Les promesses du numérique

“Des outils initialement conçus pour équiper le travail, sont devenus des technologies de la relation humaine, voir de la chaleur humaine, qui permettent et même parfois imposent de mobiliser notre affectivité, nos habiletés relationnelles, notre capacité de créer du lien social – pour « optimiser » notre existence en société. Voilà la promesse sous-jacente aux usages sociaux du Web et de ses technologies sœurs. La promesse de faire coexister nos vies professionnelles et nos exigences personnelles. La promesse de pouvoir activer à merci nos « liens faibles » sans pour autant nous faire étouffer par nos « liens forts ». La promesse de retrouver la liberté et l’abondance des sociétés issues de
la modernité industrielle, sans renoncer aux formes de solidarité et de loyauté propres aux groupes traditionnels. La promesse que le conflit et la solitude qui sont le propre de l’existence humaine ne prennent plus le pas sur la coopération harmonieuse et la communication.

En se mettant en résonance avec nos émotions, nos plaisir et nos dégoûts, l’expérience numérique – trop longtemps associée à des notions de déperdition de réalité, d’illusion, d’aliénation – finit par se faire porteuse de l’engagement à réaliser notre vie en société. Et cela non seulement sur la plan personnel, mais aussi sur le plan collectif, en prospectant la possibilité de faire (re)vivre certaines aspirations politiques que l’on croyait dépassées : la communauté « pure », la participation « ouverte » à la vie politique, la transparence du fonctionnement étatique, la fin des totalitarismes de toute obédience.

Certes, les utopies politiques qui se sont fédérées, au cours des trente dernières années, autour des usages restent inévitablement de l’ordre de la projectualité. Et l’on peut légitimement se méfier d’un certain techno-déterminisme qui ferait du numérique non seulement une manière de faire société, mais la meilleure des manières possibles. Si nous nous devons de garder une distance et une vigilance critique vis-à-vis de ces utopies, ce serait toutefois injuste et erroné de ne pas faire l’effort de reconnaître les attentes et les aspirations sociales qu’elles traduisent. En effet, elles interpellent nos priorités politiques, et indiquent des directions pour l’activité publique. En ce sens, les expériences d’« action connective » peuvent être reconnues comme des vecteurs de valeurs de liberté et d’inclusion portées par la société civile.”

Antonio Casilli in “Le lien social à l’ère du web 2.0” (.pdf)

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