L’ennui du futur – The Atlantic

Il y a quelques mois, le game designer Ian Bogost dénonçait l’hypertravail auquel nous accule la technologie, pressurés que nous sommes par le flux constant de sollicitations que déverse sur nous la technologie. Il en remet un couche sur The Atlantic en évoquant combien le futur est désormais devenu ennuyeux… 

Avant l’iPhone, lancé il y a seulement 7 ans, les smartphones étaient une curiosité. Désormais, ils sont parfaitement domestiqués. Deux tiers des Américains en possède un. Ils sont devenus notre premier mode d’accès à l’informatique. “Mais avec la domestication vient le caractère inéluctable de la docilité. (…) L’espoir et la promesse d’une nouvelle technologie informatique a cédé la place au malaise de vivre avec elle.”

L’annonce de la montre connectée d’Apple a été accueillie avec plus d’épuisement que d’excitation. Quel est son but ? Quel besoin doit-elle satisfaire ?, ont demandé plusieurs commentateurs. Benjamin Clymer l’a appelé "l’objet leader du marché dans une catégorie que personne n’avait réclamé". Pour Bogost, le fardeau économique, l’urgence de l’innovation impose à Apple d’innover pour innover. Qu’importe si les objets que l’on porte ne sont pas encore parfaits, tout le monde est persuadé qu’ils vont arriver. Autant faire qu’ils soient déjà là. Qu’importe si personne n’a vraiment envie de lire le spam qu’il reçoit par e-mail sur sa montre… 

“Oui, la technologie évolue rapidement, mais sa vitesse nous ralentit désormais. Une torpeur est descendue, la fatigue d’avoir déjà vécu ce changement ou un changement assez similaire, très récemment. L’avenir n’est pas encore tout à fait là, mais il nous a déjà épuisé.”

Nous sommes loin du Choc du futur que décrivait Alvin Toffler, quand les changements vont si vite qu’ils produisent un choc… Nous sommes plutôt plongé dans une douce et tiède routine. L’obsolescence programmée nous cajole pour remplacer notre ancien iPhone par le nouveau. Notre seule inquiétude consiste à l’attendre. Le choc du futur est terminé. La montre d’Apple montre que nous souffrons d’une nouvelle affliction : l’ennui de l’avenir.

L’excitation d’une nouvelle technologie (ou quoi que ce soit, vraiment) a été remplacé, ou du moins freiné, par l’angoisse de son fardeau à venir.”

L’ennui du futur est la marque de notre acceptation indifférente. Qu’importe si la montre d’Apple ne nous semble pas nécessaire. Qu’importe si le changement n’est plus révolutionnaire… Qui aura assez d’énergie pour s’opposer aux dispositifs portables ? Qui pourra faire la révolution, occupés que nous serons à traiter les flux des médias sociaux, des courriels, de nos moniteurs cardiaques, de nos thermostats… ? 

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