Gouverner c’est prévoir : à quoi ressembleront les métiers de demain ?

Par le 10/03/14 | Aucun commentaire | 506 lectures | Impression

Parfois, comme ce matin, alors que j’entends vos invités défendre leur vision de Strasbourg (la Matinale de France Culture était en déplacement à Strasbourg, NDE) et de la vie politique, alors que le gouvernement et le président de la République n’ont plus la confiance de personne, et même, quelques jours après la nomination d’un président de Radio France qui va devoir faire avec les bouleversements que nous vivons, parfois, comme ce matin je me demande comment on peut désirer le pouvoir. Je me demande comment on peut désirer le pouvoir dans un monde où règne l’incertitude et où celui qui prétend tout comprendre est soit aveugle, soit visionnaire, dans les deux cas suspects.

Cette réflexion – assez puissante faut l’avouer -, est activée par un document sur lequel je suis tombé hier par les hasards des errances numériques. Il s’agit d’une recension comme Internet les adore (c’est même tout l’objet du site sur lequel elle a été créée, Reddit, qui recense tout et n’importe quoi sous forme de liste). Le titre de cette recension : “11 métiers bizarres et disparus”, elle consiste en une suite de photos anciennes accompagnées de courtes légendes. Et en effet, on y trouve toutes sortes de métiers disparus. Certains ne sont pas bizarres : opérateur téléphonique ou allumeur de réverbères. Mais d’autres sont plus cocasses : ramasseur de quilles dans les bowlings, réveille-matin humain (il s’agissait d’aller réveiller les gens à domicile, par exemple en tapant à la vitre avec un grand bâton), ou encore radar humain (il fallait mettre ses oreilles dans de gigantesques cornets chargés d’amplifier les ondes). Une fois passé l’effet d’étrangeté et la rêverie paradoxalement nostalgique d’une époque qu’on a n’a pas connue, on constate que la raison de la disparition de ces métiers, c’est essentiellement la technologie – l’électricité, l’automatisation, l’informatique – que la technologie s’impose, qu’elle est souvent imprévisible.

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J’en étais là de mes réflexions – encore une fois assez puissantes – quand quelqu’un, sur un réseau où j’avais mis en lien cette recension, a réagi en mettant en lien un autre article : 20 métiers étonnants qui pourraient exister dans le futur. Et là, suit une recension, sur le même modèle que la précédente, mais entièrement tournée vers la prospective, assez rigolote il en faut en convenir. Parmi ces métiers de l’avenir, on pourrait trouver bientôt, selon l’agence américaine du nom de Sparks And Honey qui en est à l’origine : le curateur ! digital personnel qui serait chargé d’organiser votre numérique, vous conseiller les outils qui vous conviennent le mieux, les applications qui vous seront le plus utiles. Il y aurait les experts en chaos organisé qui irait dans les entreprises pour en chambouler le fonctionnement et la hiérarchie et les transformer ainsi en start-ups pleines de créativité. Il y aurait les spéculateurs en monnaie alternative qui aurait des aptitudes à la fois financières et techniques leur permettant de bien comprendre le fonctionnement des monnaies technologiques comme le Bitcoin et donc de spéculer. Il y aurait encore le conseiller en vie privée, qui vous aiderait à garder une vie privée à l’ère numérique, ou encore le thérapeute en désintoxication digitale.

Dans les faits, certains de ces métiers soi-disant d’avenir existent déjà, mais peu importe. Ce qui importe c’est que dans cette vingtaine de métiers à venir, la plupart ont directement à voir avec la technologie. Où l’on retrouve donc le même paradigme qu’avec la recension précédente. Et même, merveille de ces rapprochements, deux métiers – l’un disparu, l’autre pas encore inventé – se font échos d’une recension à l’autre. Au dix-neuvième siècle, il y avait un métier – c’était une plutôt une pratique délictueuse – consistant à déterrer des cadavres pour les revendre à des universités qui les disséquaient, les pilleurs de tombes. Demain, il y aura un nouveau métier, le conseiller en funérailles numériques, celui qui vous aidera à choisir comment vous mourrez dans les réseaux : déciderez-vous qu’une page mémorial soit ouverte sur Facebook ? Voudrez-vous être enterré dans un cimetière numérique ? Ou au contraire voudrez-vous que toutes vos informations personnelles soient supprimées des réseaux pour ne pas risquer d’être la victime des nouveaux pilleurs de cadavres numériques qui séviront sur Internet ?

Ces nouveaux métiers existeront-ils un jour ? Comment le prévoir ? Comment s’y préparer ? Les futurologues de tout poil adorent dire que la plupart des métiers que l’on exercera dans 10 ans n’existent pas encore aujourd’hui – la faute à la technologie, encore, et la vitesse de son évolution. Je ne sais pas si c’est vrai, ça des airs de vieille antienne. En revanche, comment peut-on prétendre savoir ce qu’il faut faire, où il faut aller ? Ce qu’il faut faire d’une ville (dire qu’il faut faire une Smart City, ça ne veut rien dire, c’est un slogan), ce qu’il faut faire d’une institution ? Bref, comment peut-on désirer le pouvoir ? C’est ma question du matin. Et elle est faussement naïve.

Xavier de la Porte

Retrouvez chaque jour de la semaine la chronique de Xavier de la Porte (@xporte) dans les Matins de France Culture dans la rubrique Ce qui nous arrive sur la toile à 8h45.

L’émission du 8 mars 2014 de Place de la Toile recevait l’informaticienne Sylvie Tissot (@SylvieTissot) pour son autobiographie numérique. Sylvie Tissot réalise des produits informatiques au sein d’Anabole, ainsi que des travaux artistiques et théoriques, notamment au sein de l’association We Love The Net.

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