Quelles priorités pour inverser le réchauffement climatique ?

Le projet Drawdown (@projectDrawdown) est un projet de recherche action lancé par l’entrepreneur et activiste écologique Paul Hawken (@paulhawken) qui vise à décrire comment inverser le réchauffement climatique et parvenir à ce point à partir duquel les concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère commencent à diminuer. Adele Peters revient longuement pour Fast Company sur la méta-analyse que s’apprête à publier Paul Hawken et ses équipes.

L’entrepreneur a réuni une équipe de chercheurs pour analyser et chiffrer les solutions possibles pour réduire et emprisonner nos émissions de gaz à effet de serre, afin de prioriser les solutions ayant le plus d’impact à l’échelle des trois prochaines décennies. Si 80 des 100 meilleures solutions étaient déployées en combinaison et de façon agressive entre 2020 et 2050, elles pourraient permettre d’atteindre le point de retrait, ce Drawdown, ce point de bascule, de dissipation de la concentration de CO2 dans l’atmosphère… Ce qu’on pourrait appeler la décarbonisation atmosphérique.

En 2013, Hawken ne trouvant pas de liste priorisant les solutions contre le changement climatique a décidé de réunir une équipe pour la rédiger et évaluer l’impact de chaque solution. Si l’on en croit Fast Company, le livre évoque 3 scénarios (de plausible à optimum) qui classent les solutions selon leurs impacts potentiels – hélas, pas moyen de trouver ces scénarios en ligne pour le moment, il faudra attendre visiblement la publication du livre, mi-avril pour en savoir plus. Ainsi le développement de fermes solaires pourrait être bien moins impactant que l’éducation des filles dans le monde en développement ou le développement du planning familial qui sont les solutions les plus efficaces pour diminuer la natalité qui a elle-même le plus d’impacts sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Or, comme le souligne Hawken, ces deux solutions, peu coûteuses et très rentables, n’ont pas obtenu autant d’attention que le développement de l’énergie solaire par exemple.

Selon les modélisations des chercheurs, agir sur le secteur alimentaire par exemple a plus d’impact que d’agir sur celui de l’énergie pour réduire nos émissions. Selon les scénarios évoqués, réduire le gaspillage alimentaire se trouve à la 3e ou 4e place dans la liste des solutions. Inciter la population à se nourrir uniquement de fruits et de légumes permettrait de réduire les émissions liées à l’alimentation de 70 % estime même une étude de l’université d’Oxford. Des pratiques agricoles comme le silvopastoralisme qui consiste à faire de l’élevage en milieu boisé ou de faire pousser des arbres là où les vaches paissent serait très efficaces. Les pâturages arborés seraient 5 à 6 fois plus efficaces que les champs pour limiter les gaz à effet de serre, estiment les spécialistes. La protection et la restauration de la forêt tropicale par exemple serait une autre des solutions à fort impact…

illustration de OLIVER MUNDAY pour Fast Company

L’énergie éolienne est très bien classée dans les différents scénarios établis par l’équipe de Hawken, mais d’une manière plus surprenante, c’est la gestion des systèmes de refroidissement qui semblerait pouvoir avoir le plus d’impact. Les procédés chimiques utilisés dans nos réfrigérateurs et dans nos systèmes d’air conditionné ont un potentiel de développement de gaz à effet de serre très élevé. En 2016, un accord mondial a décidé d’éliminer ces produits chimiques… S’il s’avère effectif, il pourrait éviter quasiment 100 gigatonnes d’émissions.

La liste des 100 solutions suit la règle des 80/20 : les 20 premières solutions permettraient d’avoir un impact de 80 %… estime Hawken. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faut minimiser le rôle des autres solutions, c’est en les activant toutes que nous aurons un effet global, estime Hawken. Les modèles de scénarios modélisés tiennent également compte de la dynamique des systèmes et des solutions entre elles.

Intéressant de noter qu’ils mettent de côté les solutions techniques en développement… Par exemple, les bâtiments zéro émission sont répertoriés comme une solution à venir attractive, mais y avoir recours n’a pour l’instant pas d’impact mesurable du fait de leur faible volume. Ce qui signifie que les solutions innovantes pourraient améliorer encore à l’avenir la décarbonisation atmosphérique. Finalement, on ne trouve pas dans Drawdown de solution magique ou qui n’existe pas encore… Son avantage est de tenter une modélisation globale et d’en mesurer les effets, avec toutes les limites des choix et calculs faits. Reste que tenter de trouver des leviers qui pèsent demeure une question de fond. Dans le scénario «plausible», l’objectif de «réduction» n’est pas atteint. 1 051 gigatonnes d’émissions sont évitées ou séquestrées, mais la concentration de gaz à effets de serre dans l’atmosphère augmenterait encore. Dans le scénario de «retrait», avec un passage à 100 % d’énergie renouvelable (qui, dans ce scénario inclut la biomasse et le nucléaire), le modèle estime qu’en 2050, il y aurait une réduction nette du dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Dans le scénario «optimum», avec 100 % d’énergie renouvelable propre (pas de biomasse ou nucléaire, etc.), la réduction pourrait s’amorcer dès 2045.

Bien sûr, la modélisation est certainement imparfaite ou discutable. Les modèles ne savent pas tenir compte du fait qu’un réchauffement rapide par exemple rende l’absorption de carbone par la terre ou l’océan plus difficile. Mais on voit bien que tenter de classer les solutions selon leurs impacts est un moyen d’éclairer les objectifs et les décisions à prendre.

Reste que si les solutions semblent pour l’essentiel à portée de main, elles ne sont pas si simples à mettre en oeuvre. Les actions individuelles (comme moins se déplacer ou diminuer sa consommation de viande) sont essentielles, mais ne suffisent pas à faire changer le système si elles n’ont pas d’impact à un niveau global. Les solutions émergentes et innovantes pourraient aider davantage, souligne l’entrepreneur avec optimisme. Reste que tout l’enjeu demeure encore de faire monter la question climatique dans la liste des priorités politiques. Et là, hélas, Hawken ne semble pas nous donner de leviers.

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