Qui est le véritable ennemi de la liberté sur internet : la Chine, la Russie ou les Etats-Unis ? – Guardian

Sur son blog sur le Guardian, Evgeny Morozov explique que la Chine ou la Russie ne sont pas tant les principaux acteurs de la balkanisation du net que des nations cherchant à protéger leur souveraineté technologique en cherchant à réduire ou limiter la dépendance de leurs citoyens des services de communication américains. En Russie, une nouvelle loi oblige les société internet à stocker les données des citoyens ruses sur des serveurs situés à l’intérieur du pays. Comme la Russie et la Chine ne sont pas connus pour leur engagement en faveur de la liberté d’expression, il est tentant de voir dans leur quête de souveraineté de l’information une nouvelle forme de censure et de contrôle. Mais ces pays (auxquels Morozov ajoute le Brésil qui développe son propre réseau de fibre optique ou l’Allemagne, dont le gouvernement a abandonné son contrat avec Verizon en faveur de Deutsche Telekom) ne sont-ils pas seulement en train de répondre aux tactiques extrêmement agressives adoptées par les Etats-unis et ses grandes entreprises de l’internet ? Plus qu’une balkanisation, n’assiste-t-on pas plutôt à une tentative de “dé-américanisation” ? Pour preuve, Morozov évoque le bras de fer entre le gouvernement américain et Microsoft, qui tente d’accéder à des contenus d’e-mails stockés sur des serveurs Microsoft en Irlande par simple mandat, comme si le fait que ces contenus soient stockés en pays étrangers n’avaient aucune incidence. Le but pour Washington : éviter de passer par un processus juridique complexe impliquant les gouvernements concernés. Le gouvernement américain essaye de montrer que la question du stockage n’est pas pertinente. Comme il peut être consulté par des employés de Microsoft aux Etats-Unis, il devrait pouvoir avoir accès aux données indépendamment de l’endroit où elles sont stockées, puisqu’elles le sont par des sociétés américaines. “Imaginez le tollé si le gouvernement chinois exigeait l’accès à des données qui passent par des appareils fabriqués par des entreprises chinoises comme Xiaomi ou Lenovo, indépendamment du fait que leurs utilisateurs soient à Londres, New York ou Tokyo”, raille Morozov. “Notez la différence cruciale  : la Russie et la Chine veulent être en mesure d’accéder aux données générées par leurs citoyens sur leur propre sol, alors que les USA veulent accéder aux données générées par n’importe qui n’importe où tant que les entreprises américaines s’en occupent”. 

Quelque soit le désir qui motive la Russie ou la Chine d’exercer plus de contrôle sur les données numériques de leurs concitoyens, leurs actions sont proportionnelles aux efforts agressifs de Washington pour exploiter le fait qu’une grande partie de l’infrastructure de communication de l’internet est géré par la Silicon Valley. La liberté des uns s’arrête à l’impérialisme des autres. 

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