La cigarette électronique, une consommation sociale – New Inquiry

David Banks pour le New Inquiry développe une intéressante argumentation sur le rôle social des cigarettes électroniques et leur importance culturelle en tant que marqueur générationnel. Pour lui, explique-t-il, “les cigarettes électroniques sont éminemment compatibles avec nos vies numériques”. Un croisement entre les kits de chimie de nos enfances et les smartphones personnalisables. Il rappelle que, comme l’a montré le sociologue Randall Collins dans ses études sur les rituels du tabac, la façon de le consommer n’est pas seulement lié à des raisons pratiques ou industrielles, mais également à des marqueurs sociaux. Pour Banks, la cigarette électronique est un moyen de distinction semblable aux coques de smartphone.

Les nouvelles technologies nous apparaissent toujours comme un supplément à un monde déjà plein, comme un plaisir égoïste, solitaire. Freud ne définissait-il pas l’addiction comme un substitut à la masturbation ? Et Banks de tracer un parallèle entre la consommation de cigarette électronique et notre consommation de technologie. Pour tous, la seule voie vers une vie saine et de se libérer de nos gadgets, comme de se désintoxiquer. Pour Nathan Jurgenson, la critique des cigarettes électronique rejoint la critique des smartphones ou de notre connexion, et dépeignent un plaisir malsain, dangereux… sur lequel beaucoup plaquent un jugement moral. Mais ce qu’oublie cette critique, c’est que plus que le plaisir personnel (à fumer, à vérifier ses notifications sur Facebook, Twitter ou Instagram…), la pratique est avant tout un acte profondément social.

Les cigarettes électroniques ne sont pas seulement un système différent pour s’adonner à sa “drogue”, mais représentent avant tout un renouveau d’une pratique sociale. Sa caractéristique principale n’est-elle pas de rendre les fumeurs à nouveau sociaux, porteurs d’une image positive, plutôt que de les présenter comme des toxicomanes asociaux ? Contrairement aux patchs et au chewing-gum nicotiniques, noyés dans un discours médicalisé cherchant à valoriser le surmoi et renforcer le tabou de la toxicomanie, le vapotage offre un nouveau rituel nicotinique qui invite à la curiosité plutôt qu’au jugement, estime Banks. Collins voyait la culture du tabac comme essentiellement sociale et secondairement addictive. Loin de nier la dépendance biologique (qui semble même plus puissante qu’on ne l’a jamais souligné, puisque la nicotine serait la substance qui provoque la plus forte stimulation du circuit de la récompense, équivalente à une drogue dure), Banks à la suite de Collins rappelle le rôle social (et moral) de la culture du tabac. Un rôle social qui s’exprime jusque dans sa consommation même, une destruction pour une stimulation sensorielle éphémère, comme si le seul moyen de posséder pleinement quelque chose était d’avoir le droit de le détruire…

Les cigarettes électroniques rappelle encore Banks ont la capacité de structurer des moments de rituel privé dans les lieux publics, de réifier le social…. C’est en tout cas un bon exemple d’introduction d’une nouvelle technologie, et donc d’un nouvel arrangement entre les personnes, les choses et le sens que chacun en tire.

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