La mort de l’artiste et la naissance de l’entrepreneur créatif – The Atlantic

Dans une intéressante synthèse pour The Atlantic, l’essayiste américain William Deresiewicz (@WDeresiewicz) revient longuement sur la transformation de l’artiste, génie solitaire, en professionnel, en entrepreneur de son art. Rien de forcément très nouveau dans cette analyse, si ce n’est la façon dont Deresiewicz intègre le développement des nouvelles technologies à cette transformation.

“La poussée de la désintégration institutionnelle [qui a conduit à transformer le statut de l’artiste] a coïncidé avec la montée des nouvelles technologies. La culture émergente de l’entrepreneur créatif a précédé la naissance du web, mais le web l’a rendu encore plus saillante. L’internet en permettant de promouvoir, vendre et livrer directement à l’utilisateur a permis de le faire d’une manière qui rivalise avec les entreprises et institutions qui avaient auparavant un quasi monopole sur le marketing et la distribution de l’art.”

Désormais, chaque artiste dispose d’un site web et doit maîtriser tous les aspects de la distribution de son art. “L’entrepreneuriat créatif est beaucoup plus interactif que le modèle de l’artiste génial et même que celui de l’artiste comme professionnel qui opérait dans un ensemble de relations faibles et stables.” Pour les jeunes artistes, il devient plus essentiel d’avoir 10 000 contacts que de passer 10 000 heures sur leur art. L’enjeu est plus celui de la polyvalence. “Comme toute bonne entreprise, l’artiste doit se diversifier”. 

A l’ère de l’artisan, le jugement reposait sur le patron. Dans l’âge du professionnel, il reposait sur le critique. A l’ère du génie, des avant-gardes, il reposait sur les artistes eux-mêmes. A l’âge de l’entrepreneuriat, il repose sur le client.

“La démocratisation du goût, encouragé par le web, coïncide avec la démocratisation de la créativité.” Tout le monde semble se croire écrivain, musicien ou graphiste. “Apple a compris cela depuis longtemps : la meilleure façon de nous vendre ses outils coûteux est de nous convaincre que nous avons tous quelque chose d’unique et d’urgent à exprimer." 

Bienvenue à l’ère du "Produmérisme” (par analogie avec le consumérisme) qui nous appelle à consommer les moyens de créer, à transformer toute production en “expérience”. A l’heure où les oeuvres d’art ne sont plus rien d’autres que des marchandises, où chaque entreprise est créative, où chacun est une création, l’art peut disparaître, puisque plus personne ne peut dire qu’un travail artistique est mauvais. 

À lire aussi sur internetactu.net

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.