L’horizon toujours désirable de la technologie

physics_of_the_future_kaku1La lecture de la semaine, il s’agit du compte-rendu que le site de NPR (la radio publique américaine) a fait d’un entretien avec Michio Kaku, qui est professeur de physique théorique à la City University de New York et auteur d’un livre récemment paru intitulé La Physique du Futur. Voici quelques-unes des innovations que prévoit Michio Kaku pour les années et décennies à venir.

D’abord, la lentille de contact connectée (il n’est pas le seul, un article a pas mal circulé la semaine dernière et il allait dans le même sens). Une lentille de contact reliée à Internet. Vous clignez de l’oeil et vous êtes en ligne. Vous rencontrez quelqu’un, vous pouvez faire une recherche sur lui pendant qu’il vous parle. Quelqu’un s’adresse à vous dans une langue que vous ne comprenez pas, la traduction apparaît devant votre oeil. Kaku pense qu’on en sera équipé dans 30 ans. « Les premiers à les acheter seront les étudiants préparant des examens, ils pourront voir les réponses dans les lentilles, explique Kaku. Dans un cocktail, vous saurez exactement avec qui parler parce que vous aurez fait une recherche sur toutes les personnes présentes. Le Président Obama achètera ces lentilles pour se passer des prompteurs. D’ailleurs, poursuit Kaku, elles existent déjà sous une autre forme dans l’armée. Vous accrochez une lentille à votre casque, vous l’abaissez et vous avez accès à une vision d’ensemble du champ de bataille, tout contre votre oeil. »

Autre invention dont Kaku prédit le succès : la voiture pilotée automatiquement : « A l’avenir, vous vous assiérez dans votre voiture, vous connecterez à Internet, allumerez un film, vous détendrez et brancherez le pilote automatique, et vote voiture vous conduira toute seul. A la différence d’un conducteur humain, elle n’est jamais ivre, jamais distraite et ne s’énerve pas sur la route. » Ces voitures seront équipées avec des radars qui communiqueront avec des senseurs placés le long de la route. « Grâce à ces senseurs, quand la voiture arrivera à une intersection, poursuit Kaku, le système GPS alertera l’ordinateur de bord qui fera ralentir le véhicule. »

Kaku prévoit aussi qu’à l’avenir, nos cerveaux seront capables d’interagir avec l’intelligence artificielle. Il se réfère à une étude de la Brown University pour laquelle des puces ont été placées dans des cerveaux de patients entièrement paralysés. Ces patients ont appris qu’en produisant certaines pensées, ils pouvaient déplacer un curseur sur un écran d’ordinateur. « Ca prend un peu de temps, explique-t-il, mais après quelques heures, vous comprenez que certaines pensées font bouger le curseur dans certaines directions, explique Kaku. Au bout d’un moment, les patients ont pu lire un mail, en écrire un, surfer sur Internet, jouer à des jeux vidéo et guider leur chaise roulante – tout ce qu’on peut faire avec un ordinateur, ils peuvent le faire, sauf qu’ils sont enfermés dans leur corps. » Et pour Kaku, de telles technologies pourraient être utilisées pour contrôler des robots dans des lieux où les hommes ne peuvent pas aller. Il pense évidemment à certaines planètes.

Autre champ d’avenir selon le physicien, les souvenirs enregistrés. « Il y a deux mois, explique Kaku, un tournant historique s’est produit quand des chercheurs ont réussi à introduire de la mémoire dans une souris. C’est la première fois qu’on fait ça – ça nous vient directement de la science-fiction. Ce que ces chercheurs ont fait, c’est de regarder l’hippocampe d’une souris et d’enregistrer les impulsions pendant qu’elle était en train d’apprendre à réaliser une tâche. C’est le point d’entrée de la mémoire : tous les souvenirs traversent d’abord l’hippocampe. Les chercheurs ont enregistré ces impulsions. Ils ont ensuite donné à la souris les médicaments nécessaires pour qu’elle oublie la tâche qu’elle avait apprise. Les chercheurs ont pris l’enregistrement, l’ont réintroduit dans la souris, qui a réalisé la tâche comme si elle savait exactement quoi faire » – à mon avis, Kaku a légèrement vulgarisé le protocole. Peu importe, pour lui « c’est la première fois que l’on démontre qu’il est possible d’enregistrer un souvenir et le réinsérer dans une souris, et que la souris est ensuite capable de remplir la tâche qu’elle avait préalablement oubliée. Les implications d’une telle découverte sont énormes. Cela signifie que les souvenirs pourraient, en principe, être enregistrés et réinjectés dans cotre cerveau ou dans celui de quelqu’un d’autre. »

Voilà pour ce compte-rendu publié sur le site de NPR qui appelle me semble-t-il plusieurs remarques :
D’abord, il est toujours intéressant de constater à quel point la science-fiction et la science agissent l’une sur l’autre (je parle de science parce que Kaku a malgré tout l’air d’être un scientifique). Toutes ces innovations, si tant est qu’elles existent un jour, auront déjà été imaginées et représentées par la science-fiction, et depuis longtemps parfois.

L’aptitude qu’ont ces prédictions à faire fi de toutes les limites (à la fois morales, mais aussi physiques) qu’on peut avoir. Par exemple, les lentilles posent des questions d’alimentation, mais aussi de matière (comment l’oeil peut-il tolérer le contact prolongé d’une matière traversée de courant ?) et de vision (il doit être très dur de lire tout contre son oeil, non ?).

Mais, et c’est la dernière remarque, au fond, tout cela importe peu. Ce qui compte c’est d’utiliser la technologie comme productrice d’un horizon désirable, ce qui est très efficace quand le monde est aussi fragile qu’il l’est aujourd’hui. D’où le succès des utopies posthumaines, d’où l’intérêt que la science a à se parer des atours de la science-fiction.

Xavier de la Porte

Xavier de la Porte, producteur de l’émission Place de la Toile sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.

L’émission du 3 décembre 2011 était consacrée aux relations de l’écran et de la rue, c’est-à-dire comment les mouvements politiques d’aujourd’hui, des indignés aux militants des communs, s’articulent à l’internet, pas seulement parce qu’ils font des technologies un outil de lutte, mais parce qu’ils partagent avec lui un substrat commun. Pour évoquer ce sujet, Xavier de la Porte recevait Christophe Aguiton (Wikipédia), membre du conseil scientifique d’Attac et chercheur au laboratoire de sciences humaines et sociales d’Orange Labs et Valérie Peugeot, chercheuse à Orange Labs et présidente de l’association Vecam, qui a dirigé un passionnant ouvrage sur les biens communs : Libres savoirs (C&F éditions).

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0 commentaires

  1. Bonjour

    Les égarements mathématiques des scientifiques actuels les ont amenés à construire un “Grand Collisionneur de Hadrons”, “LHC”, qui, pensaient-ils, “allait enfin leurs apporter la compréhension de l’univers”.
    Ce “collisionneur” qui a coûté plus de huit milliards d’euros, n’est en fait qu’une énorme et monstrueuse machine à pulvériser les atomes et ces scientifiques, comme des gosses qui ne pourront jamais comprendre comment est fait le jouet qu’ils pulvérisent à grands coups de marteau, ne pourront jamais comprendre ce qu’est l’univers.
    Le présent ouvrage, qui lui, explique enfin ce qu’est réellement, concrètement l’univers et comment il fonctionne, vaut donc déjà plus de huit milliards d’euros :

    http://www.liberes-des-mathematiques-savoir-enfin-ce-qu-est-l-univers.net

    Ce LHC, d’une part, n’est pas plus dangereux qu’un individu qui aurait décidé de pulvériser tous les grains de sable du sahara, un par un, et d’autre part les « trous noirs » n’étant également que produit d’égarement mathématique et n’existant nulle part ailleurs que dans les cerveaux de ceux qui les ont inventés, ce LHC n’est donc tout au plus capable que d’augmenter ces mêmes « trous noirs » dans ces mêmes cerveaux, et c’est tout.

    Bien cordialement Jean Vladimir Térémetz

  2. Excusez-moi monsieur Xavier de la Porte, mais ceux qui citent la science-fiction d’il y a vingt ans pour promouvoir la prospective, j’ai l’impression qu’ils ont vingt de retard. Aujourd’hui, nous avons des prototypes, qui ont pu avoir leur succès dans leur domaine d’applications (comme le pilotage par la pensée, mais aussi les prototypes de voiture automatique dans des environnements de moins en moins maitrisés), et certains aspects sont bien actuels pour tout le monde (l’accès à l’infosphère pour quiconque et depuis n’importe quel point du globe).

    Aujourd’hui, nous avons la science-fiction d’avant-hier (1984, Le meilleur des mondes pour les titres les plus connus) pour le grand public et la science-fiction d’hier pour les prototypes (ce qui est décrit dans cet article). Le problème est que la science-fiction d’aujourd’hui n’a pas l’air de vraiment créer un horizon désirable comme vous l’indiquer dans votre conclusion.

    Ces « utopies posthumaines », vous pensez à quoi en particulier ? Je n’évoque même pas l’excès d’optimisme, il faut savoir bien mettre dans un contexte. « de telles technologies pourraient être utilisées pour contrôler des robots dans des lieux où les hommes ne peuvent pas aller » !!! Il faut savoir se parer des atours de la science-fiction, et dire qu’on va remplacer un clavier ou un joystick par une interface neuronale, je crois qu’il faut arriver à trouver de meilleurs exemples pour vraiment rendre désirable l’horizon technologique.

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