L’authentique entrepreneur innovant est l’Etat – Liberation.fr

Pour l’économiste Bruno Amable, l’entrepreneur innovant qui prend des risques pour créer produits et emplois tout en cherchant à être libéré du “fardeau réglementaire” n’est pas le personnage central du développement économique, explique-t-il dans une tribune à Libération. Et de revenir sur le livre de l’économiste Mariana Mazzucato, L’Etat entrepreneurial, qui cherche à rétablir le rôle primordial de la puissance publique dans l’innovation.

“Il n’y a pas d’innovation radicale dans lequel l’Etat n’ait pas joué un rôle moteur, non seulement comme financeur de la recherche fondamentale, mais également comme innovateur, créateur de marchés, voire des firmes qui allaient y opérer : Internet, biotechnologies, nanotechnologies, etc. Le capital-risque, supposé être l’ingrédient essentiel de tout système d’innovation dans le mythe de la Silicon Valley, n’intervient en général que 15 à 20 ans après que les investissements fondamentaux ont été engagés par l’Etat, lorsque les risques technologiques ont considérablement diminué et que les opportunités de profit ont augmenté en conséquence. Quant aux firmes privées, elles bénéficient de tout ce que l’Etat a mis en place pour en tirer des profits eux aussi privés. Un exemple frappant est celui de l’iPhone d’Apple. On retrouve l’action (et le financement) de l’Etat dans toutes les avancées scientifiques et techniques qui rendent le smartphone «smart».”

(…) “Les firmes privées qui exigent, et obtiennent, des baisses d’impôts et des dépenses publiques contribuent d’ailleurs à mettre en danger la viabilité de ce système. En privant à terme l’Etat des moyens financiers de jouer son rôle d’innovateur radical, elles assèchent la source des découvertes à partir desquelles elles développent leurs propres produits nouveaux et donc leurs futures sources de profit.

La réalité est que seul l’Etat est en mesure de jouer ce rôle d’innovateur radical et de créateur de marchés. Cela nécessite une vision de long terme, une patience et des moyens que des firmes privées ne peuvent ou ne veulent pas posséder. Dans ce domaine, l’action publique est donc irremplaçable.

Une politique industrielle tirant les conséquences de ce constat devrait redonner à l’intervention publique une place centrale, non comme correcteur des échecs de marché ou garant de la libre concurrence, mais comme innovateur et créateur de marchés. Cela suppose de ne pas se contenter de rétablir les marges des firmes ou de les financer passivement et indirectement avec des mécanismes ruineux comme le crédit d’impôt recherche en espérant qu’elles utiliseront ces ressources pour financer des recherches menant à des découvertes radicales. Elles ne le feront pas.”

Reste à savoir comment donner à l’Etat une vision à long terme et arriver à développer une politique industrielle qui porte ses fruits et ne profite pas seulement à quelques gros acteurs…

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