L’innovation ouverte pour changer l’évaluation du risque financier

Les principes du libre et de l’innovation ouverte contaminent un à un tous les pans de l’économie. Le dernier cas en date concerne la finance mondiale et plus particulièrement les agences de notation.

Vous vous souvenez ? Moody’s, Standard & Poor’s… ces agences qui, quelques semaines avant la crise, donnaient encore à Lehmann Brothers une note AAA, permettant à cette dernière de susciter une confiance telle qu’elle pouvait prendre toujours plus de risque avec la bénédiction du marché. Hormis ces prises de risques aussi joyeuses qu’inconsidérées, le système des agences de notations américaines a introduit dans la finance mondiale une distorsion concurrentielle scandaleuse et sans précédent, comme s’en plaignait Alan Greenspan à l’époque : aucun emprunteur (entreprise, banque) ne pouvait obtenir une notation supérieure au risque souverain (établi par ces dites agences) du pays où il est établi. C’est ainsi qu’aucune organisation basée en Inde ne pouvait ainsi avoir une note supérieure à B.

Freerisk.org est une initiative ouverte et transparente qui propose d’évaluer et publier gratuitement le risque financier de tout type d’agent économique : entreprise, banques, États, etc. Le but de l’organisation est non lucratif et tourné vers un bien commun considéré par freerisk.org comme « trop important pour la société pour être un sujet opaque ou un avantage concurrentiel ». Freerisk.org introduit 3 innovations dans la notation du risque :

  • les outils et les modes de calculs sont publics et open source : la transparence est donc totale puisque les calculs peuvent être vérifiés en auditant librement les outils ;
  • freerisk.org se base sur des formats ouverts permettant ainsi une interopérabilité meilleure, plus transparente et plus pérenne ;
  • enfin, le projet repose sur un mode de fonctionnement contributif qui autorise tout un chacun à discuter les choix du projet.

Freerisk.org n’aurait certainement pas pu germer avant la crise, tant la culture financière traditionnelle asphyxiait les consciences. Mais l’expérience de la crise peut maintenant amener à envisager sérieusement un tel projet. Reste que que pour réussir, il devra tout d’abord faire la preuve de la solidité de son système de notation. Mais il devra aussi faire un gros effort de communication et de dissémination auprès des professionnels pour atteindre le seuil qui lui permettra d’être suffisamment nourri d’information pour fonctionner. Les financiers peuvent-ils construire un Wikipédia de l’information financière, libre et ouvert, ou ont-ils trop à gagner à continuer à générer de l’opacité ?

Charles Nepote

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0 commentaires

  1. Un bon exemple d’économie de la contribution, pour tenir compte des avis des amateurs d’économie.

    Peut être un bon moyen pour redonner un esprit qu’il a perdu au capitalisme.

  2. Sur les agences
    Y-a-t-il vraiment distorsion ?
    Cela veut seulement dir qu’un B aux Indes est une notation infiniment supérieure à un triple A aux Etatts-Unis, qui, comme on sait, ne vaut rien.

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