La cathédrale du calcul – The Atlantic

Le concepteur de jeux Ian Bogost (@ibogost) (voir quelques-uns des articles que nous lui avons consacré : “La culture algorithmique est un mythe”, “Hyperemploi, l’épuisant travail des utilisateurs de la technologie”, “L’ennui du futur”) signe une nouvelle tribune qui mérite l’attention : La cathédrale du calcul. Il y dénonce à nouveau la culture algorithmique, symbole que la science et la technologie sont devenues une nouvelle théologie. Cette culture algorithmique dont tout le monde parle est une dévotion, une supplication faite aux ordinateurs, un moyen de remplacer dieu dans nos esprits alors même que nous prétendons simultanément que la science nous a rendu imperméables à la religion. Et dans cette nouvelle théologie, l’ordinateur, le logiciel et les algorithmes tiennent une place particulière explique-t-il.  

“La première erreur est de transformer les ordinateurs en dieux. La deuxième de traiter leurs sorties comme les Ecritures." 

Pourtant, ils sont loin de fonctionner avec l’efficacité qu’on leur prête. Il revient sur le concours lancé par Netflix pour améliorer son moteur de recommandation et comment celui-ci se termina sans vainqueur. Netflix a fini par minimiser les évaluations des internautes en développant une multitude de spis genres pour classer et recommander ses films. Nous sommes loin de la magie des algorithmes. Netflix forme des gens pour regarder des films et ceux-ci tags les contenus avec une foule de mots-clés qui sont présentés aux clients de Netflix en fonction de leurs habitudes de visionnage préalables. Netlfix fonctionne via des méthodes qui ressemblent plus à un procédé de fabrication chinois, avec des process complexes et multiples dont seul un fanatique appellerait le résultat final un algorithme. Que seraient les Big Data sans le raffinage et nettoyage souvent complexe et manuel des données brutes ? Que serait Google Maps sans satellites, sans ses voitures…

Les algorithmes ne sont pas des dieux.

"Ils sont des simplifications, des distorsions. Des caricatures. Ils prennent un système complexe du monde et le rendent abstrait via des processus qui captent une partie de la logique de ce système et jette le reste. Et se couplent à d’autres procédés, machines et matériaux qui réalisent les parties qui ne relèvent pas du calcul de leur travail.”

“Malheureusement, les systèmes informatiques ne veulent pas admettre qu’ils sont burlesques. Ils veulent être innovants, perturbateurs, transformateurs… Et un tel zèle nécessite une cécité sectaire.” Seuls les jeux admettent volontiers qu’ils sont des caricatures. Ils subissent les conséquences de cet aveu en étant déconsidérés par l’opinion publique. SimCity n’est pas un outil de planification urbaine, c’est une caricature. Oui, des algorithmes sont impliqués dans Netflix ou Google Maps. Mais ce n’est qu’une partie de l’histoire. Une version théologisée de la diversité utilisée pour processus. Oui, le calcul a pris une place considérable dans la culture contemporaine, mais le concept d’algorithme est devenu un raccourci bâclé. 

Cette vénération nous empêche d’intervenir dans les changements sociaux que des grandes entreprises comme Google ou Facebook mettent en place. Voir leurs résultats comme étant au-delà de notre influence, comme étant pré-déterminés et inévitables nous paralyse. Elle nous empêche de voir que les systèmes informatiques sont des abstractions, des caricatures, une perspective parmi d’autres.

“Nous ne voulons pas d’une culture algorithmique, surtout si ce concept euphémise seulement une théocratie du calcul." 

Et son nouveau clergé !

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