Archives de la catégorie : Articles


30.08.2004

Mission Fing-Idate en Corée du Sud - Juin 2004 - Compte-rendu

Par Daniel Kaplan | : 0

Du 19 au 23 juin 2004, la Fing et la Fondation Idate organisaient un voyage en Corée du Sud auquel ont pris part une quinzaine de participants d'horizons divers.
Il s’agissait de mieux cerner les déterminants qui ont propulsé la Corée au premier rang des pays en matière de haut débit, des innovations dans les services mobiles, des jeux en ligne, et qui ont permis à des firmes telles Samsung et LG de devenir des acteurs clés dans plusieurs secteurs des TIC.
Le compte-rendu de cette mission, rédigé par Yves Gassot, Daniel Kaplan et Alain Puissochet, peut être téléchargé à partir du site de la Fing.

13.07.2004

Les enjeux de l’édition électronique scientifique

Par Cyril Fievet | : 2

Depuis les débuts de l'internet, les revues scientifiques électroniques cristallisent beaucoup d’espérances. La forme courte des articles, la volonté fréquente de s’abstraire des enjeux économiques, font que beaucoup ont voulu voir en elles les précurseurs d'un changement radical dans lequel s'engouffrerait toute l'édition papier traditionnelle. Il n'en a rien été. Gros plan sur les enjeux de l'édition électronique pour mieux comprendre comment ce petit secteur, emblématique de la conversion du monde de l'édition au format électronique, est tiraillé deux tendances : se limiter à développer un nouveau mode de diffusion, ou inventer un nouveau mode de production qui mettrait l'électronique au coeur de l’ensemble du dispositif.

30.06.2004

BitTorrent : le peer-to-peer, un cran plus loin

Par Cyril Fievet | : 4

BitTorrent n'est pas simplement une solution de peer-to-peer parmi tant d'autres. Ce protocole, à la popularité grandissante, est largement utilisé dans un cadre légal comme alternative au téléchargement centralisé. Ce n'est pas la moindre de ses vertus, mais ce n'est pas la seule. Par Cyril Fiévet.

22.06.2004

Le bond d’après 2005

Par Invité extérieur | : 3

Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, Michel Cartier est professeur au Département des communications de l'Université du Québec à Montréal où il dirige le Laboratoire de télématique et poursuit des recherches sur le e-learning. Ce spécialiste des TIC interroge toujours, avec un rare acharnement, leur impact sur la société et leur avenir. "Nous avons connu un important bond économique en 1995 qui, à cause de l'absence d'analyses pertinentes, a mal tourné. Le bond de 2005 se prépare, comprenons-nous bien les tendances lourdes qui nous poussent vers le futur ?"

15.06.2004

Ad hoc, Mesh et Wi-Fi : les ondes pour tous

Par Cyril Fievet | : 4

Dans un monde du sans fil dominé par Wi-Fi, les architectures combinant le Mesh Networking et les connexions "ad hoc" portent en elles les germes d'une révolution basée sur la simplicité de mise en oeuvre et la décentralisation poussée à son extrême. Au point que Mesh, ad hoc et Wi-Fi pourraient bien devenir synonymes, et donner - ou redonner - aux utilisateurs "les clés du pouvoir du réseau". Par Cyril Fiévet et Jean-Michel Cornu.

08.06.2004

Les nouvelles technologies en milieu rural à Madagascar

Par Invité extérieur | : 0

A l'occasion du lancement du groupe de travail sur l'internet rural (http://www.fing.org/index.php?rubrique=rural), Lucien Ratovohery, secrétaire général de la Société civile malgache - Droits de l'Homme (SCM-DH) et coordinateur du Comité de soutien à l'action du Père Davidson nous présente l'état du développement des nouvelles technologies en milieu rural à Madagascar.

07.06.2004

Les enjeux d’IPv6 pour les acteurs des services en ligne : une conférence Acsel-Fing

Par Daniel Kaplan | : 2

Le 7 juin 2004, à la Chambre de commerce et d'industrie de Paris, l'Association pour le commerce et les services en ligne (Acsel) et la Fing organisaient une conférence d'information sur les apports, les applications et les enjeux d'IPv6 pour les entreprises et les fournisseurs de services en ligne.

02.06.2004

En Ardèche, les écoles et mairies rurales sont d’ores et déjà entrées dans la société de l’information

Par Invité extérieur | : 0

Dans cette tribune, Michel Alonzo, responsable du projet des Inforoutes de l'Ardèche revient sur l'expérimentation rurale menée en Ardèche depuis 1998 grâce à la technologie Wadsl. Alors que les équipements installés n'ont pas encore été totalement amortis, l'Autorité de régulation des télécommunications a choisi de mettre fin à l'autorisation d'émission dont bénéficiait le Syndicat intercommunal à vocation unique de l'Ardèche.

02.06.2004

FOAF, la première brique du Web sémantique ?

Par Cyril Fievet | : 4

Le Web d'aujourd'hui a plusieurs défauts, parmi lesquels le fait d'être peu structuré, donc peu adapté au classement automatique des informations qu'il contient. C'est encore plus vrai pour les personnes, qui sont presque absentes - en tant qu'entités "indexables" - de la Toile. FOAF ("Friend Of A Friend") est une tentative innovante pour remédier à cela et ajouter un caractère sémantique au Web que nous connaissons. Par Cyril Fiévet.

25.05.2004

3e Forum de l’internet rural : des usages innovants au service du développement rural

Par Jean-Michel Cornu | : 0

A l'occasion de la naissance officielle du groupe de travail sur les usages ruraux de la Fing (http://www.fing.org/index.php?rubrique=rural), Jean-Michel Cornu (Fing), Floriana Carrillo (ville de Felletin) et Isabelle Bize (Inter'Vista), qui en sont les animateurs, nous proposent un compte rendu exhaustif du Forum de l'internet rural qui s'est tenu à Felletin en mars 2004. Un compte rendu qui nous permettra de découvrir de nombreuses expériences originales comme le réseau Sati 21 de la Côte-d'Or ; Geremus, l'outil des maires ruraux de l'Aube...

18.05.2004

Radio logicielle, Radio révolution ?

Par Yann Philippin | : 0

Imaginez un téléphone portable capable de fonctionner partout dans le monde, de surfer sur la plupart des réseaux sans fil, et de se transformer en système de positionnement par satellite ou en téléviseur miniature. Ce terminal à tout faire devrait devenir une réalité grâce à la Radio logicielle (software-defined radio). Cette technologie permet de fabriquer des radios flexibles, capables de s'adapter aux différents standards en téléchargeant un simple logiciel. Longtemps réservées aux labos de recherche, ces radios « intelligentes » arrivent enfin sur le marché. Par Yann Philippin.

11.05.2004

Université de printemps de la Fing : Le Bien commun à l’épreuve du développement numérique

Par Hubert Guillaud | : 0

Après deux journées intensives, l'université de printemps de la Fing consacrée au "Bien commun à l'épreuve du développement numérique" s'est achevée. L'occasion pour nous de revenir sur les notions qui y ont été abordées, sur les problématiques qui y ont été débattues, sur les enjeux qui y ont été soulignés.

07.05.2004

Distribution de contenus sur Internet : commentaire sur le projet de taxation de l’Upload

Par Invité extérieur | : 0

Télécom Paris (ENST) - Département Économie, Gestion, Sciences Sociales et Humaines : Michel Gensollen, Laurent Gille, Marc Bourreau
Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM) - Laboratoire d'Économétrie : Nicolas Curien

En janvier 2004, l'étude "Les enjeux économiques de la distribution de contenus", réalisée par le Cerna, proposait une analyse et un remède simples à la crise de l’industrie musicale : seule la gratuité de l’usage des réseaux haut débit explique la baisse des ventes de disques ; la loi doit donc corriger cette aberration temporaire en contraignant les fournisseurs d’accès à tarifer le trafic montant sur le réseau (upload).

Cette étude est contestable, tant dans ses méthodes que dans son analyse. Elle occulte la transformation économique de fond des industries culturelles ; elle se désintéresse des changements de la demande et des pratiques culturelles ; enfin, les dégâts collatéraux qu’occasionnerait la mise en œuvre de la mesure préconisée seraient sans doute pires que le mal qu’il s’agit de combattre.

En réponse à cette étude, Marc Bourreau, Nicolas Curien, Michel Gensollen et Laurent Gille proposent une réflexion sur les questions de fond que pose la copie aux industries musicales : quelle influence a-t-elle réellement sur la baisse des ventes de supports physiques ? S’agit-il d’un simple effet d’aubaine lié à la technique, ou d’une transformation de fond de l’économie des industries culturelles ? Est-il devenu impossible de valoriser la création et l’édition, ou bien la valeur se déplace-t-elle ailleurs ? Pourquoi ne peut-on revenir à la situation antérieure ?

La conclusion des auteurs est sans appel : "La proposition de taxer l'upload pour rétablir la rivalité des biens culturels et pour transformer l’internet en média de masse va exactement à l'encontre de ce qu'il faut faire."

Dans l’intérêt du débat public, la Fing est heureuse et fière de vous livrer cette étude.

Lire l'introduction de Daniel Kaplan : "Des causes d'une crise, et de ses remèdes"

27.04.2004

Les pages persos sont l’oeuvre de leur public

Par Hubert Guillaud | : 0

Qu'est-ce qu'une page perso ? Qu'est-ce qui motive - ou démotive - la création de page personnelle ? Comment évoluent-elles ? Le site personnel est-il une simple vitrine sur soi, ou faut-il au contraire croire qu'il est avant tout une forme de communication avec les autres ?... Entretien avec Valérie Beaudouin, responsable du laboratoire Usages, créativité, ergonomie de France Télécom R&D, pour comprendre ce qui fait le coeur des pages personnelles : l'échange ! par Hubert Guillaud


SOMMAIRE
Entretien avec Valérie Beaudouin
Pages persos : les chiffres
Sources et Bibliographie

Entretien avec Valérie Beaudouin

Valérie Beaudouin est responsable du laboratoire Usages, créativité, ergonomie de France Télécom R&D. Le laboratoire Usages, Créativité, Ergonomie de France Télécom R&D est dédié à l'application des sciences humaines à l'innovation. Il est composé de sociologues, d'ergonomes, d'anthropologues, de linguistes et de cogniticiens qui étudient les comportements des usagers en temps réel. Leurs missions : connaître les usages habituels et les nouveaux comportements de communication, comprendre ce que font les utilisateurs des services, évaluer la manière dont ceux-ci peuvent simplifier leur vie, identifier les freins que peuvent rencontrer certains utilisateurs, anticiper les attentes et les usages. Ils ont par exemple suivi les usages émergents des SMS, du Wap et du chat mobile, analysé les parcours sur l'internet, et étudié les possibilités d'interface intuitives homme-machine. Docteur en Science du Langage, Valérie a co-signé et participé à de nombreuses études sur les pages personnelles (voir Entretien avec Valérie Beaudouin
Pages persos : les chiffres
Sources et Bibliographie

Entretien avec Valérie Beaudouin

Valérie Beaudouin est responsable du laboratoire Usages, créativité, ergonomie de France Télécom R&D. Le laboratoire Usages, Créativité, Ergonomie de France Télécom R&D est dédié à l'application des sciences humaines à l'innovation. Il est composé de sociologues, d'ergonomes, d'anthropologues, de linguistes et de cogniticiens qui étudient les comportements des usagers en temps réel. Leurs missions : connaître les usages habituels et les nouveaux comportements de communication, comprendre ce que font les utilisateurs des services, évaluer la manière dont ceux-ci peuvent simplifier leur vie, identifier les freins que peuvent rencontrer certains utilisateurs, anticiper les attentes et les usages. Ils ont par exemple suivi les usages émergents des SMS, du Wap et du chat mobile, analysé les parcours sur l'internet, et étudié les possibilités d'interface intuitives homme-machine. Docteur en Science du Langage, Valérie a co-signé et participé à de nombreuses études sur les pages personnelles (voir Sources et Bibliographie).

Internet Actu nouvelle génération : Qu'est-ce qu'un site perso ? Face à la diversité apparente tant des formats, de l'élaboration, des contenus que des thématiques traitées, quelle définition peut-on en donner ?

Valérie Beaudouin : Il y a trois manières de concevoir les pages persos selon les acteurs qui les définissent.

Pour le Fournisseur d'accès internet (FAI), les pages persos sont un espace disque réservé à des clients, des abonnés. Dans le détail, on y trouve à la fois des sites d'individus, de petites entreprises, d'associations, d'écoles... On peut dire que l'espace disque personnel est souvent détourné pour être utilisé par d'autres types d'acteurs que les individus. Remarquons au passage que la notion de page personnelle possède des traits spécifiques qui la distinguent ou la catégorisent selon le FAI qui l'héberge. Ainsi, chez Wanadoo on trouve un grand nombre de pages centrées sur l'expression du moi, tandis que chez Free, on retrouve en plus grande proportion que chez d'autres FAI certaines thématiques proches du discours commercial du fournisseur d'accès fondé sur la liberté, comme des sites de sexe ou de "warez" (logiciels piratés).

Pour les concepteurs de sites persos, la page perso est un projet personnel. C'est le lieu de l'expression de soi, à travers la mise en scène d'un centre d'intérêt, d'une passion ou de son expertise technique. Pour eux, la page perso est à l'écart des enjeux commerciaux, même si des liens avec les sites marchands peuvent être présents.

Pour les internautes par contre, la page perso désigne surtout le site web amateur caractérisé par une ergonomie et un graphisme défaillant, un contenu à faible valeur ajoutée. La page perso c'est " la photo de mon chien et trois mots sur ma vie". La page perso c'est un "objet" qu'on se représente d'abord et avant tout négativement.

En réalité, les trois définitions que nous avons données (celle du FAI, du concepteur et du visiteur) ne se rencontrent pas. La page perso est avant tout un terrain d'expérimentation, un work in progress, un espace de création, de restructuration en évolution permanente. La page perso est une trajectoire. Sa caractéristique est de changer de forme en permanence et selon l'état d'élaboration auquel elle parvient, elle est perçue différemment par les utilisateurs.

Internet Actu nouvelle génération : Avec les pages persos, dans quel type de registre se situe-t-on ? Est-on dans celui de la publication ? de la communication ? de la rencontre et de l'échange ?

Valérie Beaudouin : La page perso a une double vocation : se montrer et communiquer. Si elle est souvent le lieu privilégié de l'expression de soi, elle se pose d'emblée sous le signe d'une interaction forte avec le public. Une phrase assez typique d'accueil sur une page perso est par exemple "Bienvenue chez moi" : une invitation qui montre avant tout l'attente d'échange. Quand on analyse les pages persos, on constate que la dimension de communication est évidente : la mise en avant de l'e-mail, de l'adresse de messagerie instantanée, du livre d'or, du forum sont autant de signes forts qui montrent que la page perso est avant tout un lieu d'échange entre son concepteur et les visiteurs, le lieu de construction d'une communauté autour du site.

Internet Actu nouvelle génération : Les pages personnelles sont-elles la marque d'une réappropriation de la parole publique ou seulement une mise en scène de l'identité ?

Valérie Beaudouin : Le rôle de la réappropriation de la parole publique n'est pas anodin. Pour les sites personnels liés à la musique ou à la littérature par exemple, des auteurs anonymes tentent de devenir légitimes pour donner leur opinion. Néanmoins, la difficulté qu'il faut souligner est celle de l'audience. Cette parole publique est-elle entendue ? Les pages persos ne représentent en moyenne que 4 % des sites visités par un internaute.

Internet Actu nouvelle génération : Qu'est-ce qui motive la création de page personnelle ? Quel est le moteur ? Comment et pourquoi un abonné à l'internet en vient à créer sa page perso ?

Valérie Beaudouin : On peut dire qu'il y a trois motivations qui déterminent le passage à l'acte. Tout d'abord "faire connaître" c'est-à-dire mettre en avant ses choix, ses goûts, donner des analyses, produire des commentaires, exposer ce qu'on aime, ses références... Ensuite, "se connaître" : faire un site perso c'est une exploration de soi. C'est aussi dépasser ses limites en acquérant de nouvelles compétences, en maîtrisant un domaine technique complexe. Bref, c'est à la fois un effort sur soi et une maîtrise de soi qui permet de dépasser ses propres frontières. Enfin, il y a une autre motivation qui est de se distinguer, de se faire connaître, de devenir quelqu'un dans le réseau. Entre les nombreux sites persos de fans par exemple, le but est de devenir une référence, un pilier central dans la masse des fans d'un chanteur. L'enjeu est de se démarquer. Notons, et cela n'étonnera personne, que cette les concepteurs de sites persos ne se considèrent pas eux-mêmes motivés par le désir de se différencier, mais qu'ils attribuent volontiers cette motivation aux autres.

Internet Actu nouvelle génération : Et a contrario qu'est-ce qui "démotive" ou qu'est-ce qui contraint à abandonner un site perso ?

Valérie Beaudouin : L'élément fondamental est vraiment l'absence de public. La question de l'audience est centrale dans l'évolution du site. 40 % des sites personnels disparaissent dans les six mois (ce sont des statistiques sur 100 000 sites). L'absence d'audience conduit indubitablement à l'abandon du site. A contrario, pour les sites qui marchent très bien, la difficulté provient de l'accroissement de la charge de travail nécessaire pour faire vivre le site et pour entretenir le réseau qui lui donne de l'existence. Le temps moyen passé à s'occuper de son site et à entretenir la relation avec le public devient d'autant plus lourd et exigeant que l'audience augmente. Cette surcharge s'accroissant avec le succès, cela peut vite devenir incompatible avec le travail, la vie de couple... L'importance et la permanence du travail d'aménagement et d'amélioration du site expliquent beaucoup d'abandons.

Internet Actu nouvelle génération : Un site personnel, c'est l'expression d'une Trajectoire : une "trajectoire d'usage, une trajectoire d'appropriation", pour reprendre les termes de Serge Proulx dans un séminaire récent consacré à la continuité et aux ruptures dans l'appropriation personnelle des technologies (http://www.enst.fr/recherche/economie-gestion/Trajectoires_d_usages.php). En est-il de même pour les pages personnelles ? Evoluent-elles et si oui, comment ? Comment leurs auteurs s'approprient-ils leurs pages personnelles ?

Valérie Beaudouin : Effectivement, dans son processus de production, l'élaboration permanente de la page personnelle est un espace en évolution constante et la notion de trajectoire est centrale. Si l'on part du constat qu'il y a une grande diversité dans l'élaboration des sites personnels, cela dénote qu'il y a création et transformation permanentes. C'est d'abord parce que le site est publié dans un état non abouti et confronté très tôt à son public. Cette véritable interaction entre le public et le concepteur du site conduit immanquablement à la transformation du site.

Plus précisément, on peut distinguer deux types de trajectoires caractérisant la vie d'un site personnel : la spirale descendante et le cercle vertueux. La spirale descendante attire à elle des sites peu élaborés, à faible contenu, mal référencés, qui captent peu d'audience. Ces sites sont voués à un abandon rapide. Il en subsiste toujours des traces sur le réseau, mais qui ne suscitent ni visites, ni réactions. Au contraire, le cercle vertueux entraîne avec lui des sites avec un contenu riche ou original, bien référencés et qui peu à peu rencontrent leur public. Le public grandissant, les auteurs font des mises à jour plus régulières. C'est souvent la voie qui conduit à la professionnalisation du site.

Ce processus de transformation suit assez généralement trois grandes étapes qui sont autant de point d'évaluation de l'état d'avancement du site perso :

- autonomisation du site : on passe progressivement d'un hébergement simple, chez Wanadoo ou Club-Internet par exemple, vers un autre hébergeur permettant de donner une meilleure identité au titre, avant d'ailleurs, le plus souvent, d'acheter son nom de domaine et de trouver un hébergement dédié.

- disparition de l'auteur : on passe progressivement de la page de Jean Dupont à celle de la culture des cactus. L'auteur disparaît au bénéfice de la thématique de son site.

- monothématisation du site : si à leur création beaucoup de pages personnelles sont très hétérogènes et traitent des nombreux sujets qui sont chers à leur créateur, elles ont tendance à devenir de plus en plus monothématiques dans le temps. Ainsi, par exemple, sur un site personnel qui évoquait à la fois le Canal du midi, Carcassonne et une collection de petites bouteilles, une visite deux ans plus tard a montré que tous les thèmes avaient été abandonnés hormis celui des mignonnettes. En fait, l'auteur a développé la partie de son site la plus différentiante. Cette personnalisation, cette évolution est pilotée par l'audience et la volonté de maintenir sa différence par rapport aux autres sites.

Internet Actu nouvelle génération : Ce qui est très intéressant dans votre propos c'est de souligner, que dès l'origine, l'échange est primordial. C'est un phénomène qu'on cerne tout à fait avec les blogs dont la structure même facilite les échanges via les commentaires ou les outils de mesure d'audience ou de "cosmos" (les liens qui pointent vers un blog)... Vous affirmez que dès l'origine, même pour des sites persos en "durs", les interactions avec le public sont premières dans la vie de ces sites. Doit-on croire alors que le site perso est l'oeuvre de son public ?

Valérie Beaudouin : Oui. Philippe Lejeune (http://worldserver.oleane.com/autopact/) dans "Cher écran..." Journal personnel, ordinateur, Internet (Seuil, 2000), montre comment la publication d'un journal en ligne transforme le processus d'écriture du journal intime. Alors que pour celui-ci, le public était un horizon lointain, lors de la publication en ligne, les lecteurs manifestent leur présence, répondent, échangent avec l'auteur. Et ceux-ci reconnaissent que leur pratique d'écriture en a été bien souvent transformée... Bien sûr, le journal intime est un cas extrême de la page perso.

Dans la page personnelle plus standard, le public est visible grâce à plusieurs médiations : les compteurs, les outils de communication et les moteurs de recherche. Les concepteurs de sites suivent de très près ces trois données. La consultation du nombre de visites est bien souvent une activité quotidienne des concepteurs. D'ailleurs, quand ils introduisent des changements, ils en mesurent les impacts en terme d'audience et parfois, n'hésitent pas à revenir en arrière si le public diminue. Les concepteurs passent également un temps important à lire et répondre aux messages, à intervenir dans les forums, souvent dans le but d'entretenir le réseau créé autour de leur site. Quant aux moteurs de recherche, ils sont également l'objet d'une préoccupation constante afin de tester en continu la notoriété de leur site.

Cette attention très forte à la question du public conduit à un déplacement des pratiques éditoriales. Au début, l'auteur écrit des textes personnels plus ou moins appelés à durer. Puis petit à petit, l'actualité, les mises à jour prennent le devant. Le concepteur devient communicant. Son site fait plus de place à son public et il passe plus de temps à "travailler son réseau". C'est d'ailleurs une autre raison de démotivation. Le travail du concepteur se trouve rogné par la gestion du collectif et de l'événementiel, ce qui ne se fait pas forcément sans renoncements.

Internet Actu nouvelle génération : On ne peut pas écouter ce que vous nous dites sur l'échange et la communication sans penser aux blogs, formes modernes, si l'on peut dire, des pages personnelles. Ces outils favorisent les échanges avec le public en introduisant de nouvelles possibilités de commentaires, des moteurs de mesure de cosmos, etc. La surveillance de sa notoriété, de son audience, le temps passé à répondre, commenter, échanger sont autant de pratiques que ces outils facilitent... A vous entendre, on constate que la forme blog est simplement venue répondre à des attentes pour faciliter des processus qui avaient déjà court avec les pages personnelles traditionnelles.

Valérie Beaudouin : Oui. C'est à croire que les concepteurs de blogs ont beaucoup étudié les pratiques des concepteurs de pages personnelles.

Internet Actu nouvelle génération : On estime aujourd'hui que 10 % des abonnés à l'internet essayent de créer leur page personnelle. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, ce chiffre a tendance à diminuer. Pourquoi ? Auriez vous des pistes pour expliquer cette désaffection ? Doit-on d'ailleurs parler de désaffection ?

Valérie Beaudouin : Ce qu'il faut voir, c'est que le nombre de connectés augmente. Chez les pionniers, comme l'écrivait Manuel Castells, la frontière entre concepteur et utilisateur était ténue. Chez les premiers utilisateurs, le rapport production-consommation était plus important. Aujourd'hui, l'internet passe à un marché de masse et d'une manière assez naturelle, la part de création diminue. L'internet change et le public qui l'utilise également.

Internet Actu nouvelle génération : Dans une étude que vous aviez publiée avec Benoît Lelong (http://www.csti.pm.gouv.fr/elements/usagesdom-LelongBeaudouin.pdf) vous souligniez pourtant qu'avec les hauts débits, "l'internaute devient moins passif et spectateur, et de plus en plus acteur et autonome dans sa pratique du réseau". Or cet internet qui change dont nous parlions, n'est-ce pas aussi un internet à haut débit qui se généralise ? Les études du Pew Internet (http://www.pewinternet.org/reports/toc.asp?Report=63) montrent clairement qu'avec les hauts débits, la création de contenus augmente. Qu'est-ce qui fait que la part des internautes qui créent leurs pages personnelles n'augmente pas malgré la progression des hauts débits ?

Valérie Beaudouin : Pour la création de pages persos, il ne s'agit pas que d'une affaire de débit. Nous avions effectivement observé que le passage au haut débit (avec en particulier l'accès Adsl au forfait) modifiait de manière très sensible les pratiques d'internet : explosion des durées de connexion, élargissement du nombre de personnes qui se connectent au sein du foyer, diversification et enrichissement des pratiques. On notait surtout une maîtrise accrue des outils (moteurs de recherche, outils de communication) et de la capacité à s'orienter dans des contenus. Nous n'avions pas observé pour autant une explosion de la création de pages personnelles. Outre les compétences requises, la création de page perso renvoie à une question plus grave, celle de la prise de parole dans l'espace public. Quand nous avons analysé les échanges dans les forums, les chats, nous avons toujours été frappés par la distribution très inégale des prises de parole : un noyau d'hyperactifs et une masse de participants invisibles. C'est un peu la même chose pour les pages personnelles. Peut-être qu'aujourd'hui la diffusion d'outils de publication beaucoup plus simples permettra une sensible augmentation des tentatives d'auto-publication (pages perso, blogs...). Mais rencontreront-elles pour autant un public ? Rien n'est moins sûr.

Internet Actu nouvelle génération : Une partie de vos recherches actuelles portent sur une autre forme de production personnelle : la vidéo. Pouvez-vous nous dire un petit mot de ce que vous étudiez ? Y voyez-vous des continuités, des parallèles ou des différences notables avec la création de pages personnelles ou est-on simplement avec la vidéo à un stade plus avancé que dans le traitement du simple texte d'une page web ?

Valérie Beaudouin : Nous commençons à peine, en collaboration avec Christian Licoppe (Enst) et Johann Chaulet (Université de Toulouse-le-Mirail), à travailler sur la question de la vidéo. Ce nouveau sujet d'étude a pour objet des sites qui mettent en scène des productions vidéos amateurs. Ce que l'on constate immédiatement, c'est qu'on est en face de collectifs et non plus d'individus. Les compétences techniques requises pour la vidéo sont plus complexes. Les contraintes techniques d'espace et de débit sont également plus lourdes. Pour des questions techniques, on passe à une organisation en petit groupe. Et cela change beaucoup de choses.

Propos recueillis par Hubert Guillaud


Pages persos : les chiffres
Voila une question à laquelle il est très difficile de répondre car le développement des sites personnels fait l'objet de peu d'études publiques et que les chiffres divergent sensiblement selon leur provenance.

Combien de sites personnels ?
En France, en juin 2002, l'AFA dénombrait 3,2 millions de sites personnels ouverts chez les hébergeurs membres de l'AFA (http://www.afa-france.com/chiffres/200206.htm ; avec une croissance de 34,6 % sur les 12 derniers mois) pour 7,9 millions d'abonnements individuels à l'internet (ce qui ramené au nombre d'abonnés, représente une moyenne haute de 40 % d'abonnés ayant ouvert un site personnel !). Même si l'on tient compte des doublons, on peut considérer qu'entre 1 et 2 millions de Français ont créé un jour leur site personnel accessible au public sur le web (http://www.fing.org/index.php?num=3436,2). C'est déjà un chiffre considérable. Il n'y a pas de précédent historique de développement, à une telle échelle, d'une forme d'expression publique individuelle ou familiale semblable. Pour rappel, au 30 septembre 2003, l'AFA totalise 9 516 000 abonnements individuels à l'internet.

Combien d'internautes gèrent-ils un site perso ?
Créer ou s'occuper d'un site perso ne concerne que 6 % des internautes Français (source Ipsos, enquête Profiling, décembre 2003 : http://www.ipsos.fr/CanalIpsos/articles/1151.asp et http://www.journaldunet.com/cc/01_internautes/inter_usage_fr.shtml). Cet usage n'arrive que bien loin après la recherche d'information (67 %), la pratique de la messagerie instantanée (33 %), etc. Certaines études apportent même un démenti à l'image romantique de l'internet comme outil communautaire dans lequel tout un chacun serait simultanément producteur et utilisateur d'informations (http://www.fing.org/index.php?num=4738,2).
Le surf sur les pages personnelles ne constitue également qu'une part réduite - mais constante - de la navigation sur le web pour chaque internaute : entre 4 et 5 % du trafic de chaque utilisateur.

Si l'on en croit l'étude du Pew Internet Report sur les usages des internautes américains selon leur connexion (2002, "The Broadband Difference" : http://www.pewinternet.org/reports/toc.asp?Report=63), la "création de contenu" concerne quotidiennement 11 % des abonnés à haut débit contre 9 % des abonnés RTC expérimentés et 3 % du total des abonnés RTC. Mais ces contenus ne concernent pas que les pages personnelles : "elle inclut la gestion de sites dans le cadre professionnel, la participation à des forums, etc.
En 2001, on estimait que plus d'une famille américaine sur 10 disposait de son site personnel.
Selon une autre étude Pew, 44 % des internautes américains ont publié en ligne, 13% des utilisateurs disposent de leur propre site web, et entre 2% et 7% publient un blog (http://www.fing.org/index.php?num=4649,2).

Et les blogs ? Combien de division ?
Là encore, les chiffres sont d'une grande variabilité. Selon Perseus Development, il y aurait 4,1 millions de blogs dans le monde en septembre 2003. A la même date, le National Institute for Technology and Liberal Education (Nitle) estime le nombre de weblogs actifs (mis à jour il y a moins de 90 jours) à 1,4 million : http://www.fing.org/index.php?num=4133,2
Ce qui représente entre 2 et 7 % des internautes américains : http://www.pointblog.com/past/000373.htm
Jean-Luc Raymond, qui tient mensuellement un décompte du nombre de blogs hébergés par des solutions francophones et gratuites, en dénombre 335 122 blogs au 16 avril 2004 : http://mediatic.blogspot.com/2004_04_01_mediatic_archive.html#108204558138657594
Le phénomène blog, synthèse chiffrée : http://www.imediaconnection.com/content/3162.asp
Voir également : http://www.fing.org/index.php?num=4855,2

Sources et Bibliographie
Les éléments synthétisés dans ce dossier s'appuient sur
- Une étude des interactions électroniques d'un groupe constitué autour d'un forum. Les trajectoires des sites personnels des principaux acteurs du forum ont été suivies pendant trois ans. Beaudouin V. & Velkovska J. (1999). "Constitution d'un espace de communication sur internet (Forums, pages personnelles, courrier électronique...)", Réseaux, 17, 97, p. 121-177.
- L'analyse d'un corpus de 100 000 pages personnelles visitées par une cohorte d'internautes extraite du panel NetValue, suivies pendant deux ans. Beaudouin V., Fleury S., Pasquier M., Habert B. & Licoppe C. (2002). "Décrire la toile pour mieux comprendre les parcours. Sites personnels et sites marchands", Réseaux, Vol. 20, n°116, p. 19-51. Une première version en ligne (.pdf) : http://www.cavi.univ-paris3.fr/ilpga/ilpga/sfleury/Articles/typweb.pdf
- Une enquête auprès de concepteurs de sites liés à la musique : Licoppe C. & Beaudouin V. (2002). "La construction électronique du social : les sites personnels. L'exemple de la musique", Réseaux, Vol. 20, n°116, p. 53-96.

Réseaux : http://www.e-revues.lavoisier.fr

Références
- Chandler, D. (1998) : "Personal home pages and the construction of identities on the web", Communication in Tele 98 European Conference, Strasbourg, September 24-26 1998. http://www.aber.ac.uk/media/Documents/short/webident.html
- Dillon , A. Gushrowski, B. (2000) : "Genres and the Web : Is the personal home page the first uniquely digital genre ?", in Journal of the American Society for Information Science, 51, 2, pp 202-205. http://www.asis.org/Publications/JASIS/jasis.html
- Döring N. (2002). "Personal home pages on the Web : A review of research", Journal of Computer Mediated Communications, 7 (3) April 2002 : http://www.ascusc.org/jcmc/vol7/issue3/doering.html
- Klein A. (2001) : "Les homepages, nouvelles écritures de soi, nouvelles lectures de l'autre", Spirale, 28, p. 67-82 : http://www.comu.ucl.ac.be/RECO/GReMS/annaweb/nouvelles_ecritures_de_soi.htm
- Lejeune, P. (2000) : "Cher écran", journal personnel, ordinateur, internet, Ed. du Seuil, 444 p.

26.04.2004

Les cybercarnets (weblogs) et webzines : création de nouveaux genres ?

Par Invité extérieur | : 2

Qu'est-ce qu'un cybercarnet ? Quel est leur "utilité" ? Que disent les carnets de la représentation de soi ? Que sont les Swapie's (sites web d'auto-publication d'information éthique) ? Et en quoi ce type de weblogs est emblématique de la pratique carnetière ? Telles sont quelques-unes des questions qui guident Florence Le Cam (http://www.flecam.com), Valérie Jeanne-Perrier (Celsa) et Nicolas Pélissier (Université de Nice), les auteurs de cette communication présentée lors du colloque "Nouvelles pratiques d'information", à Strasbourg, en octobre 2003.

20.04.2004

Visite à l’Institut St-Joseph de Québec

Par Invité extérieur | : 0

François Schoubben, des Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix à Namur (Belgique), est allé visiter l'Institut St-Joseph de Québec, dirigé par Mario Asselin. Son compte rendu sur les méthodes pédagogiques qui y sont mises en oeuvre nous éclaire sur les étonnantes pratiques qui y ont cours, mais répertorie également les blocages qu'il a fallu dépasser. Quant aux résultats obtenus : ils nous disent incontestablement quelque chose de nouveau sur l'école !

13.04.2004

James Paul Gee : “Les jeux vidéos, des machines à apprendre”

Par Jean-Michel Cornu | : 1

James Paul Gee, professeur à l'université de Wisconsin à Madison, a dirigé de nombreuses publications dans les domaines de la linguistique appliquée, de l'analyse du discours et de l'éducation. Invité au 2e Rencontres Internationales du multimédia d'apprentissage du 15 au 17 mars dernier à Québec, il comparait les manières d'apprendre des jeux et de l'école, certainement pour montrer tout ce que les premiers avaient à apprendre au second. Et inversement.

13.04.2004

Seymour Papert : réinventer l’école de l’extérieur

Par Invité extérieur | : 0

A l'occasion des 2e Rencontres internationales du multimédia d'apprentissage à Québec, du 15 au 17 mars 2004 (http://www.rima2004.org/fr), Seymourt Papert (http://www.papert.org), l'un des artisans de l'introduction de l'ordinateur portable dans les écoles américaines, revient sur l'importance et les transformations associées à cette "introduction" technologique et rappelle que pour sauver l'école, il va falloir la réinventer.

13.04.2004

Robots en réseau

Par Cyril Fievet | : 0

Dans les usines, sur le champ de bataille, sur Mars ou au sein des foyers, les robots sont une réalité du monde d'aujourd'hui. Mais l'ère du robot solitaire est sans doute révolue. Comme les autres machines qui nous entourent, les robots, devenus autonomes et mobiles, apprennent à se connecter, à communiquer et à se synchroniser entre eux. Bienvenue dans le monde des robots - en réseau. Par Cyril Fiévet.

07.04.2004

Stephen Downes : Les nouvelles tendances dans le e-learning

Par Jean-Michel Cornu | : 0

Ce document est un résumé de la présentation de Stephen Downes du National Research Center Canada, lors des 2e Rencontres internationales du multimédia d'apprentissage à Québec, du 15 au 17 mars 2004 (http://www.rima2004.org) sur les cinq technologies émergeantes pour le e-learning : Objet d'apprentissage, référentiels, syndication, personnalisation et environnement.

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