JD Lasica présente son livre « Darknet »

JD Lasica JD Lasica était de passage en France pour présenter son ouvrage « Darknet – La guerre d’Hollywood contre la génération numérique« , qui vient de paraître chez M2 Editions.
Les notes qui suivent, prises sur le vif, proposent une retranscription synthétique de son intervention.

« Je blogue depuis 5 ans et cela m’a amené à m’intéresser à la rencontre difficile entre les médias personnels (« We Media« ) et les médias traditionnels. C’est aujourd’hui le cœur de mon activité.

« Les médias « 1.0 » sont descendants, centralisés, fermés. L’information y est hautement filtrée. Ils s’adressent à des consommateurs passifs : les médias s’adressent à vous, ils ne vous impliquent pas. Ils ne cherchent pas les retours des lecteurs, au contraire, cela leur fait perdre leur temps.

« Les médias « 2.0 » sont ceux que produit la révolution des médias personnels. L’audience devient le contenu. C’est le royaume de la conversation : on veut commenter, évaluer, recommander. Les valeurs-clé sont les histoires individuelles, les expériences, l’implication ou l’engagement. Nous sommes les médias.

« Qu’on les appelle « grassroots media » (« médias du terroir » ?), médias citoyens, contenus autoproduits, médias participatifs…, il s’agit de la même tendance.

« Les sites les plus représentatifs de ce mouvement sont des sites cooopératifs tels que Wikipedia (et Wikinews, Wikibooks, etc.) ; OhMyNews.com en Corée, qui rassemble des milliers d’individus dans une véritable métaphore de salle de presse, pour produire un véritable média quotidien très lu et influent ; les « espaces sociaux » de partage de contenus tels que MySpace, YouTube, FlickR ; les plates-formes de blog ; les médias citoyens comme NowPublic.com et Indymedia ; les sites communautaires tels que Slashdot, Metafilter, Kuro5hin ; les sites d’information hyper-locale comme, aux Etats-Unis Baristanet, iBrattleboro, Coastsider, H20town…

Médias 1.0 et 2.0 : des valeurs différentes

1.0

2.0

Conférence

Conversation, participation

Consommateurs passifs

Utilisateurs outillés

1 vers beaucoup

Beaucoup vers beaucoup

Institutionnel, autocratique

Démocratique, collaboratif

Centralisé

Distribué

Professionnels

Amateurs, les marges au cœur

« Avec des entrepreneurs des TIC et l’Internet Archive, j’ai monté récemment Ourmedia.org. Le projet consiste à offrir à n’importe qui des outils de production et de publication audio et vidéo, ainsi que de l’espace de stockage et de la bande passante – le tout gratuitement. Le site compte aujourd’hui plus de 100 000 adhérents, 200 000 contenus audiovisuels, 80 modérateurs dans 14 pays. Les gens peuvent publier directement dessus, ou s’en servir pour stocker des contenus multimédias qu’ils rendront accessible via leur propre blog, qui leur impose en général des limites de stockage ou de bande passante. OurMedia recherche des bénévoles pour programmer, modérer les contenus, etc. L’objectif est en quelque sorte de « devenir le Wikipedia pour le multimédia ».

« Qu’en font les gens ? Des videoblogs, des diaporamas narratifs illustrés par une bande son, des petits films et des films d’étudiants, des podcasts, des interviews, des textes de « journalisme citoyen », des œuvres d’art, des photos – et des matériaux multimédias réutilisables.

Et demain ?

« Je m’attends à une accélération de cette tendance au déplacement du pouvoir vers les utilisateurs, ce qui dérangera de plus en plus les modèles d’affaires des médias établis. Aux Etats-Unis, les journaux locaux ont commencé à perdre des revenus de manière significative. Nous allons vers des médias « omniprésents », à la demande, utilisables d’une multitude de manières. La télévision IP comptera des milliers de « chaînes ». Le contenu deviendra atomisé et « dégroupé », c’est à dire réutilisable pour d’autres créations (pas forcément de manière gratuite – mais aujourd’hui les entreprises des médias et du divertissement ne sont pas trop prêtes à s’ouvrir à ces formes de création). Et la croissance très rapide des hauts débits dans le monde va accélérer le mouvement : les gens souhaiteront alors s’impliquer autrement dans les contenus, dans l’information.

« Il ne s’agit pas de remplacer les médias traditionnels, mais de parvenir à une compréhension réciproque et à une bonne cohabitation. Le journalisme citoyen est encore immature. Il produit peu d’information exclusive. Il manque rigueur, ne vérifie pas l’orthographe des noms, ne recoupe pas… Mais il fournit au moins un autre point de vue sur l’information, un autre regard.

« Les réactions actuelles des médias (BBC, TF1…) qui cherchent à récupérer l’énergie des consommateurs, qui créent des espaces de blog, ou des chaînes fondées sur les contenus autoproduits, sont plutôt un bon signe. Mais cela n’entraînera pas la fin des sites individuels ou des espaces de partage. Il y a tellement de sujets d’intérêt, de communautés, d’expertises, qu’il n’est guère possible de reprendre le contrôle du phénomène. Donc les médias sont les bienvenus. Il est bon qu’ils se branchent sur la dynamique de la blogosphère. Les médias citoyens élargissent le choix, ils ne remplaceront pas les médias traditionnels.

« Je sous-titre cependant mon livre « La guerre de Hollywood contre la net-génération »… La décennie à venir sera instable et conflictuelle, les entreprises installées vont résister. Mais à terme, il y aura un nouvel équilibre.

« Comment financer la création dans un tel contexte ? Il faut abandonner l’idée d’un contrôle total et accepter l’imprévisibilité de ce que deviendra le contenu. C’est intéressant. Mais dans ce cas, quels nouveaux modèles rencontrerons-nous ? Des DRM pas trop pernicieux pour commencer (cf. iTunes, dont les clients ne détournent pas les contenus pour les mettre sur les réseaux P2P) ; et de nouveaux modèles d’affaires. On peut citer Outhink – un réseau P2P qui travaille avec des labels indépendants qui placent leur musique sur un réseau protégé, pour être réutilisée en sonorisation de sites et de podcasts, contre rémunération. »

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