Et si le but ultime de l’industrie agroalimentaire était de se débarrasser des animaux d’élevage ? – BastaMag

Comment expliquez-vous cette sorte de schizophrénie des citoyens : on s’émeut de vidéos montrant des maltraitances de chat ou de ragondins, mais on consomme des œufs de poules élevés en batterie, du porc ou des poulets abattus par millions ?

Nous sommes supposés consommer sans nous poser de question. La mise en scène de la consommation de viande et de produits animaux occulte complètement la réalité de l’élevage et de l’abattage, et place le consommateur dans une ignorance qui n’est pas innocente. Car il suffit de peu de choses pour être au courant. Une partie des consommateurs cherche d’ailleurs à s’informer et choisit ses produits. Socialement, nous sommes dans le déni de ces abattoirs immenses, de ces systèmes industriels soutenus par des politiques et l’Union européenne. L’État n’est-il pas le premier à tenir un discours ambigu en faisant la promotion de l’agro-écologie tout en soutenant les filières industrielles ? A nous de nous responsabiliser. 

Les nouvelles technologies du vivant – viandes de synthèse, ou issues de cellules souches… s’exonérant de la mort de l’animal – semblent incarner une réponse à cette souffrance animale, et humaine. Qu’en pensez-vous ?

“La production animale industrielle est devenue insoutenable d’un point de vue écologique, moral et sanitaire. Elle est en passe d’être remplacée par des substituts qui ne sont pas issus de l’agriculture (lire l’enquête de Basta ! sur La nourriture du futur que nous concocte l’industrie agroalimentaire). Des multinationales, des fonds de pension, des fonds d’investissement proposent désormais de produire de la nourriture sans animaux. Avec ces fonds qui investissent dans les poulets sans poulets ou la mayonnaise sans œuf, nous ne sommes plus dans l’agriculture. C’est la forme ultime de l’industrialisation de l’élevage.

Les industriels ont transformé l’élevage, rebaptisé « productions animales », en quelque chose de violent, d’obscène, un non sens dans la relation à l’animal. Ce massacre perpétré sur les animaux peut nous conduire à penser que manger de la viande in vitro est une bonne chose. Or, la question à se poser est la suivante : si l’on ne mange plus les animaux, où sont-ils concrètement ? Si l’on ne mange plus de vache, de cochon ou de poule, il n’y aura tout simplement plus de vache, de cochon et de poule. Pour faire de la viande in vitro de poulets, il suffit d’un seul poulet puisque nous sommes dans la reproduction cellulaire. Et ce, même pendant des milliers d’années ! Il restera alors peut-être deux poules et trois cochons dans un parc animalier… À terme, cela signifie la disparition des animaux d’élevage.”

Interview de Jocelyne Porcher, directrice de recherche à l’Institut national de recherche agronomique, auteur de Vivre avec les animaux, une utopie pour le 21e siècle

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