nous poser la question de savoir si “Facebook joue un rôle dans les révoltes dans les pays autoritaires” nous devrions plutôt nous demander par exemple “si l’influence sociale des pairs rend les individus plus enclins à participer à des manifestations ?” ou “si diffuser largement l’information sur le nombre de décès des manifestants favorise ou limite la participation d’autres individus ?” ou “si l’information fournie par le gouvernement rend les citoyens moins enclins à participer à des manifestations contre le régime ?”, etc.

“C’est, je pense, la meilleure façon de démêler les questions de causalité spécifiques les unes des autres.” Chercher les causalités permettraient également de mettre à bas la séparation artificielle entre nouveaux et vieux médias que dénonce Tom Slee en obligeant les chercheurs à réfléchir aux manières dont les médias peuvent être associés à tel ou tel mécanisme causal.

Henry Farrell fait référence aux travaux d’Adam Przeworski et Henry Teune et conclut : “J’aimerais voir des gens qui étudient l’internet et les médias sociaux arrêter de les étudier et se consacrer plutôt sur le rôle des mécanismes de causalité qui pourrait (ou non) être associées à des technologies spécifiques pour expliquer les résultats politiques, c’est-à-dire pour commencer par remplacer les noms des technologies par des mécanismes.”

Il y a dans ces propositions quelque chose d’assez juste et qui fait échos à mes efforts actuels pour éclaircir le fonctionnement de Facebook. Sous couvert d’internet et de médias sociaux, on met souvent tout et son contraire, on dresse des amalgames entre des outils, des techniques et des technologies qui n’ont pas les mêmes effets, les mêmes politiques et des sociétés qui les portent qui n’ont pas les mêmes valeurs. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a que l’analyse micro qui vaille, comme le montre bien Henry Farrel, mais qu’il y a des mécanismes que l’on décrit encore bien mal et qui en restent à des terminologies technologiques. C’est en cela que la taxonomie de Tom Slee est inopérante. Ce ne sont pas des technologies qu’il faut distinguer les unes des autres, mais des mécanismes et des politiques induites par ces mécanismes.

La dernière partie du dossier sur “Comprendre Facebook” qui va s’attarder sur le rôle des API (les interfaces de programmation) est typique à mon sens de cela : une technologie qui créé des mécanismes qu’on a encore bien du mal à décrire et qui pourtant structurent déjà l’internet d’aujourd’hui et l’ensemble de nos relations sociales…

Merci à Nicolas Vanbremeersch pour m’avoir mis sur cette piste.

Le dossier “Comprendre Facebook” :

Rétroliens

  1. Web | Pearltrees
  2. [Food for thought] Internet, the Art of limits and the limits of Art | GeekgirlGoneBad Archives (2009-2013)

6 commentaires

  1. par Serge Pouts-Lajus

    L’analyse de Tom Slee est très intéressante, même si, effectivement, la taxonomie alternative proposée parait un peu décevante.
    Ce qui n’est pas décevant en revanche, c’est la lecture et le commentaire de Hubert. Merci pour cet excellent article.

  2. Depuis le temps que l’on parle de mettre l’usager au centre et qu’on n’y met que des outils (internet en est un), il est vraiment temps de se replacer du point de vue des gens.
    Cette discussion est à rapprocher de celles (relayées sur InternetActu il me semble) sur l’atteinte du fameux moment de “disparition” de l’internet, tellement attendu et donc finalement redouté à en lire ces lignes.
    Il m’a toujours semblé étrange de “découper les gens en tranches”, de voir l’internaute séparé de l’individu, quand il ne fallait pas découper les gens par canal/outil. Cela est bien fini et c’est tant mieux.
    Mais, maintenant que l’on ne va plus parler d’internet mais de la manière dont les hommes vivent et font société, cela signifie donc que la Sociologie et toutes les autres sciences humaines sont prêtes à cela ? Où se situent-elles à ce propos ?

  3. par simon

    bonjour,

    j’ai un doute concernant la prise en compte d’un message rédigé ce matin ?

  4. par simon

    Nouvelle note 10

    Bonsoir, sans prétention de ma part, je pense que mon travail de thèse (Sociologie de la composition des collectifs web 2.0 : le cas de la diaspora bretonne, soutenue en décembre 2010) apporte quelques éléments de réponses aux thèmes abordés dans cet article.

    Mais surtout, cette thèse propose une méthode d’analyse opérationnelle pour sortir des “médias sociaux” et y préférer les COLLECTIFS WEB.

    Il se trouve que c’est la diaspora bretonne, sur laquelle je portais mon intérêt en 2006, qui m’a emmené vers ce qui deviendrait le “web social”. En procédant de la sorte, (observer le web par les diasporas) on évite de tomber dans un biais techno-centré. Néanmoins, mêmes si elles sont diffuses, les technologies jouent un rôle à part entière dans les diasporas bretonnes actuelles, et il ne faut donc pas les mettre de côté.

    Pour cela nous proposons d’observer des collectifs (au sens de Bruno Latour), agissant sur le web. Trois “focales” d’observation font ressortir trois formats :

    - des formats techniques (documentation, sites web, plateformes de réseaux sociaux, blogs, mail …)

    - des formats communautaires (communauté, foule, association, diaspora, etc.)

    - des formats cognitifs (sondages, débats, groupes de profils, événements, exposés, etc.)

    Avec cette grille d’observation nous montrons différentes configuration de la diaspora bretonne. En effet, les composants des formats, sont parfois les mêmes tout en n’étant jamais complètement identiques. L’on identifie ainsi, et l’on caractérise des collectifs web. Objet bien plus opérationnelle.

    D’un ensemble que l’on pensait homogène (la diaspora bretonne), le web, au travers des inscriptions et autres traçes numériques, en fait ressortir l’hétérogénéité.
    Ainsi, “Bzh Network”, “Diaspora Économique Bretonne”, ou “Bzh-NY”, sont trois collectifs de la diaspora bretonne fondamentalement très différents.

    Contrairement à Farell, qui questionne la causalité (réflexe d’explication résolument moderne) nous proposons de définir les alignements (Hennion) pour comprendre les phénomènes particuliers du web.

  5. par jules

    tres bien