Cher Marc Andreessen – Alex Payne

Le développeur Alex Payne (@al3x), qui travaille au “département pour une meilleure technologie”, une société qui développe des logiciels pour les administrations, signe une belle réponse à l’investisseur Marc Andreessen (@pmarca), qui dans un de ses derniers billets faisait une vibrante apologie néo-libérale de l’innovation technologique en s’en prenant à ceux qui pensent que les robots vont prendre leur travail et leur emploi.

“Ce que le travail veut est de l’auto-détermination, pas un ralentissement de l’évolution technologique”, lui répond Alex Payne. Les chauffeurs de taxis qui protestent contre Uber ne disent pas qu’ils ne veulent pas d’application dans leur voiture. Ils veulent pouvoir négocier les salaires et les conditions de travail plutôt que d’être seulement démoli [par la technologie]. L’opposition repose sur les modèles économiques de l’exploitation, pas sur la technologie.

“Laissez les marchés fonctionner”, dites-vous, “afin que le capital et le travail puissent rapidement être ré-alloués pour créer de nouveaux secteurs et de nouveaux emplois”. Mais, voilà trente ans que nous sommes dans une ère de déréglementation systémique et de financiarisation. Pour quel résultat ? Récession mondiale, chômage structurel et persistant et accumulation du capital au sommet de la pyramide économique. Dans ce climat, le capital a effectivement été réaffecté… en classes d’actifs difficiles à taxer, difficiles à réguler, comme les arts. Les prêts aux petites entreprises sont toujours difficiles, et l’austérité règne alors que les dizaines de milliards de bénéfices de sociétés restent à l’abri de paradis fiscaux off-shore.“

La révolution technologique actuelle a mis les moyens de production à la portée de tout le monde, livrée sous la forme d’un smartphone ou d’une tablette connectée à haut débit à l’internet mobile, dit encore Andreessen.  Mais les "travailleurs prospèrent quand ils possèdent les moyens de production”, rappelle Payne en citant Marx. “Le propriétaire de l’usine s’enrichit. Le travailleur à la chaîne pas tellement.”

“Posséder un smartphone n’est pas l’équivalent de posséder une usine. J’ai payé pour mon iPhone, mais Apple possède le logiciel qui tourne dessus, les brevets sur le matériel à l’intérieur et le droit exclusif sur le marché des applications. Si je veux participer à ce marché, Apple peut arbitrairement rejeter ma demande, que ce soit en coupant mes ventes quand ils l’entendent ou en changeant les termes du contrat quand ils le veulent. (…) On espérait que beaucoup de gens allaient devenir riche dans "l’économie des applications”. En dehors d’Apple et Google, il semble que ce ne soit pas vraiment le cas.. (…) L’argent réel dans la technologie est dans les plateformes, les effets de réseau et d’échelle. (…) Les investisseurs diminuent peut-être en nombre, mais pas en richesse ni en influence politique.“

Si nous choisissons collectivement un modèle de société qui assure à chacun un filet de sécurité, la technologie n’y parviendra pas seule. Bien que les progrès technologiques n’ont cessé d’accéléré ces dernières décennies de l’expansion capitaliste, force est de constater que la plupart des habitants de cette planète ont plus que jamais besoin d’un filet de sécurité. Le marché ne le leur a pas fournit. Pourquoi en serait-il différent dans un avenir robotisé ?, interroge Payne. "Ai-je râté une loi d’Asimov qui dirait que les androïdes sont toujours programmés pour avoir plus d’esprit social que les néo-libéraux ?”

Nul n’attend plus la techno-utopie hypercapitaliste.

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