Le tchat a-t-il de l’avenir ?

Auriez vous cru en lançant votre premier message instantané sur l’internet que ce petit outil malcommode et envahissant – avec ses fenêtres dans tous les sens – deviendrait un jour une application phare de l’internet ? Certainement pas, même si l’instantanéité de l’outil a eu dès l’origine un côté convainquant et fascinant.

Ce sont les adolescents qui ont, les premiers, fait le succès de la messagerie instantanée, d’abord via les salons de discussions ensuite en « individualisant » les relations au sein de leur cercle d’amis. Après avoir envahi l’univers familial et amical (couplée à l’indétrônable webcam), la messagerie instantanée a permi à des millions de personnes de se voir, de s’écrire et de se parler à distance avec une immédiateté qui semblait les rapprocher. Aujourd’hui, c’est dans le monde professionnel que l’utilisation de ces petits logiciels explose, entre collègues distants, mais plus encore entre voisins de bureaux ou entre partenaires de projets. On insiste volontiers sur les inconvénients de la messagerie instantanée, son caractère envahissant ou sa propension à favoriser la surveillance distante. Mais, dès lors que l’on sait en réguler l’usage, il y a aussi une légèreté, une fluidité de l’échange qui apporte beaucoup à la communication au sein de groupes (amicaux ou professionnels). L’échange est synchrone, immédiat, court : c’est-à-dire qu’il vous rend disponible immédiatement du moment où vous êtes connectés. La fenêtre du logiciel n’empiète pas trop sur celles des logiciels sur lesquels on travaille ; on n’a pas besoin d’utiliser un autre appareil (comme le téléphone) ; et la messagerie fournit également un indicateur de présence et de disponibilité qui traduit en permanence la vie de la communauté et de ses membres.

La totale spontanéité offerte par la MI (messagerie instantanée) explique en grande partie l’engouement qu’elle suscite. Pour les échanges rapides entre personnes connectées, l’outil surpasse de loin le téléphone ou le courrier électronique. Moyen de communication privilégié, qui fait apparaître les êtres humains qui composent notre réseau sur notre écran, il semble réservé pour l’instant aux cercles de nos proches, à gérer l’unipersonnel plutôt que le flux. Comme la plupart des outils de communication, il renforce et augmente le nombre de communications qui nous lient aux gens avec lesquels on communique le plus.

Mais cela pourrait changer. En devenant un outil de communication parmi d’autres, la MI semble bien vouloir quitter les berges de la connivence pour traiter le flux, la masse, le nombre. De plus en plus, elle devient un outil de communication entre l’entreprise, ses employés, ses clients et ses fournisseurs, le site et ses visiteurs, l’administration et ses administrés, soi et le monde… Un peu comme le numéro de son téléphone mobile ou son adresse e-mail, au départ réservés à quelques êtres chers, se sont, petit à petit, mis à conquérir le vaste monde.

Outil expressément moderne, il nécessite plus encore qu’avec les forums et l’e-mail de discipliner sa présence, sa disponibilité et son utilisation – ce qui, on le sait, est toujours le plus difficile dans l’appréhension des outils. En faisant vivre concrètement la connexion permanente, la MI peut transformer la disponibilité en un terrible fardeau. Et il n’y a qu’un pas, pour certains, pour voir dans la MI notre futur virtuel : une oreille ouverte en permanence aux pulsations du monde extérieur, une poubelle où se déverserait tous les bruits du monde, c’est selon.

Bien sûr, on peut croire – comme le dessine notre dossier – que les robots seront une solution efficace pour appréhender ces flux. Demain, sur des interfaces de tchat, des robots automatisés bavarderont avec nous et répondront peut-être enfin à nos questions… avant de répondre aux questions de nos propres robots qu’on enverra parcourir les milliards d’interfaces de tchat pour tenter de nous ramener ce saint Graal : l’information qu’on leur aura demandé. A moins que cela ne se termine, un peu comme l’e-mail aujourd’hui : en eau de boudin ! A devoir trier les bons messages entre des centaines de spams et de virus attachés en pièces jointes…

Mais comme ça paraît étrange et paradoxal, vu d’ici, cet avenir où la MI ne se connecte plus qu’à des machines alors qu’il est pour l’instant l’un des rares outils derrière lequel l’humain semble plus présent, toujours prêt à nous étonner au détour d’une nouvelle intervention.

Hubert Guillaud

Auriez vous cru en lançant votre premier message instantané sur l’internet que ce petit outil malcommode et envahissant – avec ses fenêtres dans tous les sens – deviendrait un jour une application phare de l’internet ? Certainement pas, même si l’instantanéité de l’outil a eu dès l’origine un côté convainquant et fascinant.

Ce sont les adolescents qui ont, les premiers, fait le succès de la messagerie instantanée, d’abord via les salons de discussions ensuite en « individualisant » les relations au sein de leur cercle d’amis. Après avoir envahi l’univers familial et amical (couplée à l’indétrônable webcam), la messagerie instantanée a permi à des millions de personnes de se voir, de s’écrire et de se parler à distance avec une immédiateté qui semblait les rapprocher. Aujourd’hui, c’est dans le monde professionnel que l’utilisation de ces petits logiciels explose, entre collègues distants, mais plus encore entre voisins de bureaux ou entre partenaires de projets. On insiste volontiers sur les inconvénients de la messagerie instantanée, son caractère envahissant ou sa propension à favoriser la surveillance distante. Mais, dès lors que l’on sait en réguler l’usage, il y a aussi une légèreté, une fluidité de l’échange qui apporte beaucoup à la communication au sein de groupes (amicaux ou professionnels). L’échange est synchrone, immédiat, court : c’est-à-dire qu’il vous rend disponible immédiatement du moment où vous êtes connectés. La fenêtre du logiciel n’empiète pas trop sur celles des logiciels sur lesquels on travaille ; on n’a pas besoin d’utiliser un autre appareil (comme le téléphone) ; et la messagerie fournit également un indicateur de présence et de disponibilité qui traduit en permanence la vie de la communauté et de ses membres.

La totale spontanéité offerte par la MI (messagerie instantanée) explique en grande partie l’engouement qu’elle suscite. Pour les échanges rapides entre personnes connectées, l’outil surpasse de loin le téléphone ou le courrier électronique. Moyen de communication privilégié, qui fait apparaître les êtres humains qui composent notre réseau sur notre écran, il semble réservé pour l’instant aux cercles de nos proches, à gérer l’unipersonnel plutôt que le flux. Comme la plupart des outils de communication, il renforce et augmente le nombre de communications qui nous lient aux gens avec lesquels on communique le plus.

Mais cela pourrait changer. En devenant un outil de communication parmi d’autres, la MI semble bien vouloir quitter les berges de la connivence pour traiter le flux, la masse, le nombre. De plus en plus, elle devient un outil de communication entre l’entreprise, ses employés, ses clients et ses fournisseurs, le site et ses visiteurs, l’administration et ses administrés, soi et le monde… Un peu comme le numéro de son téléphone mobile ou son adresse e-mail, au départ réservés à quelques êtres chers, se sont, petit à petit, mis à conquérir le vaste monde.

Outil expressément moderne, il nécessite plus encore qu’avec les forums et l’e-mail de discipliner sa présence, sa disponibilité et son utilisation – ce qui, on le sait, est toujours le plus difficile dans l’appréhension des outils. En faisant vivre concrètement la connexion permanente, la MI peut transformer la disponibilité en un terrible fardeau. Et il n’y a qu’un pas, pour certains, pour voir dans la MI notre futur virtuel : une oreille ouverte en permanence aux pulsations du monde extérieur, une poubelle où se déverserait tous les bruits du monde, c’est selon.

Bien sûr, on peut croire – comme le dessine notre dossier – que les robots seront une solution efficace pour appréhender ces flux. Demain, sur des interfaces de tchat, des robots automatisés bavarderont avec nous et répondront peut-être enfin à nos questions… avant de répondre aux questions de nos propres robots qu’on enverra parcourir les milliards d’interfaces de tchat pour tenter de nous ramener ce saint Graal : l’information qu’on leur aura demandé. A moins que cela ne se termine, un peu comme l’e-mail aujourd’hui : en eau de boudin ! A devoir trier les bons messages entre des centaines de spams et de virus attachés en pièces jointes…

Mais comme ça paraît étrange et paradoxal, vu d’ici, cet avenir où la MI ne se connecte plus qu’à des machines alors qu’il est pour l’instant l’un des rares outils derrière lequel l’humain semble plus présent, toujours prêt à nous étonner au détour d’une nouvelle intervention.

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