La convergence des sciences (2/3) : La religion de la technologie

Par le 27/05/09 | Aucun commentaire | 5,140 lectures | Impression

La convergence des nanotechnologies, biotechnologies, technologies de l’information et sciences cognitives (plus connues sous l’acronyme NBIC), nouvel horizon scientifique, et technologique, de ce XXIe siècle, fait divergence et divise les observateurs.

Pour les uns, elle ouvre la porte à “une ère d’abondance au cours de laquelle la pauvreté sera abolie”, pour les autres, elle risque d’“altérer considérablement l’homme, la société, et même l’environnement terrestre”. Dans tous les cas, elle poserait un véritable problème de civilisation (voir La convergence des sciences (1/3) : Un choix de société).

Dans sa thèse, intitulée L’imaginaire technoscientifique : cas de la convergence NBIC, Stéphanie Chifflet, doctorante au Centre de recherche sur l’imaginaire de l’université Stendhal, à Grenoble, estime pour sa part que “par ces thèmes principaux (la maîtrise et la manipulation de la matière, la transformation de l’homme, l’héroïsation du scientifique, l’immortalité) le « grand récit » de la convergence NBIC apparaît comme l’expression moderne d’un défi démiurgique que l’homme est invité à relever, devenant lui-même l’acteur d’une nouvelle religion: la religion de la technologie.” :

“L’alliance de plus en plus étroite des sciences et des techniques, dès lors appelées technologies, vise à donner une image globale des activités de l’homme, du monde, de l’existence. Le récit des nouvelles technologies tend à leur redonner du sens. (…)

Il serait par ailleurs intéressant d’étudier plus précisément les différences culturelles vis-à-vis des NBIC. Le défi démiurgique qui sous-tend l’imaginaire NBIC occidental trouve-t-il un écho dans les cultures de tradition bouddhiste ? animiste ? taoïste ?

De plus, en connaissant les différences culturelles dans la réception du récit NBIC et les divers ressorts de son imaginaire, il nous serait possible d’en définir ses véritables fondements et ses possibles dérives. Le récit NBIC tend effectivement à fonder une idéologie justificative. Le danger de ces visions est de nous détourner de la réalité. L’étude approfondie de ces discours (par la connaissance des représentations qui les sous-tendent) permet d’en saisir les enjeux profonds. L’imaginaire possède des visages divers, et nous avons vu comment il peut être instrumentalisé à des fins politiques, économiques ou propagandistes. L’imaginaire est une dynamique en perpétuel mouvement et donne l’impulsion à l’action humaine, et notamment à la recherche scientifique.

D’ailleurs, les intérêts militaires en sont traditionnellement les premiers agents instigateurs. Le rapport de la NSF consacre une partie entière aux applications militaires des NBIC. Ainsi, il serait également intéressant de comprendre les interactions entre les questions militaires, les technologies, l’imaginaire de la guerre et les cultures. Les processus stratégiques et politiques doivent prendre en considération la dimension imaginaire, et cela d’autant plus que nous sommes à une époque où la guerre symbolique est de plus en plus importante et où l’armée doit davantage communiquer avec les autres acteurs sociaux. En outre, les projets développés à des fins militaires trouvent leurs fondements dans la mémoire mythique et dans la littérature (le soldat invincible et le mythe du guerrier, l’armée de robots, les engins auto-régénérateurs, etc.). (…)

Ce qui est remarquable, à travers l’étude du récit NBIC, c’est de voir que la technologie elle-même devient religion. Elle n’est pas un instrument utile mais un objet de réenchantement et de croyance. Dans l’Occident moderne, où les religions traditionnelles peinent à conserver leur dimension collective, le sentiment religieux ne serait-il pas ranimé par la technologie ? L’ambition universaliste des sciences (au fondement des religions telle la religion judéo-chrétienne) ne l’amène-t-elle pas progressivement à devenir religion ? Le récit NBIC serait-il, à l’instar de la scolastique médiévale, une synthèse du tout ?

En définitive, il existe actuellement deux méta-récits visant à dire le tout : le premier est le discours écologique (développement durable) qui est en train de devenir une véritable religion. La question écologique fait effectivement l’objet d’un consensus massif (et c’est ce qui fonde précisément toute religion). (…) Le second méta-récit est le récit de la convergence NBIC où l’on dit le tout à partir de l’infiniment petit. Mais est-il si massivement reçu ? L’homme du XXIe siècle va-t-il assister à la cohabitation de deux nouvelles « Eglises » ?

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