Psychanalyse des technologies

« Emma, 12 ans, s’occupe de son petit caniche sur sa console portable DS. Sa copine possède le même jeu vidéo : Nintendogs et, grâce au port infrarouge, leurs adorables petits chiens peuvent gambader ensemble. Emma trouve son caniche plus obéissant, et donne le conseil à sa copine de ne pas le nourrir trop, pour qu’il sache qui est le maître. (…)

Ces objets technologiques nous révèlent plus qu’ils nous fondent. Pourtant, nous avons tendance à leurs prêter une vie à part entière. Les programmeurs sont des illusionnistes et vont nous redonner une très ancienne illusion, celle du bébé. Ce dernier est persuadé qu’il est le créateur du monde qui l’entoure. Illusion nécessaire et constitutive, elle va lui permettre grâce à sa main d’avoir une main mise sur les objets. Puis, au bout d’un certain temps, avec beaucoup de désillusion, il se rend compte qu’il ne peut tout maîtriser et que même certains de ces objets lui résistent.(…)

Un robot qui ne serait qu’un esclave n’aurait donc aucun intérêt. L’humain a besoin de maîtrise mais sur un environnement qui lui résiste, il nous renverrait plutôt à un sentiment de profonde solitude. Ainsi, ces nouveaux robots qu’il s’agit d’apprivoiser, de dompter, qui n’obéissent pas au doigt et à l’œil, vont de plus en plus nous surprendre par une forme de subjectivité numérique. Le paradoxe se situe dans cet entre deux, entre plaisir et déplaisir, entre maîtrise et lâcher prise. Mais, on peut se demander si pour tout être humain, il n’y pas une tendance naturelle à la destructivité. Que fait on de toute ces pulsions agressives accumulées tout au long de notre journée qui nous oblige à accepter la frustration, la soumission à l’autorité, l’injustice ? Certains vont les sublimer dans des travaux, qu’ils soient intellectuels, artistiques. Mais on se rend bien compte que ces être autonomes ne sont pas majoritaires. La plupart d’entre nous, vont inconsciemment être dans la décharge, l’addiction, la somatisation. Heureusement, il nous reste une voie, celle du jeu. Le jeu représente une aire de liberté, où nous pouvons jouer avec ces fameuses pulsions agressives. Tel homme malmené par son patron, pourra à travers tel jeu vidéo on line, diriger une guilde de plus de 200 hommes et femmes, où sa main, métaphore de son Moi, tenir le monde entre son poing fermé. Comme nous disait le poète, « l’enfer c’est les autres ». C’est là, où le robot pourrait avoir une place tout à fait intéressante. (…) Le robot programmé, serait à l’image du psychanalyste, qui esquisse un sourire alors que son patient en colère va s’en servir d’une surface de projection de toute sa haine accumulée. L’enfant, qui rentre le soir après une dure journée d’école, serait accueilli par le « robot nounou » qui lui ferait remarquer qu’il voit à son visage, qu’il est en colère. Cet enfant ne supportant pas à nouveau qu’on lui renvoi une mauvaise image pourrait l’envoyer balader, et évoquer en pleurant qu’un professeur lui a dis qu’il était nul. Notre robot au sourire figé lui répondant que ce prof à tort car ce n’est pas lui qui est nul mais son travail. Quelle sagesse ! Celle de la cohérence d’un robot sans affects qui ne dit que la vérité.

Dompter, apprivoiser un robot serait à l’image de nos parents qui ont eux-mêmes tentés de nous éduquer, pour le meilleur ou pour le pire ; le robot fait de calculs ne serait pas obligé plus tard de voir un psy ! La révolte des robots n’est pas encore pour maintenant. »

Michel Stora.

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