Internet ou Socialnet ?

L’internet fut créé jadis pour permettre aux ordinateurs de communiquer entre eux. Plus tard, le web est devenu un moyen privilégié pour accéder à du contenu et le partager. Mais, après l’ère du « contenu-roi », nous entrons dans celle de « l’individu-roi ».

L’internet est désormais le moteur – et peut-être bientôt le centre – de nouvelles relations sociales, au coeur desquelles se trouvent les individus.

Cette évolution est perceptible par de multiples aspects. D’abord l’apparition de « communautés sociales en ligne », auxquelles nous consacrons notre dossier, et dont la popularité étonnante fait figure de phénomène de société. Ensuite l’émergence d’une nouvelle forme d’une expression publique, symbolisée par les blogs ou les wikis, et renforcée par de nouveaux outils de partage et de mise en relation de personnes.

La parole est aux individus, qui réagissent, échangent, commentent ou recommandent (des disques, des livres, des spectacles) et se regroupent, spontanément et virtuellement. Le tout avec des outils pour le faire. Le projet FOAF (Friend Of A Friend, http://www.foaf-project.org) vise par exemple à généraliser des fichiers de description pour chaque personne, à placer sur son site personnel. Chaque fichier exprime l’identité mais aussi les affinités de chacun, et peut être lu par un moteur de recherche, pour constituer automatiquement des regroupements par centres d’intérêt communs. Dans la même veine, Audioscrobbler (http://www.audioscrobbler.com) sert à publier en ligne la liste des morceaux de musique que chacun de nous écoute, et à en déduire des rapprochements entre utilisateurs par goûts musicaux communs. Dans l’enseignement et la formation « tout au long de la vie », le rapide développement du concept d’ePortfolio – un « CV étendu, dynamique, établissant des liens à une base de données en ligne, qui contient des réalisations personnelles et professionnelles, des résultats d’équipe, des références et toute preuve de compétence obtenue au cours de son travail et de son apprentissage », selon l’association EIfEL (http://www.eife-l.org) – va dans le même sens.

Reste à savoir si les fondements de principe de cette « nouvelle socialité » sont réels. Après tout, quelqu’un qui lit les mêmes choses que moi, écoute la même musique et partage tous mes centres d’intérêt est-il forcément un « ami » potentiel ? Et les amis de mes amis sont-il forcément mes amis ? L’expérience, dans la vraie vie, semble montrer que non. Et « l’attirance des contraires » prouve même, souvent, que les relations durables entre individus supposent sinon des divergences de vue, au moins des différences de vécu.

Toutes ces tentatives de « communautés sociales assistées par le web » sont donc forcément limitées. Elles ne peuvent prendre en compte la complexité d’un individu, de ses choix et de ses goûts. Je ne suis pas « que » ce que je sais, ni « que » ce que je dis, ni « que » ce que j’aime.

Il n’en demeure pas moins que, contrairement à ce qui se disait il y a quelques années, l’internet est décidément un outil qui contribue davantage à rapprocher les individus qu’à les éloigner. Et finalement, la vocation même du réseau a muté.

Derrière l’internet, réseau d’ordinateurs, il y a toujours eu des personnes et leurs relations entre elles. Désormais, la personne (ou plutôt son ou ses identité[s], sa description, ses productions, ses relations… bref, tout ce qui peut composer son existence sociale en ligne) devient un « noeud » du réseau au même titre que les routeurs IP. Il n’est guère possible de prévoir l’impact d’un tel phénomène, mais on peut sans doute en attendre des évolutions dans les relations sociales et interpersonnelles, de nouveaux modes de rapprochement entre les individus. Voilà qui mérite d’être observé de près.

Cyril Fievet

L’internet fut créé jadis pour permettre aux ordinateurs de communiquer entre eux. Plus tard, le web est devenu un moyen privilégié pour accéder à du contenu et le partager. Mais, après l’ère du « contenu-roi », nous entrons dans celle de « l’individu-roi ».

L’internet est désormais le moteur – et peut-être bientôt le centre – de nouvelles relations sociales, au coeur desquelles se trouvent les individus.

Cette évolution est perceptible par de multiples aspects. D’abord l’apparition de « communautés sociales en ligne », auxquelles nous consacrons notre dossier, et dont la popularité étonnante fait figure de phénomène de société. Ensuite l’émergence d’une nouvelle forme d’une expression publique, symbolisée par les blogs ou les wikis, et renforcée par de nouveaux outils de partage et de mise en relation de personnes.

La parole est aux individus, qui réagissent, échangent, commentent ou recommandent (des disques, des livres, des spectacles) et se regroupent, spontanément et virtuellement. Le tout avec des outils pour le faire. Le projet FOAF (Friend Of A Friend, http://www.foaf-project.org) vise par exemple à généraliser des fichiers de description pour chaque personne, à placer sur son site personnel. Chaque fichier exprime l’identité mais aussi les affinités de chacun, et peut être lu par un moteur de recherche, pour constituer automatiquement des regroupements par centres d’intérêt communs. Dans la même veine, Audioscrobbler (http://www.audioscrobbler.com) sert à publier en ligne la liste des morceaux de musique que chacun de nous écoute, et à en déduire des rapprochements entre utilisateurs par goûts musicaux communs. Dans l’enseignement et la formation « tout au long de la vie », le rapide développement du concept d’ePortfolio – un « CV étendu, dynamique, établissant des liens à une base de données en ligne, qui contient des réalisations personnelles et professionnelles, des résultats d’équipe, des références et toute preuve de compétence obtenue au cours de son travail et de son apprentissage », selon l’association EIfEL (http://www.eife-l.org) – va dans le même sens.

Reste à savoir si les fondements de principe de cette « nouvelle socialité » sont réels. Après tout, quelqu’un qui lit les mêmes choses que moi, écoute la même musique et partage tous mes centres d’intérêt est-il forcément un « ami » potentiel ? Et les amis de mes amis sont-il forcément mes amis ? L’expérience, dans la vraie vie, semble montrer que non. Et « l’attirance des contraires » prouve même, souvent, que les relations durables entre individus supposent sinon des divergences de vue, au moins des différences de vécu.

Toutes ces tentatives de « communautés sociales assistées par le web » sont donc forcément limitées. Elles ne peuvent prendre en compte la complexité d’un individu, de ses choix et de ses goûts. Je ne suis pas « que » ce que je sais, ni « que » ce que je dis, ni « que » ce que j’aime.

Il n’en demeure pas moins que, contrairement à ce qui se disait il y a quelques années, l’internet est décidément un outil qui contribue davantage à rapprocher les individus qu’à les éloigner. Et finalement, la vocation même du réseau a muté.

Derrière l’internet, réseau d’ordinateurs, il y a toujours eu des personnes et leurs relations entre elles. Désormais, la personne (ou plutôt son ou ses identité[s], sa description, ses productions, ses relations… bref, tout ce qui peut composer son existence sociale en ligne) devient un « noeud » du réseau au même titre que les routeurs IP. Il n’est guère possible de prévoir l’impact d’un tel phénomène, mais on peut sans doute en attendre des évolutions dans les relations sociales et interpersonnelles, de nouveaux modes de rapprochement entre les individus. Voilà qui mérite d’être observé de près.

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