A qui appartient la connaissance ? – Mediapart.fr

Hervé Le Crosnier pour Attac France, revient sur les enjeux de la société de la connaissance, comme nouveau terrain de lutte des classes. Si les nouvelles dominations sont culturelles, les mouvements d’émancipation doivent investir ce terrain :

“Si nous devons vivre une « société de la connaissance », dans laquelle les savoirs, les pratiques collaboratives, le design
ouvert, les principes d’élaboration et de création collective seraient
la norme, il nous faudra la construire en nous opposant aux forces de
mainmise sur tout le travail intellectuel de la planète. C’est un nouvel
enjeu et un nouveau terrain de la lutte de classes. De nouvelles
dominations émergent à chaque condition nouvelle du capitalisme et de
nouveaux mouvements s’y opposent.

Les grands groupes concentrés, souvent plus puissants que les États,
tels les béhémots de l’internet (Google, Apple, Facebook, Amazon… mais
également Baidu, Yandex…), les Big Pharma ou les multinationales de
l’agro-alimentaire (Monsanto, Bayer, Syngenta…), sans oublier les majors
du divertissement (Disney…) ont une tout autre approche de la « société
de la connaissance ». Le pouvoir sur la partie de savoir des
productions, leur capacité à devenir indispensables dans la vie
quotidienne de milliards de personnes ont tissé un écran nouveau sur les
nouvelles formes de domination. En s’opposant aux anciennes structures
industrielles, ces nouveaux acteurs de l’économie de la connaissance ont
souvent englobé leur public parmi les soutiens à leur mode de pouvoir
et de richesse. Une certaine confusion s’installe entre les opposants
démocratiques, qui pensent les communs comme un outil d’émancipation, et
ces nouveaux acteurs qui participent de la vie de tous les jours et qui
promettent en permanence un avenir meilleur par l’explosion de la
technologie en niant les réalités des dominations sociales et des
inégalités.

Il devient donc particulièrement important pour les mouvements
d’émancipation d’investir ce terrain d’affrontement, de se plonger dans
les arcanes des nouvelles dominations, des méthodes que ces secteurs
industriels utilisent pour y parvenir, des dangers que cela comporte
pour les individus. Il est nécessaire que la pensée émancipatrice soit
capable d’intégrer la force de conviction issue des avancées techniques,
la critique de la concentration et les changements des formes de
domination. La question des grandes plateformes de l’internet est par
exemple significative de ce besoin d’une dialectique adaptée à la
situation actuelle et à la place de la connaissance dans le processus
social. Pour étendre leur pouvoir, ces plateformes doivent également
offrir des moyens à leurs opposants, au même titre que le capitalisme
industriel rendait possible l’organisation ouvrière. Et chacun d’entre
nous en utilise certainement la puissance dans sa vie quotidienne. La
logique du « eux et nous » n’est plus de mise, surtout quand le discours
positiviste de la « science des promesses » et les résultats dans
l’économie et dans nos modes de vie des technologies de l’information
sont si intrinsèquement tissés.

Il nous faut donc inventer des formes de résistance adaptées à la
société de la connaissance, et pour cela travailler avec les mouvements
sociaux qui émergent de cette nouvelle situation. Et trouver d’autres
lunettes pour observer les formes actuelles de la lutte de classes. Pour
ce travail fondamental, nous pouvons nous appuyer sur les mouvements
des communs qui s’opposent à la logique propriétaire, et sur les
diverses pratiques que ces mouvements mettent en œuvre dans le monde
entier.”

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