Que pensent les patrons de la Silicon Valley des inégalités

Le célèbre investisseur Paul Graham a récemment expliqué qu’il était en faveur des inégalités. Pour lui éliminer les variations de richesse signifierait clairement éliminer les startups et donc l’innovation. S’il est important d’empêcher les gens de devenir pauvres, “diminuer l’inégalité économique ne devrait pas être notre objectif”, adressait-il à ses pairs.

Pour Vox, le journaliste Gregory Ferenstein, qui s’intéresse depuis longtemps à la philosophie de la Silicon Valley, collectionne systématiquement des entretiens avec les patrons de la Valley pour les analyser. Il a même construit une enquête auprès d’eux sur le sujet. Pour lui, ce qui émerge de ces enquêtes et entretiens est un point de vue plus nuancé que celui que défend Graham, mais qui reste en accord avec son point de vue libéral. Les patrons de startups de la Valley estiment que l’égalité des chances est indispensable à une économie saine et équitable, alors que l’égalité des résultats est économiquement paralysante. Pour eux, la croissance économique améliore plus la qualité de vie globale que les formes de redistribution. Beaucoup semblent en faveur d’un revenu minimum garanti, mais bien peu sont favorables à des réglementations sur l’innovation. Pour les élites technologiques, le capitalisme fonctionne.

“Il est peu surprenant qu’un groupe de gens qui ont construit de riches et prospères entreprises aient une opinion positive du système économique qui a rendu leur succès possible.”  Pour le milliardaire Peter Thiel, si nous avions 4 % de croissance du PIB, tous les problèmes d’inégalités seraient résolus. 48 % des entrepreneurs interrogés par Gregory Ferenstein (130) estiment que la croissance médiocre était plus problématique pour l’égalité que l’inégalité financière (alors que dans la population générale, 59 % des gens penseraient que l’inégalité financière est plus problématique).Les entrepreneurs de la Valley sont également plus optimistes que la population générale : 80 % pensent que tout changement est bon sur le long terme, alors que c’est seulement le cas de 48 % de la population. 24 % d’entre eux pensent que la participation citoyenne est importante, contre 11 % de la population en générale, ce qui montre un optimiste assez fort de leur part quant au fait qu’une citoyenneté active et informée puisse faire du monde un endroit meilleur.

Pour Ferenstein, si beaucoup de patrons de la Valley penchent vers la gauche, beaucoup ont une toute autre vision de celle-ci que sa définition politique traditionnelle. Pour beaucoup, une société parfaitement méritocratique, où le revenu de chacun serait proportionnelle à leur productivité, conduirait néanmoins à une société très inégalitaire. Pour eux, l’inégalité favorise la créativité et la motivation à changer de situation. Pour Ferenstein, l’inégalité explique aussi leur penchant à la méritocratie. Pour eux, la distribution des outils qui favorisent la méritocratie, comme l’éducation (notamment via les Moocs), permet de recruter ceux qui méritent, les “pépites”, les génies qui n’ont pas évolué dans de bonnes circonstances. A croire que la méritocratie n’est qu’un moyen d’imposer le partage disproportionné des compétences comme des riches.

MAJ : Farhad Manjoo pour le New York Times rapporte une récente étude de l’université de Stanford, qui montre que les entrepreneurs et l’élite de la Silicon Valley sont très à gauche sauf sur un point : ils se méfient profondément du gouvernement pour toute réglementation. L’étude montre qu’ils se révèlent assez peu libertaires, contrairement à la façon dont on les dépeint souvent. Ils se révèlent plutôt en faveur de la redistribution des richesses tout en souhaitant une réglementation très laxiste. En fait, estime l’un des auteurs de l’étude, les entrepreneurs ne voient rien d’injuste au fait que d’autres entrepreneurs fassent ce qu’ils veulent sur le marché. Reste que leur lobbying n’est pas sans impact : le parti démocrate semble beaucoup moins intéressé que par le passé à réduire la portée de l’industrie technologique.

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