Refaire société : Sommes-nous représentés ?

refairesocieteNos représentants doivent-ils nous ressembler ? Faut-il que les assemblées reflètent la diversité de notre population, de nos façons de vivre, de nos métiers, de nos territoires ? Une question qui resurgit régulièrement, notamment quand on se penche sur les raisons de la désaffection politique et de l’abstention. Et ce, alors même que nous peinons à inventer de nouvelles formes de représentation. Retour sur l’atelier qui se tenait sur ce sujet à l’occasion de la conférence Refaire société.

Si la question de la « justesse » de la représentation fait toujours débat, c’est parce qu’elle n’est pas réglée, estime Olivier Pascal-Mousselard, journaliste à Télérama, en évoquant la mise en demeure récente d’Arnaud Montebourg dans Le Monde, pour que le Parti socialiste se décide à adopter une représentation plus conforme à la diversité de la société. Nous avons effectivement l’Assemblée nationale la plus âgée de la Ve République rappelle le Monde et certainement l’une des moins représentatives de la diversité de la société. Ce qui fait qu’Olivier Pascal-Mousselard se demande si « nos sociétés contemporaines traversent une crise de la représentation plutôt qu’une crise de l’intérêt ou de la participation politique, comme on le croit trop souvent ».

Besoin d’une meilleure représentation ou d’une meilleure participation ?

Effectivement, pour Florence Faucher-King, directrice de recherche au Centre d’études européennes de Sciences Po, le déclin de la participation électorale (même si la France n’est pas le pays le plus frappé par ce phénomène, grâce à la popularité de l’élection présidentielle) est lié à un déclin de la confiance et de l’identification avec les partis politiques et les syndicats. Les gens ont massivement le sentiment d’élus impotents, sans pouvoir, du fait de la puissance des marchés, de l’Europe… Partout en Europe on constate l’éclatement de l’offre politique, que ce soit dans le nombre de candidats de la dernière élection présidentielle française comme dans le fait qu’aucun des deux grands partis britanniques n’ait eu l’année dernière la majorité aux Communes.

En fait, estime même la chercheuse, « la vitalité de la participation demeure forte », même si, avec l’internet, les formes de militantisme vont au-delà des sphères traditionnelles. C’est bien plutôt le déclin de la confiance vis-à-vis des représentants et des institutions de la démocratie représentative qui doit nous interroger. Les partis politiques et les politiques publiques ont promu la figure du citoyen consommateur, comme si tous les comportements individuels s’expliquaient par la consommation. D’un autre côté, la suspicion du politique se nourrit du fait que ceux-ci se défaussent de leurs responsabilités en attribuant à des experts la responsabilité de prendre des décisions difficiles. Les partis et les organisations se sont précipités vers des formes d’adhésion et de consultations de plus en plus ténues (adhésions à tarifs réduits via l’internet), sans que cela ne renouvelle les institutions représentatives. Au contraire. Leur déclin s’accentue. En Angleterre, les Big Conversations lancées par le gouvernement travailliste de Tony Blair n’ont pas permis à de nouvelles catégories sociales de participer. Les recommandations citoyennes qui en sont sorties n’ont pas été suivies. « Nous devons nous préoccuper du défaussement des élites et de leurs responsabilités ».

Pour Rémi Lefebvre professeur de sciences politiques à l’université de Reims et chercheur au Ceraps et qui vient de faire paraître Les primaires socialistes : la fin du parti militant, « les citoyens ne veulent peut-être pas plus de participation, comme on l’entend souvent, mais peut-être une meilleure représentation ». En tout cas, les citoyens ne remettent pas massivement en cause la représentation.

Mais le sentiment d’impuissance a envahi la politique, tant chez les élus que chez les citoyens. Le jeu politique s’est réduit à l’hyperpersonnalisation du débat politique, il a perdu son illusio comme disait Bourdieu. La croyance dans la capacité de pouvoir du politique s’est effondrée et c’est en cela qu’il y a une vraie déprise du politique. « Y’a-t-il encore quelque chose à déléguer au politique quand celui-ci s’est autant délaissé du politique ? »

Or, représenter, c’est aussi « renvoyer une image de ». Les représentants doivent mettre en forme le social, mettre en lisibilité la société, comme l’explique Pierre Rosanvallon. Représenter, c’est aussi « agir, défendre l’intérêt général, le commun, le long terme ». « Or, les responsables politiques ne produisent plus de vision structurante de la société. La vision thatchérienne d’une société atomisée, n’est-elle pas devenue la vision dominante ? Les débats télévisés des Primaires socialistes étaient technocratiques et techniques, ils portaient sur des mesures, sans vision du collectif, de la société, de l’émancipation. Cette vacuité de la représentation du monde se cristallise dans le concept creux du « vivre ensemble ». La gauche est déconflictualisée, alors même que sa position devrait être de construire du conflit pour faire de l’identification sociale. Le discours politique devient vide, sans prise. Plutôt qu’ »y-a-t-il encore des représentés ? », il faudrait peut-être se demander, s’il y a encore quelque chose à représenter ! » Est-ce en effet les représentés qui créent leurs représentants par leur désignation ou les représentants qui créent les représentés par leurs volontés, comme le proposait Hobbes. « Quelle vision de la société nos représentants produisent-ils ? »

Enfin, la représentation est aussi un miroir, estime Rémi Lefebvre. « Représenter c’est incarner, c’est figurer ». Or, les représentants ne ressemblent pas aux représentés. Nos représentants appartiennent à « une aristocratie élective professionnalisée », comme la dénonçait Jacques Rancière dans La haine de la démocratie. « Il y a toujours eu dans nos démocraties représentatives une logique de la distinction qui consacre les meilleurs, les plus compétents à exprimer l’intérêt général. Mais l’oligarchie n’a cessée de se radicaliser, de se « sur »-professionnaliser… » Nos députés ont 57 ans de moyenne d’âge. Aucun n’est d’origine ouvrière. L’Assemblée sur-représente les fonctionnaires et les professions libérales. Seulement 10 % des maires de France sont des femmes. « La défiance politique s’enracine bien dans un déficit de représentativité sociale », clame Rémi Lefebvre. « Les catégories populaires sont invisibilisées dans les représentations du monde social. »

Si l’on parle parfois de diversité ethnique, on ne parle jamais de diversité sociale pour régénérer la représentation. « Pourtant, nous sommes là au coeur de la fracture politique », estime le politologue. « Une partie massive de la société est au ban de la société, ne s’identifie pas aux représentants. Le vote populaire est d’abord un vote d’abstention », un vote de refus, de défiance des représentants.

« Via l’élection, nous pensions avoir prise sur nos gouvernants. Nous avions le sentiment de vivre en démocratie », or ce n’est pas le cas, explique Loïc Blondiaux, professeur de sciences politiques à la Sorbonne, président du Conseil scientifique du Groupement d’intérêt scientifique Participation et Démocratie, coanimateur de l’Institut de la concertation et auteur du Nouvel esprit de la Démocratie. « Nous ne sommes pas représentés. L’évidence démocratique a pris fin. Le pouvoir politique n’a pas réussi à s’imposer face aux autres pouvoirs. Les processus de gouvernement sont devenus plus opaques et toujours plus lointains. La gouvernance s’est substituée au gouvernement. » Tout cela n’est pas sans conséquence : indifférence et abstention sont désormais notre lieu commun. « Seule la protestation semble encore offrir un projet politique. » Nos gouvernements entretiennent l’illusion d’un pouvoir fort sur des problèmes qui ne comptent pas, à l’exemple de la gesticulation autoritaire sur les étrangers, estime Loïc Blondiaux. « Nos démocraties sont devenues des démocraties de l’abstention ». Pire, nos démocraties remettent en cause la volonté populaire, comme l’a montré le référendum européen. « Les élites ont désormais peur du peuple. Pour eux, la démocratie semble être devenue plus un problème qu’une solution ». Le gouvernement, cette oligarchie, continue de représenter les intérêts d’un petit nombre, d’une petite fraction de la société. Ce sont les 99 % contre les 1 % des Indignés, qui renvoient au mythe des 200 familles, au marxisme et à la lutte des classes… Regardez comment les retraités ont été mieux épargnés que d’autres par le récent plan de rigueur. Il faut dire que les retraités votent, alors que les jeunes, les catégories populaires ne votent plus et sont également bien moins représentés que d’autres, rappelle le politologue. Les « citoyens critiques » (pour faire référence aux ouvrages de Pippa Norris), critiquent le plus souvent la manière dont nous sommes gouvernés par la démocratie participative en tant que telle. Malgré leur défiance, jusqu’à présent, les citoyens ne voulaient pas remplacer les gouvernants… Mais cette question est peut-être appelée à évoluer, notamment avec les indignés, qui inscrivent d’une manière forte une profonde critique de la représentation.

« Démocratiser la représentation nécessite de renforcer la représentativité des représentants », estime Loïc Blondiaux. « Ce qui suppose de reposer la question de la déprofessionnalisation de la politique, de la limitation de la durée des mandats et pas seulement de leur cumul. La politique doit être pensée comme un service, qui doit permettre le retour à la vie civile d’individus qui en feraient temporairement. Surtout, comme l’explique Bernard Manin dans ses ouvrages, il faut cesser de faire peser la légitimité sur la seule élection. Il faut que la procédure qui produit la décision soit considérée comme légitime. Il faut multiplier les épreuves de légitimité », conclut Loïc Blondiaux avant d’en appeler à une réforme institutionnelle, à la prise en compte de la représentation du long terme dans nos institutions et bien sûr, pour ce farouche défenseur, à la démocratie participative.

« Vous tenez tous des propos très durs sur la représentation, mais la ressemblance de la représentation à la société est-elle meilleure ? Pourquoi l’élu, parce qu’il est plus âgé, serait déconsidéré par son âge ? », interroge un auditeur.

Le problème de l’élu de 65 ans, c’est que bien souvent il est élu depuis 25 ans et c’est cette durée qui fait qu’il n’a plus le sens des réalités, autre que politique, estime Rémi Lefebvre. La sur-représentation des fonctionnaires et des professions libérales a des effets réels sur les lois votées. Oui, résume Loïc Blondiaux. « L’âge et la ressemblance ne sont pas des garanties, mais en tout cas, ce sont des symptômes de la décomposition de notre représentation ». On ne sait pas si mettre plus de femmes au Parlement produit des effets bénéfiques, mais ce qui est sûr c’est que la sur-représentativité de certains groupes sur d’autres à des effets négatifs. « Ce qui est sûr », estime Florence Faucher-King, « c’est que l’absence de représentation produit de la frustration. Une meilleure représentation pourrait contribuer à produire une meilleure identification, notamment envers les abstentionnistes, ceux qui se retirent du jeu, qui s’excluent parce qu’ils estiment que le jeu n’est pas réglo. On voit bien en tout cas que les quotas par exemple, servent à changer les mentalités. On a besoin de politiques volontaristes. A Sciences Po, les quotas introduisant ne sont certes pas parfait, mais ils ont malgré tout marqué un progrès par rapport à la situation précédente ».

Une société bloquée ?

« Quels sont les blocages qui empêchent notre société d’être mieux représentée ? », interroge l’animateur.

Les Indignés manifestent une part de blocage, répond Loïc Blondiaux. On a là un mouvement qui critique la représentation et qui repose sur le consensus, qui implique des procédures longues et souvent laborieuses. Son ajustement aux logiques électorales est compliqué. Un mouvement de ce type, qui met en suspend des questions politiques traditionnelles, est nécessairement exceptionnel, estime le politologue. D’ailleurs, la question des débouchés politiques de ce mouvement est compliquée, notamment parce que les partis politiques ont encore une mission essentielle : l’articulation et l’intégration des intérêts.

Il faut également souligner l’extrême scepticisme des citoyens face aux expérimentations, rappelle Florence Faucher-King. Les participants enthousiastes qui se sont prêté au jeu de la consultation, des forums, ont eu le sentiment final d’avoir été manipulés ou que leurs conclusions n’ont pas été suivies d’effets, comme ce fût le cas dans les débats sur les OGM en Grande-Bretagne. Pour les élus, la professionnalisation est liée à la complexification des problèmes, ce qui délégitime pour eux le rôle des militants, des partisans comme des citoyens. Partout, on a le sentiment d’un blocage lié au fait que les profanes ne peuvent comprendre les problèmes. Les partis politiques ont le même sentiment de désabusement face aux militants peu experts ou trop radicaux, qui leur semble trop éloigné des stratégies politiques et du consensus nécessaire pour remporter une élection.

« Si le diagnostic est accablant, il me semble qu’il faut néanmoins envisager plusieurs pistes d’action. J’en pointerais quatre », estime Rémi Lefebvre. « Il faut d’abord réinvestir la question institutionnelle ». Entre un système local de plus en plus confus, des élections législatives qui perdent leur sens du fait de l’inversion du calendrier électoral, notre système électoral est devenu insensé, trop complexe, illisible. « Il faut ensuite redonner du pouvoir au peuple pour le redonner au politique ». On l’a dit. Déprofessionnaliser le politique qui se drape derrière l’alibi de la complexité. La compétence des hommes politiques n’est pas supérieure à celle des citoyens et ce d’autant plus dans une société avec une forte augmentation du capital culturel. « L’alibi de complexification de l’action publique est un coup de force intenable ! Cette déprofessionnalisation passe par la limitation du cumul des mandats, non pas en nombre, mais dans le temps. C’est une réforme difficile, mais qui serait un levier puissant sur la confiance et la capacité d’action des élus, estime le chercheur en sciences politiques.

La troisième piste nécessite de penser les rapports entre médias et démocratie. « Nous sommes malades de cette démocratie d’opinion qui donne trop de poids aux sondages et de ce journalisme centré sur les stratégies qui fait prévaloir le jeu politique sur les enjeux. »

Enfin, il est nécessaire de multiplier les formes de participation, de pluraliser la démocratie. Et pourquoi pas, par exemple, développer le tirage au sort à tous les niveaux, comme le proposait récemment Yves Sintomer dans le dossier de la Vie des idées, sur le monde en 2112.

« Les dispositifs de démocratie participative ne sont pas faits pour produire de la participation effective. Ils ne sont là que pour traduire la peur du politique à l’égard du peuple. En Angleterre, les dispositifs mis en place par le gouvernement de Tony Blair et poursuivis par la Big Society de David Cameron, le sont dans une perspective de contrôle, de destruction des services publics par la participation. C’est une forme de dévoiement ultime de la démocratie participative, puisqu’elle consiste à participer à sa destruction. La démocratie participative n’est qu’un projet. On ne peut en critiquer que des ersatz, car tout est fait dans ces lieux pour que rien ne se fasse », conclut Loïc Blondiaux, très lucide sur l’inexistence des processus participatifs.

« Reste qu’on ne doit pas faire le deuil des partis politiques pour autant », modère Rémi Lefebvre. « Nous avons besoin d’une réflexion sur les formes partisanes. Si les citoyens ne se sentent pas représentés par les partis politiques c’est aussi du fait que ceux-ci ont le monopole de la sélection des partisans, faisant, qu’à gauche notamment, ils ne recrutent plus dans les couches sociales les plus pauvres. Et ce, alors que les militants de base peuvent provenir des groupes les plus fragiles…

Comment représenter autre chose que les intérêts immédiats de la société ?

Comment prendre en compte le long terme ? On le voit bien avec le défi climatique, si nous ne prenons en compte que les intérêts immédiats de la société, toute perspective s’avère par avance caduque. « Qui peut représenter notre avenir à long terme ? », interroge Olivier Pascal-Mousselard.

« Dans Pour une sixième république écologique, on a réfléchi avec Dominique Bourg, a une représentation du long terme dans nos institutions », explique Loïc Blondiaux. On a ainsi suggéré la création d’une présidence du long terme, un président dont la vocation serait de défendre la nécessité de réfléchir. La représentation du temps long est compliquée, souligne le politologue. « On a longtemps pensé en terme de « génération future  » dans une démocratie myope, où les élus ne pensent pas au-delà de la prochaine élection ou du prochain communiqué d’une agence de notation. » Le risque bien sûr est le sacrifice de nos intérêts à long terme, comme le montre la catastrophe climatique, mais également le sacrifice pour nos successeurs à pouvoir se gouverner démocratiquement. « Mais ces questions-là sont tellement éloignées des préoccupations politiques qu’on ne sait pas comment les mettre dans l’agenda politique… », reconnait, désabusé, Loïc Blondiaux.

La question du futur, comme celle du lointain (le Bangladesh par exemple) ou des espèces (quid des espèces sans voix ?) sont effectivement des questions compliquées qu’il va falloir prendre en compte, acquiesce Florence Faucher-King. Que faut-il envisager ? L’instauration d’une 3e Chambre, sur le modèle d’une chambre des Anciens ?… « Nous sommes face à un modèle de l’individu consommateur, calculateur et égoïste, qui envisage mal les solidarités », explique Florence Faucher-King. Comme le disait Pierre Rosanvallon dans son introduction : les sacrifices ne seront acceptés que s’il y a des réciprocités.


L'EXERCICE DE L'ETAT_Bande-annonce par diaphana

Le remarquable film L’exercice de l’Etat de Pierre Schoeller (Bande Annonce) qui vient de sortir, montre combien le temps court de l’action politique ne permet jamais de se projeter sur le long terme, explique Rémi Lefebvre. « Comment penser au-delà de la prochaine élection ? » Cette prise de conscience du long terme souligne le besoin de déprofessionnalisation, pour introduire un autre rapport au temps. Il interroge également l’ingénierie institutionnelle, tout en prenant garde que le long terme ne devienne le monopole des experts. « Enfin, le long terme ne fait pas peur qu’aux élus. L’injonction permanente aux sacrifices, qui pèsent plus sur certains que sur d’autres, éloigne également les citoyens de la prise en compte du temps long. »

Une représentation commune du monde est-elle encore possible ?

Dans un monde où chacun se pense sur un mode singulier plutôt que collectivement, peut-on encore croire à la représentation commune ?

« L’exercice de l’Etat rend modeste la science politique, effectivement », acquiesce Loïc Blondiaux. « Je ne crois pas au discours catastrophique de la tyrannie des individus, comme l’exprime Marcel Gauchet. Notamment parce qu’il est contradictoire avec le constat d’éloignement ou l’incapacité de catégories entières de la population à se faire entendre du politique, que nous évoquions précédemment.

Pour faire participer ces catégories, il faut que ça en vaille la peine, qu’il y ait quelque chose en jeu, que la crédibilité du dispositif se traduise par une action qui change le cours des choses. Les quelques expériences réussies s’appuient sur des processus crédibles et des enjeux clairs et c’est seulement ainsi que nous réinscrirons les gens dans la représentation politique. »

Oui, depuis 20 ans, on a favorisé une participation à la carte. Les adhésions à 1 livre ou les militants à 10 euros, ça ne marche pas vraiment, explique Florence Faucher-King. Cela dévalorise la participation politique plutôt qu’autre chose. « La désidéologisation lisse les différences entre les partis et, au final, engendre de nouvelles formes de contestation. Les citoyens ont besoin de s’appuyer sur un sentiment d’efficacité, d’être entendus, d’avoir un impact… »

Les gens participent quand ils ont le sentiment qu’il y a des alternatives, comme c’était le cas lors de l’élection présidentielle de 2007. « Mais pour cela, encore faut-il produire des alternatives, ne pas avoir peur du clivage, de la conflictualisation de la société », estime Rémi Lefebvre. Cela nécessite également de retrouver la morale de l’exemplarité qu’évoque Christophe Prochasson dans son livre La gauche est-elle morale ?. La défiance politique est quoi qu’on en dise aussi liée au fait que les hommes politiques ont des passe-droits, termine Rémi Lefebvre.

Assurément, la démocratie participative est peuplée de belles expériences et de belles idées, comme le sont les quotas, le tirage au sort, ou la reconnaissance du vote blanc qu’évoquait rapidement Loïc Blondiaux. Les expérimentations demeurent souvent des microexpériences quand elles ne restent pas au stade des idées. Car, il faut bien le reconnaître, face à toutes les idées qui proposent de changer la politique – et les propositions ne manquent pas -, force est de constater que la réalité de la représentation et de la participation, elle, n’évolue pas. Au contraire, comme le montrent les adhésions à la carte, ou le manque de représentativité de la représentation, la politique s’accommode très bien de ses formes dégradées. Qu’est-ce qui pousserait les politiques à transformer les modes de représentation qui leurs donnent du pouvoir ?

Les idées de renouveau démocratique qui secouent notre société depuis des années ne s’épuisent-elles pas aussi à force d’être agitées dans le vide ? Nous ne peinons pas à inventer de nouvelles formes de représentation : elles semblent tout simplement bloquées !

Enfin,pour être représenté, encore faut-il savoir aussi ce que les autres représentent de nous. Quels sont les communs que les représentés partagent avec leurs représentants ? Lesquels des deux sont encore les garants de l’intérêt général, des biens communs, de l’égalité, de la démocratie, comme le suggérait Pierre Rosanvallon ? Pour beaucoup d’entre nous, il n’est pas sûr que ce soit encore l’apanage de nos représentants.

Hubert Guillaud

Retrouvez le dossier « Refaire société » sur InternetActu.net
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2 commentaires

  1. Loïc Blondiaux a raison d’insister sur les processus et sur les dispositifs.
    Je pense que la solution passera par le principe de démocratie ouverte (opengov) :
    – La transparence (avec notamment l’Open Data …mais aussi la transparence des processus de décision …et une idée de « démocratie continue »).
    – La participation (impliquer le citoyen et la société civile -associations, experts, chercheurs, entreprises, think-tanks- dans les décisions et l’action publique).
    – La collaboration (ou « travail collaboratif » qui traite plus de la manière dont est conduite une politique publique, non plus en vertical dans un état et une administration en silos mais peut-être plus en mode projet, en tenant compte de la complexité du jeu d’acteurs, en impliquant chacun et donc en permettant un travail collaboratif de différentes institutions, agents, élus, et même représentants des citoyens et de la société civile (sur l’action publique collaborative, voir ce discours Canadien : http://www.tbs-sct.gc.ca/media/ps-dp/2011/1122-fra.asp).

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    1) La première étape serait de concevoir les processus d’élaboration d’une politique publique (avec des designers, professionnels de la conception).
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    2) Ensuite, il faut faire de la pédagogie sur ces processus, montrer au citoyen la place qu’il peut prendre dans l’élaboration d’une politique publique. Cette pédagogie doit passer par de nouveaux moyens : l’image, l’info-visualisation, la vidéo.

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