Pourquoi Facebook et Instagram font-ils de nous des losers ? – Cheek Magazine

Sur Facebook et Instagram, on ne montre que les bons côtés de la vie,
des morceaux choisis par nos soins. À quel point cette mise en scène
peut-elle impacter négativement ceux qui en sont à la fois les
spectateurs et les acteurs, s’interroge Julia Tissier pour Cheek Magazine

Pour le psychologue Sébastien Dupont, il peut y avoir “une impression de grossissement de l’effet de solitude face à la mise en scène de la sociabilité des autres. (…)
Face à des gens qui ont plein d’amis, plein d’activités, on dévalorise son propre capital social”.  

Chacun devient finalement “l’acteur de sa vie mise en spectacle”. Marine Normand décrit ce phénomène avec beaucoup de justesse et d’ironie dans son billet : “Au
lieu de profiter de mon quotidien, je le photographie et je fous un
filtre dessus. Je suis devenue le touriste relou dans le musée de ma
propre vie.”

La photo est belle, mais est-elle le reflet de nos vies ? Comme le soulignait déjà Debord dans La Société du spectacle,
les gens jouent un rôle dans la vie sociale et ils s’identifient à des désirs qui ne sont plus les leurs.

 

““Avec l’individualisation de la société et la chute des grandes
valeurs, il est de plus en plus difficile d’évaluer la valeur de sa vie
et de son identité, précise Sébastien Dupont, le seul critère
qui reste, c’est : la vie que j’ai mise en scène est-elle plébiscitée par
mon public, c’est-à-dire mon groupe d’‘amis’ ?” En devenant l’artiste de notre propre vie, on l’assimile à une œuvre et “on veut que cette dernière trouve son public, et la valeur quantitative de l’audimat finit par primer sur toutes les autres”.
Autrement dit, peu importe ce qu’on fait du moment qu’on le fait avec
style et qu’on récolte du “j’aime” à gogo. Et, sans surprise, le
consensualisme remporte la mise : “Il y a une sorte d’effet d’appauvrissement puisqu’on choisit des images consensuelles du bonheur et du plaisir.”
Exit donc certaines émotions peu glorieuses à l’image de la tristesse
ou du coup de blues, place aux masques de joie et aux expressions
convenues du nirvana.”

Heureusement, la pratique permet de mettre de la distance. 
Derrière le jeu social, la majorité d’entre nous sait “que ce n’est qu’une partie de la vie”.

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