Visite à l’Institut St-Joseph de Québec

François Schoubben, des Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur (Belgique), est allé visiter l’Institut St-Joseph de Québec, dirigé par Mario Asselin. Son compte rendu sur les méthodes pédagogiques qui y sont mises en oeuvre nous éclaire sur les étonnantes pratiques qui y ont cours, mais répertorie également les blocages qu’il a fallu dépasser. Quant aux résultats obtenus : ils nous disent incontestablement quelque chose de nouveau sur l’école !

François Schoubben, des Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur (Belgique), est allé visiter l’Institut St-Joseph de Québec, dirigé par Mario Asselin. Son compte rendu sur les méthodes pédagogiques qui y sont mises en oeuvre nous éclaire sur les étonnantes pratiques qui y ont cours, mais répertorie également les blocages qu’il a fallu dépasser. Quant aux résultats obtenus : ils nous disent incontestablement quelque chose de nouveau sur l’école !

Par François Schoubben, des Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur (Belgique)

L’Institut Saint-Joseph à Québec est une école primaire privée, anciennement tenue par des religieuses. À cette époque, les professeurs détenaient toute l’information et en « échangeaient » peu entre eux. Le directeur, Mario Asselin, s’est donné comme but d’amener les professeurs à être de plus en plus autonomes et initiateurs des choix pédagogiques. Les professeurs ont décidé, par exemple, de dédier l’équivalent de 5 minutes par jour de leur temps de travail aux échanges entre eux (par groupe équivalent aux cycles d’apprentissage de deux ans, trois cycles au primaire) ; ils ont donc maintenant 18 jours par an à consacrer à la réflexion collective. Le directeur, très présent au début, a aujourd’hui de moins en moins besoin d’intervenir.

Deux types de classe

Les professeurs ont accepté, pour les élèves de 5e et 6e année (10-11 ans), d’aménager deux types de classes  : Dans les classes type « défi », les élèves apprennent d’une manière plus traditionnelle (proche de la façon usuelle apprise depuis le début de leur primaire). Ils sont cependant amenés à une grande autonomie. Les élèves ont accès à une salle d’ordinateurs « de bureau ». Dans les classes type « carrière », les élèves vivent des cheminements très différents les uns par rapport aux autres. Ils peuvent, à un moment donné, selon un thème donné, choisir quelles stratégies ils mettront en oeuvre pour apprendre. Nous avons pu, par exemple, assister à un cours où l’objectif était de construire une maquette du milieu de vie d’une grenouille (comment elle vit, de quoi elle se nourrit, comment représenter l’eau, etc). Les élèves faisaient tous quelque chose de différent, soit par groupe, soit seuls. Tous ces élèves disposent d’un ordinateur portable relié à internet par réseau sans fil. Pour les portables, le choix des Macintosh s’est imposé de par leur autonomie (électricité), leur réseau sans fil intégré et la garantie que leur a donné Apple (à condition que l’institut St Joseph en soit propriétaire ce qui explique le système de location via l’école). Les portables détériorés (chute, …) sont réparés ou remplacés directement. Ils sont loués par les parents. L’école les leur revendra pour 1$ en fin de parcours et évite ainsi le problème de l’obsolescence du matériel. Une fondation aide les parents qui ne pourraient pas payer la location.

Pour que l’enseignement soit équilibré, dans les deux type de classes, de nombreuses activités sportives et culturelles sont adjointes à cet enseignement « utilisant la technologie ».

Ce sont les parents qui choisissent, sur conseil du directeur, dans quelle classe leur enfant va aller, même si pour les enfants, les ordinateurs portables sont très alléchants. Selon le directeur, seuls 10 à 15 % des enfants ne sont à l’aise que dans un des deux types classe, les autres disposant des moyens pour réussir dans n’importe laquelle.

Des blogs à tous les étages

L’outil pédagogique principal des deux classes n’est pas l’ordinateur en lui-même, c’est le cyberportfolio (en fait un weblog, blog ou cybercarnet en québécois). Le développement a été confié à une société extérieure : iXmedia. Chaque élève dispose de deux espaces personnels de blog permettant d’exprimer ses réflexions, ses apprentissages, ainsi qu’une page Web collective. Il a aussi un espace privé que seul lui, ses professeurs et ses parents peuvent voir. Cet espace privé contient les mêmes rubriques que l’espace public, avec en plus une auto-évaluation personnelle et un outil permettant de nommer ses émotions (curieux, colère, …). S’il change d’émotion, il indique pourquoi. L’auto-évaluation est faite par les enfants, puis envoyée au professeur qui peut y ajouter ses remarques. Elle est ensuite envoyée aux parents.

L’appropriation par les professeurs

Pour amener les professeurs et les parents à accepter cet outil pédagogique, le directeur a commencé par montrer l’exemple. Pendant un an, il a publié ses problèmes, solutions, réflexions, etc. sur son blog personnel, incitant les parents et professeurs à le consulter autant que possible. Ceux-ci se sont donc familiarisés avec l’outil.
Le plus dur fut d’apprendre aux professeurs à collaborer entre eux et à publier. Les professeurs ont une salle de classe virtuelle à leur disposition, ainsi qu’un espace public et privé. Ils sont beaucoup plus pudiques que les enfants et ont peu de pages publiques. A l’inverse, certains enfants n’ont pas de page privée. L’un des enfants nous a ainsi expliqué qu’il est plus intéressant et fun d’avoir des avis extérieurs…

Le directeur ne croit pas personnellement que les pages privées (autres que d’auto-évaluation) aient un réel intérêt mais il ne veut imposer ni aux professeurs, ni aux élèves l’obligation de publier publiquement. Le passage de la publication privée vers la publication publique se fait naturellement (et progressivement pour certains). Il explique qu’à la différence d’un objet physique, si deux personnes ont une idée et se la donnent l’un l’autre, les deux personnes auront deux idées (1+1=4).

La première tentative pour intéresser les professeurs aux TIC fut d’organiser une formation à l’internet. Mais très peu ont réinvesti et en ont fait quelque chose. Dans un deuxième temps, les professeurs sont partis de leurs propres besoins. Ils se sont ensuite appropriés, pour leur nouvelle pédagogie, l’utilisation des portables et des blogs comme instrument de travail, de partage et de réflexion. La vision qui a guidé le directeur dans ses choix fut de faire en sorte que les professeurs deviennent « les meilleurs apprenants de l’école » selon la vision proposée par Mario Asselin.

Premiers résultats

Les principaux résultats de ces modifications pédagogiques sont une augmentation de la motivation scolaire et une diminution des perturbations en classe . Dans la classe « Carrière », les élèves font des choses différentes à un moment donné. Ils ne savent donc pas se comparer aux autres et ne se sentent pas « plus nuls que les autres » (même et surtout avec des élèves en difficulté).

Un autre résultat intéressant est que, étant vus de l’extérieur, ils ont sentit qu’ils devaient améliorer leur niveau de français, tant en expression écrite qu’en orthographe. Ils ont dû discuter entre eux et trouver des solutions. Les élèves eux-même ont créé un label « texte de qualité », expliquant à leurs interlocuteurs qu’ils sont en cours d’apprentissage et qu’ils travaillent leur orthographe pour arriver à écrire mieux. Ils avaient au début imaginé se limiter aux fonctions orthographiques et grammaticales d’un traitement de texte. Mais une personne qu’ils ne connaissaient pas a placé une remarque sur le portfolio en leur indiquant que le correcteur automatique ne comprenait pas le sens du texte et pouvait donc se tromper. « Les êtres humains sont plus intelligents qu’un ordinateur ». Cela a fait beaucoup réfléchir les enfants. Aujourd’hui, naturellement, ils se corrigent de plus en plus entre eux pour que les textes publiés soient les meilleurs possibles.

Les remarques extérieures ont eu beaucoup plus d’impact que si elles avaient été émises par le directeur ou les professeurs. Le fait que les élèves sentent leurs travaux vus et commentés par d’autres que leur professeur est un énorme facteur de motivation. Ils deviennent demandeurs d’informations et ils vont chercher le savoir dont ils ont besoin (en demandant aux professeurs, en cherchant sur le Web, …). Pour que l’intérêt soit là, il est primordial qu’une communauté en dehors de l’école soit présente et réagisse. Aujourd’hui, ces expériences sont rares. Les cyberportfolios de St Joseph reçoivent donc des commentaires d’un peu partout. Mais la famille et les amis pourraient suffire selon le directeur, ce qui préserve la viabilité de ce mode de travail même si toutes les écoles l’adoptent et que moins de personnes viennent sur le site pour offrir des commentaires.
Lorsque l’on s’est inquiété du fait qu’une mauvaise orthographe nuise à l’image de l’école, le directeur a laissé le temps aux enfants de répondre de manière responsable. Plutôt que de filtrer tous les textes, cette approche responsable et la réponse apportée par les enfants eux-mêmes a amélioré cette image. On doit se souvenir que chacun est en apprentissage  !

Les parents adhèrent très bien, non à cause de la technologie , mais parce qu’ils voient que leurs enfants apprennent mieux et qu’ils prennent du plaisir à apprendre et sont heureux. Les résultats ne sont pas chiffrables et il faudra attendre pour une évaluation plus précise car l’expérience à commencé cette année.
Les cyberportfolio des élèves de l’Institut St Joseph à Québec : http://cyberportfolio.ixmedia.com/carriere Le Cyberportfolio de Mario Asselin, directeur de l’Institut St Joseph à Québec : http://carnets.ixmedia.com/mario Voir les comptes rendus des Rencontres Internationales du Multimédia d’Apprentissage réalisés par les enfants eux-mêmes : http://www.fing.org/index.php?num=4811,2

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