Simplifier n’est pas entraver

Le prix et la complexité sont toujours les deux principaux éléments évoqués comme frein à la diffusion des ordinateurs et des nouvelles technologies par les populations qui n’y ont pas accès. Malgré la diminution du prix des ordinateurs ces dernières années, celui-ci demeure un frein à leur diffusion, ce qui pousse certains entrepreneurs à s’attaquer à de nouveaux paliers psychologiques, comme celui de l’ordinateur à 100 dollars. Quant à la complexité d’utilisation, elle est bien difficile à appréhender. Pour certain, l’informatique se complexifie sans cesse (il faut non seulement gérer sa bureautique personnelle, mais aussi désormais le web, le mail, le tchat…, sa connexion ADSL, sans fil, sa sécurité, etc.). Pour d’autres, il est incomparablement plus simple d’utiliser la dernière version de son système d’exploitation que la précédente.

Pourtant, on a coutume d’entendre que la “démocratisation” de l’internet passera par la diffusion de terminaux simples, associés à une offre de services pratiques et ludiques adaptés aux attentes de la majorité de la population. Comme le rappelait Daniel Kaplan, à ce jour, cette vulgate n’a jamais été démontrée. Que l’on parle de Net Computer (ordinateur sans disque dur) ou de systèmes d’exploitation simplifiés et adaptés à certains publics, force est de constater que ces simplicités-là n’ont jamais été plébiscitées par le public. Pour la plupart des gens, les ordinateurs « simplifiés » évoquent avant tout des ordinateurs bridés ou des cousins du Minitel, plutôt que des interfaces « naturelles » ou des services accessibles. Ne nous y trompons pas tout de même, il y a encore beaucoup de travail pour supprimer le superflu des technologies existantes et pour les rendre plus accessibles. La simplicité est désormais un peu plus qu’une vertu, comme le mentionnait Cyril Fiévet : « Elle préside désormais à la popularité et à la pérennité des nouveaux usages. »

Pourtant simplifier ne devrait pas signifier entraver, mais donner un moyen d’accéder rapidement, intuitivement à la fonctionnalité désirée. La simplicité, c’est également quelque chose de très personnel, qui n’est pas toujours généralisable. Cette question ne peut être universelle et décontextualisée. Ce que je trouve simple, dépend également d’un contexte, d’un parcours qui diffèrent de ceux de mon voisin.

Simplicité, accessibilité, fiabilité : l’ordinateur permettra-t-il un jour à l’utilisateur de se passer d’un maximum de connaissances préalables à son fonctionnement ? Saurons-nous un jour proposer une machine qui ne demande pas de longs apprentissages pour l’utiliser ? Peut-on faire l’impasse sur l’appropriation des techniques, comme on pourrait faire l’impasse sur l’apprentissage de la lecture ? Est-ce d’ailleurs souhaitable ?

Pour que les « ordinateurs simplifiés » rencontrent leur public, ils devront cesser de confondre simplicité et entrave, utilisabilité et usage. La liberté potentielle de l’utilisateur demeure une motivation prioritaire des acheteurs. Aujourd’hui, l’ordinateur demeure très difficile à utiliser, mais les usages qu’ils libèrent sont de puissants moteurs à l’apprentissage. Dans le difficile équilibre entre simplicité de la machine et autonomie de l’utilisateur, on ne doit pas croire que le second est secondaire.

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0 commentaires

  1. Effectivement, l’ordinateur simplifié, au rabais, version gogol, est une bien mauvaise réponse à une bonne question. Les réponses pertinentes sont avant tout sociales, elles concernent le contexte dans lequel se fait l’apprentissage. Michel Gensollen exprime cela très clairement : « produire une forme nouvelle, c’est produire le cadre social où elle se développera, c’est diffuser les représentations qui permettront sa perception, c’est encourager les usages nécessaires à son utilisation, c’est permettre, chez les citoyens, la transformation des fonctions d’utilité ». (extrait de Economie non rivale et communauté d’information : http://www.gensollen.net/CarryleRouet_040519.pdf )

    Autrement dit, il est anecdotique de savoir si l’ordinateur simplifié dispose ou non d’un disque dur mais il est essentiel de savoir si l’apprentissage de la machine se fait ou non dans un contexte de réseau effectif ; c’est la nature sociale et technique du réseau sur lequel est connecté la machine (toute machine sans exclusive) qui peut introduire soit la simplification soit un surcroît de complexité.

  2. Donc pour les riches de vrais ordinateurs multimédia, pour les pauvres un sous ordinateur, ou il faut une clef usb, ou on ne peut pas lire cd et dvd, et ou le systéme est bloque.

    autrement dit on réalise ainsi un systéme « propriétaire » basé sur du libre, c’est beau le progrés techniques au nom des publics les plus éloignés……..

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