Tacocat : la personnalisation des recherches un cran plus loin

L’histoire du lycéen canadien, Anmol Tukrel, qui a programmée un moteur de recherche présenté comme plus efficace que Google, a été reprise par toute la presse (voir par exemple, en français, sur BFMBusiness). Mais plus que son efficacité, c’est la façon dont il fonctionne qui est intéressante. Sur le site de la startup que le lycéen vient de lancer, on nous détaille le fonctionnement de ce nouveau moteur de recherche qui puise dans les préférences et historique de recherche des utilisateurs pour proposer des résultats adaptés à chacun. L’un des exemple donné est assez emblématique. Imaginons 2 personnes, un qui soit pro-israëlien et l’autre pro-palestinien et que les deux recherchent des informations sur le conflit à Gaza, les résultats de chacun seront singulièrement différents.

Selon le jeune chercheur, le moteur s’appuie sur les travaux du psychologue et professeur d’éthique américain, Jonathan Haidt (Wikipédia, TED) qui développe une analyse autour des 5 piliers de la morale (à savoir : la capacité à prendre soin des autres, la réciprocité, la loyauté au groupe, la hiérarchie et la pureté… qui permet de distinguer les libéraux des conservateurs), qui, à la manière du modèle des 5 facteurs de personnalité utilisé par Crystal Knows, permet de classer les utilisateurs selon analyse sémantique des contenus qu’ils consultent. 

Le moteur d’Anmol Tukrel s’annonce donc comme politiquement personnifiable… et risque surtout de favoriser la bulle de filtre des contenus auxquels nous sommes soumis en renforçant certaines de nos tendances à l’aune de l’historique de nos lectures. Un moteur qui pousse plus loin le problème des préférences des utilisateurs et l’influence des algorithmes sur nos choix, comme le soulignait le psychologue Robert Epstein (@drrepstein) cet été dans Politico.

Epstein s’y inquiètait de la capacité de Google à influer sur les résultats de la prochaine présidentielle américaine. Le chercheur, qui a conduit plusieurs expérimentations dans le domaine, rappelle que l’algorithme de recherche de Google peut influencer le vote des indécis par les résultats qu’il propose. Or beaucoup d’élections se jouent sur des marges de différences très faibles. Selon Google Trends, Donald Trump est aujourd’hui en tête des requêtes des candidats dans 47 des 50 états américains : qu’est-ce qui empêcherait Google de modifier les résultats de requêtes sur ce nom… Le chercheur parle désormais d’effet de manipulation des moteurs de recherche pour dénoncer cette forme d’influence sociale invisible. Il rapporte sa dernière étude portant sur 4500 participants qui montre qu’il est facile de favoriser un candidat juste en permettant aux gens de faire des recherches sur ceux-ci sur internet pendant une quinzaine de minutes, avec un outil permettant de favoriser un candidat sur un autre dans les résultats, juste en changeant l’ordre des résultats proposés (pour plus de détails, voir l’article de Rue89 : Et si Google choisissait pour vous votre prochain président).

Et le chercheur de rappeler l’histoire de la Western Union, qui en 1876 favorisa l’élection du 19e président des Etats-Unis, Rutherford Hayes, notamment en partageant les télégrammes envoyés par l’équipe de campagne de ses opposants à celle de Hayes.

Que serait l’effet d’un moteur qui favorise encore plus nos propres biais que Google comme le propose Tukrel ? On le découvrira bientôt. Le lycéen annonce le lancement d’une application de recherche d’information basée sur son moteur pour la rentrée 2015.

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