A quelle hauteur est le sommet ?

Que penser des résultats de la première étape du Sommet mondial de la société de l’information (Smsi) ? Le sommet est-il à moitié gravi, ou bien en a-t-on simplement raboté la pointe ?

Les enjeux du sommet étaient assez clairs. Peut-il émerger, autour des réseaux et de leurs usages, un socle d’accord entre les pays sur des questions aussi essentielles que les droits de l’homme, l’accès à l’information et la connaissance, la liberté d’expression ? Est-il possible de se fixer des objectifs clairs, appuyés sur des moyens d’action, pour lutter contre la fracture numérique Nord-Sud et plus largement, pour faire des TIC les instruments d’un développement durable et équitable ? Peut-on au moins s’accorder sur la gouvernance technique, nécessairement mondiale, de l’internet ?

Si l’on s’en tient aux documents officiels, la réponse est : « Non », ou plus poliment : « On verra à Tunis » (où se déroulera la seconde phase du Smsi, du 16 au 18 novembre 2005). Les affirmations de la Déclaration de principes sont souvent aussi vagues que généreuses, quand des incidentes destinées à satisfaire tel ou tel pays ne les vident pas de leur sens. Quant au Plan d’action, l’accord ne s’étant pas fait sur son financement, ses promesses n’engagent que ceux qui les entendent.

Pourtant, il s’est passé quelque chose à Genève. Sur des questions aussi essentielles, il ne faut pas s’étonner de ce que les Etats peinent à s’entendre : s’il était possible de se mettre d’accord sur un modèle de société (de l’information ou non), ça se saurait ! Mais au moins ces questions ont-elles été abordées, les points d’accord et de désaccord identifiés.

Et surtout, il y a eu le travail de la « société civile », ce drôle d’animal politique dont, confessons-le, nous n’attendions pas grand-chose. Des centaines d’ONG (Organisations non-gouvernementales), de groupes informels, voire d’individus, totalement hétéroclites et à la représentativité incertaine, venus des quatre coins du monde, ont pris l’habitude de se rencontrer, de travailler ensemble, de bâtir des consensus, de négocier. La déclaration qu’ils ont adopté à l’unanimité, « Définir des sociétés de l’information (remarquez le pluriel !) centrées sur les besoins des êtres humains », est autrement plus musclée que les textes officiels. Partant de l’idée « que la société de l’information est une question de peuples, de communication, de processus sociaux et que la société des savoirs est une question de valeurs », la déclaration la décline en objectifs parfois discutables, mais toujours clairs.

Malgré la bonne volonté de certains pays, dont la France, l’absence d’écoute de la part des gouvernements a fini par créer une rupture entre le sommet « officiel » et celui de la société civile, qui ont donc accouché de textes différents. Il reste que c’est la première fois que la société civile est associée à la préparation d’un sommet de l’ONU, qu’elle y dispose d’un support logistique, qu’elle y est au moins considérée comme un interlocuteur naturel : un peu comme si, plus intelligemment que l’Organisation mondiale du commerce (OMC), les organisateurs avaient su internaliser leur contre-sommet.

Ce réseau que l’on nomme la société civile, ce travail, ces idées, ne seront pas perdus. Indépendamment des Etats, les premières actions concrètes émergent, par exemple autour de la proposition de « Fonds de solidarité numérique » lancée par le président sénégalais Abdoulaye Wade, que des villes comme Genève, Lyon et Turin ont immédiatement soutenue avec engagement financier à la clé.

Bref, le travail de la « société civile » pourrait finir par redonner de la hauteur à ce sommet.

Pour aller plus loin
Le site officiel du Sommet mondial sur la société de l’information
Le site officiel du « Secrétariat de la société civile »
Le texte en Français de la déclaration (.pdf)
Le portail de l’Unesco consacré au Smsi
Le site officiel de la délégation française consacré aux réunions préparatoires et aux débats
SMSI – 100 : une initiative de prise de parole proposée par Hervé Le Crosnier pour « faire le pari de publier à la volée cent petits papiers pour verser du vinaigre sur le consensus mou et promouvoir une société de l’information égalitaire, fraternelle et libre »
Le Tour de France des territoires pour la société de l’information
La contribution de l’Agence gouvernementale de la Francophonie au Smsi qui souhaite faire avancer le concept de solidarité numérique plutôt que celui de fracture numérique
Le site canadien consacré au Smsi
L’observatoire du Smsi mis en place par Adminet a pour ambition de collecter les principales ressources concernant le Smsi
Interview de Daniel Kaplan à propos du Smsi (Libération du 10/12) : « Il ne faut pas tout attendre des Etats pour réduire la fracture numérique« 
et sur RFI (fichier sonore)
La Fing était le correspondant français des Wsis Awards qui ont distingué 60 projets venus du monde entier

Que penser des résultats de la première étape du Sommet mondial de la société de l’information (Smsi) ? Le sommet est-il à moitié gravi, ou bien en a-t-on simplement raboté la pointe ?

Les enjeux du sommet étaient assez clairs. Peut-il émerger, autour des réseaux et de leurs usages, un socle d’accord entre les pays sur des questions aussi essentielles que les droits de l’homme, l’accès à l’information et la connaissance, la liberté d’expression ? Est-il possible de se fixer des objectifs clairs, appuyés sur des moyens d’action, pour lutter contre la fracture numérique Nord-Sud et plus largement, pour faire des TIC les instruments d’un développement durable et équitable ? Peut-on au moins s’accorder sur la gouvernance technique, nécessairement mondiale, de l’internet ?

Si l’on s’en tient aux documents officiels, la réponse est : « Non », ou plus poliment : « On verra à Tunis » (où se déroulera la seconde phase du Smsi, du 16 au 18 novembre 2005). Les affirmations de la Déclaration de principes sont souvent aussi vagues que généreuses, quand des incidentes destinées à satisfaire tel ou tel pays ne les vident pas de leur sens. Quant au Plan d’action, l’accord ne s’étant pas fait sur son financement, ses promesses n’engagent que ceux qui les entendent.

Pourtant, il s’est passé quelque chose à Genève. Sur des questions aussi essentielles, il ne faut pas s’étonner de ce que les Etats peinent à s’entendre : s’il était possible de se mettre d’accord sur un modèle de société (de l’information ou non), ça se saurait ! Mais au moins ces questions ont-elles été abordées, les points d’accord et de désaccord identifiés.

Et surtout, il y a eu le travail de la « société civile », ce drôle d’animal politique dont, confessons-le, nous n’attendions pas grand-chose. Des centaines d’ONG (Organisations non-gouvernementales), de groupes informels, voire d’individus, totalement hétéroclites et à la représentativité incertaine, venus des quatre coins du monde, ont pris l’habitude de se rencontrer, de travailler ensemble, de bâtir des consensus, de négocier. La déclaration qu’ils ont adopté à l’unanimité, « Définir des sociétés de l’information (remarquez le pluriel !) centrées sur les besoins des êtres humains », est autrement plus musclée que les textes officiels. Partant de l’idée « que la société de l’information est une question de peuples, de communication, de processus sociaux et que la société des savoirs est une question de valeurs », la déclaration la décline en objectifs parfois discutables, mais toujours clairs.

Malgré la bonne volonté de certains pays, dont la France, l’absence d’écoute de la part des gouvernements a fini par créer une rupture entre le sommet « officiel » et celui de la société civile, qui ont donc accouché de textes différents. Il reste que c’est la première fois que la société civile est associée à la préparation d’un sommet de l’ONU, qu’elle y dispose d’un support logistique, qu’elle y est au moins considérée comme un interlocuteur naturel : un peu comme si, plus intelligemment que l’Organisation mondiale du commerce (OMC), les organisateurs avaient su internaliser leur contre-sommet.

Ce réseau que l’on nomme la société civile, ce travail, ces idées, ne seront pas perdus. Indépendamment des Etats, les premières actions concrètes émergent, par exemple autour de la proposition de « Fonds de solidarité numérique » lancée par le président sénégalais Abdoulaye Wade, que des villes comme Genève, Lyon et Turin ont immédiatement soutenue avec engagement financier à la clé.

Bref, le travail de la « société civile » pourrait finir par redonner de la hauteur à ce sommet.

Pour aller plus loin
Le site officiel du Sommet mondial sur la société de l’information
Le site officiel du « Secrétariat de la société civile »
Le texte en Français de la déclaration (.pdf)
Le portail de l’Unesco consacré au Smsi
Le site officiel de la délégation française consacré aux réunions préparatoires et aux débats
SMSI – 100 : une initiative de prise de parole proposée par Hervé Le Crosnier pour « faire le pari de publier à la volée cent petits papiers pour verser du vinaigre sur le consensus mou et promouvoir une société de l’information égalitaire, fraternelle et libre »
Le Tour de France des territoires pour la société de l’information
La contribution de l’Agence gouvernementale de la Francophonie au Smsi qui souhaite faire avancer le concept de solidarité numérique plutôt que celui de fracture numérique
Le site canadien consacré au Smsi
L’observatoire du Smsi mis en place par Adminet a pour ambition de collecter les principales ressources concernant le Smsi
Interview de Daniel Kaplan à propos du Smsi (Libération du 10/12) : « Il ne faut pas tout attendre des Etats pour réduire la fracture numérique« 
et sur RFI (fichier sonore)
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