Quand le hardware s’ouvrira

Dans le dernier SVM de février 2005, j’ai vu passer ce serveur multimédia domestique, un PC sous Linux à brancher sur la télévision qui permet de stocker jusqu’à 250 DVD ou d’enregistrer des heures de programmes télé sur son disque de 1,2 To (1200 Go), de graver des DVD, etc. « Formidable ! », me direz-vous. Soit. Pourtant, l’intérêt du produit ne réside pas dans ses capacités techniques. TeraTelly GS 1250 – c’est son nom – a été pensé comme un matériel « ouvert » auquel l’utilisateur peut ajouter d’autres supports d’archivage et dont il peut modifier sans limite les logiciels. La firme qui le commercialise (Interact-TV) propose même un kit de développement logiciel pour créer ses propres applications…

Si l’on connaît de mieux en mieux les logiciels libres dont tout à chacun peut venir modifier le code, le hardware « ouvert » est encore bien rare : seuls les PC possèdent cette caractéristique, et encore, l’irruption du design dans les PC de salons, la part de marché croissante des portables et des initiatives de « sécurisation » telles que TCPA laissent penser que cette ouverture pourrait bientôt appartenir au passé. Ailleurs, passé la coque de votre téléphone mobile, les possibilités de personnalisation sont fort réduites et ouvrir le capot d’une machine électronique reste encore une affaire d’Etat. Dans bien des cas, ajouter un composant matériel ou même logiciel à vos appareils numériques annule les garanties contractuelles proposées par les constructeurs et est présenté comme pouvant entraîner des risques pour la stabilité de votre ordinateur, téléphone, lecteur de DVD, console de jeu, etc.

Aujourd’hui, les produits qu’on peut légitimement modifier ne sont pas légion. En évoquant le piratage de robot, Cyril Fiévet, dans le dernier dossier qu’il nous a livré, ne nous parlait pas d’autre chose. D’un côté, la complexité des appareils ouverts est censée rebuter les utilisateurs « normaux » qui utilisent rarement les options d’extension qui leur sont proposées ; de l’autre, l’appropriation de nouveaux concepts proviennent souvent de communautés, certes minoritaires, de bricoleurs et d’utilisateurs avancés. L’ouverture elle-même exprime d’ailleurs une autre forme de « simplicité » qui apparaît comme l’une des réussites du secteur informatique : un PC n’est jamais qu’un ensemble de puces et de cartes qui s’interconnectent, chacune apportant son lot de fonctions, et un ensemble de logiciels pour piloter ces composants, tous ou presque étant librement substituables les uns aux autres.

Force est de constater que la tendance est aujourd’hui à l’opacité et au verrouillage : les produits se ferment, et même déchirer leur enveloppe plastique signifie souvent que vous avez accepté tout ce qui s’y trouve alors que vous ne l’avez pas même installés. Certes, cette manière de prémunir sa responsabilité juridique semble aujourd’hui indispensable à bien des constructeurs, mais on sent bien que dans de nombreux cas, les garanties protègent plus la commercialisation du produit que la responsabilité juridique du constructeur. Finalement, les voitures ne nous sont pas encore vendues sans que vous n’ayez le droit d’en ouvrir le capot pour les réparer – mais il est vrai qu’avec la démultiplication des composants électroniques, cela risque d’arriver.

Pour avancer, il reste pourtant à débroussailler l’épineux problème de la responsabilité. Si l’appareil que j’ai modifié prend feu, qui est responsable ? Si le robot autonome dont j’ai modifié le code pour qu’il puisse lancer des objets perce l’oeil du petit voisin d’un coup de fléchette, qui est responsable ? Difficile pour les industriels de s’engager sur des terrains mouvants où ils peuvent porter la responsabilité de modifications qu’ils n’ont pas approuvées ni prévues. Facile aussi pour eux d’en profiter pour verrouiller leurs produits et en limiter les droits d’usages.

À lire aussi sur internetactu.net

0 commentaires

  1. Ils font du design comme moi je dessine, avec une truelle et un marteau …
    L’assemblage a l’air d’être monstrueux, même sur les photos de leur site, il n’est pas terrible.
    L’interface, il faudrait voir plus avant pour juger mais ce qui est montré n’est pas vraiment sexy.
    L’idée est bonne, ils utilisent des cartes mères VIA Epia silencieuses mais ça reste un petit PC qu’on peut assembler soit même.
    Il y a des distributions de linux spécialisées dans le « media center » qui ferait aussi bien et surtout l’assemblage pourrait être fait avec un peu plus de goût.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *