Soirée Riam consacrée aux technologies audiovisuelles et multimédia en Asie

Le Riam (Réseau national de recherche et innovation en audiovisuel et multimédia, http://www.cnc.fr/riam) et le Cfce (Centre français du commerce extérieur) ont présenté une synthèse de l’état d’avancement des technologies numériques en Chine, au Japon et en Corée.

Hervé Cayla, responsable du laboratoire France Telecom R&D à Pékin, Chine, a tout d’abord expliqué les spécificités du marché de la téléphonie mobile chinois. Prenant l’exemple de Schenzen, un simple « village de pêcheurs » de 40 000 habitants en 1987 devenu une ville de 7 millions d’habitants en 2001, avec un taux d’équipement en téléphones mobiles de 90 %, Hervé Cayla rappelle que le marché chinois connaît « une véritable explosion ». Avec 256 millions d’abonnés, c’est désormais le premier marché mondial de téléphonie mobile. Du reste, le rythme de progression reste très élevé, avec 5 millions de nouveaux abonnés tous les mois.
La Chine a développé son propre modèle de diffusion de contenus sur les mobiles, ressemblant à l’i-mode japonais. Le marché des données mobiles se développe, mais l’essentiel (55 %) provient encore du SMS. Hervé Cayla remarque que « la part de marché des constructeurs de mobiles chinois est passée en trois ans de presque zéro à 50 % » et qu’il est probable que « dans deux ans, 80 % des téléphones soient d’origine chinoise ». Les terminaux ne sont d’ailleurs plus des clones des modèles européens et japonais, mais résultent d’un travail efficace de personnalisation et d’adaptation au marché chinois.
Les opérateurs sont également contrôlés par l’Etat, dans le but de créer des champions nationaux. L’ancien monopole a été scindé en six acteurs plus spécialisés, tous publics.
En matière de recherche et développement, la Chine demeure également très particulière. La R&D y est largement publique et les organismes d’Etat exécutent 30 % de la R&D (contre 7 % aux USA). La Chine mise beaucoup sur les nouvelles technologies, avec une stratégie très volontariste : les dépenses augmentent vite, et sont concentrées sur quelques centres de recherche d’élite (avec une politique de restructuration et fusion des meilleurs universités). Et surtout, « le système chinois encourage un passage rapide de l’innovation au marché », note Hervé Cayla, ajoutant que « toutes les entreprises de haute technologie ou presque émanent de centres de recherche ».
Autre signe de ses ambitions croissantes, la Chine adopte une attitude de plus en plus active vis-à-vis des standards. D’un côté, elle participe à certains travaux de standardisation, progresse sur IPv6, et prend des positions en pointe sur le logiciel libre. De l’autre – qu’il s’agisse d’éviter le paiement de licences ou de défendre sa propre industrie – elle favorise l’émergence de standards alternatifs au niveau national ou asiatique : c’est le cas dans la téléphonie mobile 3G, sur les formats DVD ou en matière de compression d’images.

Pour ce qui concerne le Japon, Alain Puissochet, directeur d’études à l’Idate, est revenu sur le déploiement de la télévision numérique terrestre (TNT), lancée le 1er décembre. Enjeu industriel majeur pour le Japon, la TNT doit permettre de « passer de la télévision qu’on regarde à la télévision qu’on utilise ». Il s’agit de numériser totalement la télévision pour 48 millions de foyers, avec 100 millions de terminaux. D’ores et déjà, 300 000 terminaux ont été vendus. La couverture complète est prévue pour 2006, satellite et câble apportant cependant un complément par endroits. La haute définition et l’interactivité sont prévues dans le plan, et Alain Puissochet remarque que « toutes les grandes dates du calendrier de déploiement sont calées sur les grands événements sportifs internationaux ».
Pierre Mustière, ingénieur chez Jitex au Japon a quant à lui insisté sur la télévision numérique à destination des mobiles. Au moins un téléphone mobile permet dès aujourd’hui la réception de la télévision : il est équipé d’un écran de 2,2″ et offre une heure d’autonomie. L’objectif à court terme des constructeurs est de proposer des téléphones mobiles offrant de la vidéo à 15 images/s, dotés d’écran OLED et garantissant une autonomie d’une heure en mode télévision, plus une heure en mode téléphone. Trois prototypes de ce type ont été présentés par Nec et Sanyo depuis cet été.
Mais pour Pierre Mustière, l’un des enjeux majeurs réside dans « la définition du rôle et des responsabilités respectives entre opérateurs de téléphonie et chaînes de télévision ». Plusieurs scénarios sont envisagés, et donnent lieu à d’âpres négociations portant sur le découpage de l’écran (flux vidéo et données sur le même écran ou séparés…). Outre les aspects techniques (quid de la compression vidéo ?), une autre question subsiste : faudra-t-il payer une redevance pour les terminaux TV mobiles ? Une question qui concerne également la France…

Enfin, Romain Poirot-Lellig, directeur des affaires internationale de l’Association des producteurs d’oeuvres multimédia (APOM), a rappelé l’engouement de la Corée du Sud pour le jeu vidéo, notamment depuis le lancement en 1998 du jeu de stratégie Starcraft (http://www.blizzard.com/starcraft). Au travers d’une politique volontariste (déploiement d’infrastructures, 500 millions d’euros injectés dans les services et les usages) et avec une forte implication des industriels, la Corée a développé un véritable marché de masse pour ses jeux en réseau : 50 % de foyers équipés, 10 millions de joueurs captifs, des lieux d’échanges (PC Baangs) et des sociétés désormais leaders (NC Soft, Nexon, Actoz). Ces dernières, grâce à leur base nationale qu’elles monopolisent, se développent ailleurs en Asie du Sud-Est et tentent de s’exporter aux Etats-Unis. Ce n’est pas un marché de consoles, les consoles japonaises ne se sont jamais développées en Corée.
Le modèle d’affaires est simple : le logiciel client est gratuit, il est généralement téléchargé malgré son volume (qui peut atteindre 2 Go !), et on s’abonne ensuite pour environ 4$ par mois, avec des formules dégressives. Ainsi, le modèle de la vente de cédéroms n’est plus appliqué en Corée.
Le jeu en réseau est également un média d’expression populaire. On joue aussi pour rencontrer des gens en ligne et dans les PC Baangs. La focalisation est sur la compétition et l’interaction sociale. Les PC Baangs sont de vrais lieux de vie, on voit même des gens y dormir, et on n’y consomme pas seulement des jeux en ligne.

Encadré : les écrans du futur

Patrick Baudelaire, vice-président de recherche à Thomson, a présenté un panorama des « écrans du futur ».
Deux technologies sont plébiscitées pour produire des écrans plats de toutes tailles, concurrents directs des actuels écrans LCD : OLED (Organic Light Emitting Diods) et le « papier électronique ».
OLED permet des écrans très plats et souples et surtout produisant une très bonne image, très contrastée. La technologie trouvera des applications directes sur les machines portables (téléphones, assistants numériques) puis plus tard pour les téléviseurs et leurs descendants (murs d’écrans…). Le papier électronique, composé de micro billes noires et blanches qui se déplacent par polarisation pour former une image, devrait être utilisé pour des applications de type « livre électronique », « étiquettes dynamiques » (dans les magasins par exemple), ou en signalétique de rue.
Ces deux technologies sont opérationnelles, et selon Patrick Baudelaire, « France, Etats-Unis et pays d’Asie sont dans les ‘starting-blocks’ pour débuter la production de masse ». Reste tout de même à régler deux problèmes importants : la durée de vie des écrans (la technologie OLED est très sensible à l’humidité, et les polymères organiques utilisés se dégradent au contact de l’air), et les coûts de production. L’objectif à terme pour l’industrie est la production de masse en « roll-to-roll », c’est-à-dire des rouleaux souples sur lesquels les composants sont imprimés pour fabriquer des écrans « au mètre ».
La fabrication de ces écrans requiert donc des investissements considérables, qui croissent à chaque génération (2 milliards de dollars pour une usine de prochaine génération), même si le prix par écran baisse, et même si la perspective du roll-to-roll permet d’espérer, pour les écrans OLED, des coûts de fabrication considérablement réduits.
Dans cette bataille, Europe, Asie et Amérique sont à égalité. Plusieurs des brevets fondamentaux sont déposés par des européens et des américains. En matière d’industrialisation en revanche, l’Asie est pour l’instant en avance.
Alain Puissochet directeur d’études à l’Idate, note d’ailleurs qu’au Japon, Sharp a annoncé l’arrêt de la production de téléviseurs à tubes cathodiques en 2005, au profit du LCD et des écrans Plasma.
En revanche, selon Patrick Baudelaire, les écrans « virtuels » (casques, projection rétinienne…) sont des produits qui demeurent complexes et ne répondent pas – dans les ordres de grandeur de prix actuels – aux besoins du marché de masse.

Daniel Kaplan et Cyril Fiévet

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0 commentaires

  1. Bonjour,

    J’aimerais savoir quelle est la technologie que la tele numerique chinoise est transmise ? Serait-elle le systeme Europeen(DVB), Americain(ATSC) ou bien le systeme Japonais(ISDB)?

    Merci d’avance,

    Alain

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