Le « langage SMS » contamine-t-il la langue écrite ?

Le « langage SMS« , fait d’abréviations, de phonétisations, de sigles et de rébus (« a12c4 » pour « à un de ces quatre ») est-il en train de détourner les jeunes de la langue classique, sur tous les médias ? Certains le craignent, et un « Comité de lutte contre le langage sms et les fautes volontaires » s’est même créé en 2004.

Une équipe de psychologues et de linguistes des universités de Picardie et de Rouen s’est attachée à mesurer cet effet. Elle a présenté ses premiers résultats dans le cadre du colloque « Société de l’information » du CNRS, qui s’est tenu à Lyon du 19 au 21 mai 1005. Les chercheurs ont demandé à 18 étudiants et 18 collégiens de communiquer sur un même sujet (la description d’un itinéraire entre deux points) par SMS, par courriel et sur papier. Résultat : les SMS sont significativement plus courts que les courriels, eux-mêmes plus courts que les indications produites à l’aide d’un papier et d’un crayon. Les mots tronqués sont également beaucoup plus fréquents dans les SMS. Autrement dit, le langage SMS serait avant tout le produit d’une recherche d’économie de temps et d’effort, afin de réduire le nombre de pressions sur le clavier numérique d’un téléphone ; en revanche, les utilisateurs font assez aisément la différence entre les supports et n’écrivent pas de la même manière en fonction des possibilités et des contraintes de chacun.

Autre enseignement intéressant : le langage SMS s’apprend, comme les autres. Les messages SMS des collégiens et des étudiants ont à peu près la même longueur, mais les étudiants les tapent beaucoup plus vite que leur cadets, qui ont souvent besoin de pauses, sans doute pour inventer le raccourcissement qui permettra de faire passer le message.

Ce qui n’empêche pas, en revanche, les jeunes comme certains adultes de jouer du langage SMS comme source de création ou forme d’identification communautaire (lire aussi ce billet de Jean véronis, qui pousse bien plus loin le bouchon).

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0 commentaires

  1. « en revanche, les utilisateurs font assez aisément la différence entre les supports et n’écrivent pas de la même manière en fonction des possibilités et des contraintes de chacun. »

    La lecture de n’importe quel forum me fait douter de ce point. Mes conversations avec mon petit frère par e-mail également.

  2. D’après une étude commandée par HP, qui a l’air extrêmement sérieuse 🙂 , l’utilisation intensive du courrier électronique, du SMS et des messageries instantanées fait en moyenne baisser le quotient intellectuel de dix points.
    Pour rappel, la consomation intensive de canabis ne fait baisser le QI que de 5 points. 😉
    Plus d’information sur cette étude très sérieuse ici.

  3. j’ai 43 ans,
    je passe pour ridicule car je rédige mes sms très lentement,
    je me refuse à écrire alors un français » autre que celui qui m’a été enseigné !
    je comprends l’utilisation de la phonétique si elle permet aux jeunes d’économiser leurs forfaits ou se créer leur monde, dans lequel ils se sentent bien, mais cela ne devrait être que provisoire et ne pas se généraliser aux adultes !
    Dire si le langage sms contamine la langue écrite me parait totalement prématuré, nous n’avons que très peu de recul face à un mode d’expression assez récent !
    mais lorsque je vois les courriels adressés par la plupart des adultes, cela n’incite guère à l’optimisme,

  4. J’ai 22 ans, et tout comme Thierry, il m’est difficile de délaisser la langue française pour le langage SMS. J’utilise le langage SMS seulement que quand je n’ai pas le choix (mon message faisant sinon 4 sms) mais je mets 10 fois plus de temps à chercher les abréviations pour que mon interlocuteur me comprenne. C’est une perte de temps pour moi.
    Alors le plus souvent j’écris rapidement mon SMS en langue française.

  5. Pour savoir comment fonctionne le langage SMS, rien de tel qu’une grande base de données rassemblant des milliers de SMS et des informations sur leurs auteurs. Des linguistes de l’Université de Louvain (en Belgique) ont étudié 75000 SMS et viennent de publier un petit livre intitulé « le langage SMS ».

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