Le dilemme du capitaliste – Harvard Business Review

Le spécialiste de l’innovation, Clayton Christensen, l’auteur du Dilemme de l’innovateur, et Derek van Bever signent pour la Harvard Business Review un imposant article sur ce qu’ils appellent le dilemme du capitaliste. Soixante mois après la crise de 2008, les entreprises sont assises sur des piles de liquidités sans investir dans de nouvelles initiatives… Pourquoi ? Pour les économistes, le noeud du problème est que les investissements dans différents types d’innovation ont des effets différents sur la croissance, alors qu’ils sont tous évalués sur les mêmes paramètres. Les innovations d’amélioration de performance (qui remplacent les anciens produits par de meilleurs modèles) et les innovations d’efficacité (qui réduisent les coûts) ne génèrent pas beaucoup d’emplois. Les innovations de création de marchés (qui transforment radicalement des produits et créent de nouvelles catégories de consommateurs), elles génèrent des emplois. Mais les métriques des marchés financiers et des entreprises montrent toujours que les innovations basées sur l’efficacité ou la performance sont meilleures que l’investissement à plus long terme. C’est le dilemme du capitaliste. Faire ce qui est bon à long terme n’est pas une bonne chose pour les investisseurs. Pour Christensen et van Bever, il est essentiel de transformer nos outils de mesure, et ce d’autant qu’ils ont été inventés à une époque où le capital était rare, ce qui n’est plus du tout la réalité. Et de proposer de réorienter le capital pour stimuler l’investissement en généralisant la taxe Tobin, de récompenser la fidélité des actionnaires (en accroissant leur droit de vote au fil du temps, un peu sur le modèle des stocks options) ; de transformer les écoles de commerce (pour que la stratégie et la finance ne soient plus enseignées séparément), développer des tableaux de bords de l’innovation, émanciper le management (pour lui permettre de dépasser la pression sur le court terme)…

Autant de pistes qu’il va falloir encore consolider concrètement… Mais Christensen semble persuadé qu’avec ses étudiants et les meilleurs esprits d’Harvard, il peut déplacer des montagnes. 

Signalons que l’étude s’est basée sur une analyse des articles de la HBR pour identifier les problèmes et les solutions possibles, cartographiés dans une intéressante mind map, reliant les articles inspirants aux idées retenues. 

MISE à Jour : Dans un article du Washington Post on apprend que le projet de recherche de Chrstensen souhaite également inverser la fonction scientifique, en appuyant ses recherches et ses idées sur quelques 4000 de ses étudiants et ex-étudiants via un forum pour mettre en question les avancées de ses recherches. 

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