Le nouvel élitisme des réseaux sociaux

Mike Elgan, pour Computer World, nous explique que la nouvelle tendance des réseaux sociaux est l’élitisme. Pas l’élitisme qui émerge spontanément de l’inégalité des interactions entre utilisateurs, mais un élitisme intentionnel, favorisant certains utilisateurs plutôt que d’autres.

Longtemps, les nouveaux médias ont été caractérisés par leur caractère participatif et égalitaire. Tout le monde avait accès aux mêmes outils et fonctionnalités. Certes, l’influence des uns n’était pas celle des autres. Mais chacun pouvait parler à tous. En cela, les nouveaux médias étaient différents des anciens : tout le monde, riches et pauvres, célèbres et obscurs, utilisaient les mêmes fonctionnalités, les mêmes outils ou espaces d’interaction. Mais c’est de moins en moins le cas, estime le journaliste.

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Pour nous l’expliquer, il donne plusieurs exemples d’outils qui sont réservés à certains. Comme Live, l’application de streaming vidéo de Facebook, réservée aux utilisateurs de Mentions, le service de Facebook lancé il y a un an, réservé aux célébrités, leur permettant d’avoir des statistiques sur qui parle d’eux ou de lancer des sessions de questions réponses. Facebook n’est d’ailleurs pas un cas isolé, souligne le journaliste. Apple, avec son réseau social dédié à la musique, Connect, qui permet aux professionnels de la musique de se connecter à leur public, n’est-il pas en train de travailler sur un système dédié foncièrement inégalitaire. Twitter, avec son statut d’utilisateur certifié, lancé en 2009, est certainement à l’origine de ce mouvement, que l’on retrouve sur nombre de plateformes sociales. Or, sur Twitter, les utilisateurs certifiés, qui sont sélectionnés de manière discrétionnaire par la plateforme, ont également accès à des outils exclusifs d’analyse de données et de messagerie. La caractéristique la plus élitiste associée à ce statut est de permettre aux utilisateurs vérifiés de désactiver les notifications des utilisateurs non vérifiés, permettant de transformer Twitter en club privé où les élites peuvent discuter entre elles sans tenir compte de ce que leur disent le reste des utilisateurs.

Les réseaux pour l’élite ont toujours existé, rappelle Elgan, en rappelant l’existence de SmallWorld, ou le lancement récent de Forbes under 30, émanations ou réplications numériques des nombreux cercles et clubs fermés destinés aux gens riches et célèbres. Mais ce qui est différent ici, c’est que les grandes entreprises de la Valley créent des enclaves élitistes au sein de leurs offres qui menacent de transformer les nouveaux médias censés être égalitaires en anciens médias élitistes.

L’avantage de donner accès à des outils exclusifs est d’éliminer le bruit des gens ordinaires qui n’ont rien à vendre, en recréant de la rareté et en permettant aux marques et produits de monétiser leurs échanges à leur seul profit. Cher public. « Asseyez-vous. Taisez-vous. Et préparez-vous à acheter ce dont on vous parle », conclut avec à-propos Mike Elgan. Décidément, le rêve égalitaire d’internet ne cesse de s’éloigner toujours un peu plus.

Hubert Guillaud

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3 commentaires

  1. Déjà en 2009, j’avais tenté d’attirer l’attention sur ce genre de trafic en étudiant le cas de NKM, star consentante d’un système de corruption invisible appelée #Recotwitter et plus généralement « #Noloop ».

    C’est un biais bien américain que d’appeler « élites » les gens qui se prêtent consciemment ou pas à ce genre de jeu, là où il faudrait parler simplement de « dominants » prêts à toutes les brutalités pour conforter leur position. C’est un biais bien français que de pas remettre en question la sémantique américaine, et plus encore de la colporter.

    http://perspective-numerique.net/wakka.php?wiki=ReseauxEtReseau

  2. Bonjour,

    « Stratégie de distinction », comme disait le regretté Pierre Bourdieu. C’est inévitable dans tout processus de massification. On peut aussi comprendre que certains finissent par se détourner de réseaux franchement connotés ado ou post-ado, où l’insignifiance règne en maîtresse…

    Pour être honnête, je suis moi-même un abominable élitiste, puisque je trouve beaucoup plus de sujets de qualité sur Diaspora. Ce qui est logique, Diaspora attirant une clientèle … disons « différente » et qui l’assume.

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