Pourquoi notre mémoire nous fait défaut – New York Times

Les professeurs de psychologie Christopher Chabris et Daniel Simons, auteurs du Gorille invisible : comment nos intuitions nous déçoivent, signent une intéressante tribune dans le New York Times sur les limites de la mémoire. Pourquoi ne nous remémorons nous pas tous d’un même événement de la même façon ? Nous nous rappelons les événements facilement et souvent, surtout s’ils sont important pour nous, mais il est rare que nos souvenirs soient contredits par des preuves et encore plus rare que nous prenions l’initiative de vérifier s’ils ont raison. Notre manque d’appréciation de la fiabilité de nos propres souvenirs peut causer beaucoup de problèmes, notamment dans le cas de procès. L’Académie des sciences américaine a récemment réuni un groupe d’experts sur le sujet qui a publié un rapport complet pour recommander les meilleures procédures pour limiter les erreurs de témoignages et d’identification. Le problème de notre mémoire est qu’il y a souvent une relation ténue entre la précision de la mémoire et la confiance qu’on a dans son souvenir. Plus vous avez confiance dans votre mémoire, plus vous êtes persuadé que votre souvenir est exact. Mais même ceux qui ont des souvenirs qui se sont altérés peuvent avoir une grande confiance en eux. Un autre phénomène entre en jeux, plus connu : le contenu de nos souvenirs s’altère avec le temps. Or quand on se rappelle ses propres souvenirs, nous ne faisons pas appelle à une fiche parfaite où toutes nos expériences sont consignées, mais nous reconstruisons à la volée nos souvenirs. Même détaillés, même des souvenirs ‘flashs" d’événements chargés en émotions, deviennent ainsi faussés et imprécis à mesure que nous nous accrochons à eux avec la plus grande confiance. A chaque fois que nous rappelons un souvenir celui-ci peut se transformer, sans nécessairement avoir de conséquence sur la confiance que l’on a en eux. C’est pourquoi l’Académie des sciences américaines recommande de se fonder surtout sur les déclarations initiales des témoins recueillies par la police plus que sur les récits qu’ils en feront à l’audience. 

La science de la distortion de la mémoire est devenue suffisamment rigoureuse pour guider les politiques publiques estiment les chercheurs. Elle devrait également guider nos attitudes et actions personnelles. Les politiciens sont souvent pris en défaut sur leur mémoire, notamment parce que leurs vies sont très documentées, expliquent-ils en évoquant une déclaration de Hillary Clinton qui racontait avoir été accueillie par des balles en Bosnie, alors que les combats étaient à plusieurs kilomètres d’elle. Pourtant, les défaillances de la mémoire ne disent rien de l’honnêteté ou de la compétence d’une personne. La mémoire nous trompe par nature. “Nous sommes tous des fabulistes et nous devrions nous y habituer”. 

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