Les cultures de la mesure de soi : vers une sociologie de l’informatique personnelle

Dans une récente communication (.pdf) – voir également le billet qu’elle publie sur Ethnography Matters -, la sociologue australienne Deborah Lupton (blog, @DALupton) s’intéresse “aux cultures de la mesure de soi”.

Elle rappelle qu’à la mi-2014, ont trouvait plus de 100 000 applications de santé et médicales sur les store d’Apple et Google. Selon Nielsen, 1/3 des Américains utiliserait une application de santé ou de sport sur son smartphone. Et cette pratique se développe chez les professionnels de santé : hôpitaux et fournisseurs de santé développent désormais des applications – ce qui pose d’ailleurs le problème de la certification des applications, entre les applications “sérieuses” et celles qui ne le sont pas ainsi que l’usage professionnel des applications. Un sondage souligne même que 2/3 des médecins Américains en utilisent dans le cadre de leur travail. Le problème est qu’elle ne sont pas sans biais. Son étude des applications dédiées à la sexualité et à la reproduction par exemple, montre qu’elles sont extrêmement genrées : les applications pour les hommes focalisent sur la mesure de la performance sexuelle, celles pour les femmes sur la fertilité. 

Dans sa communication, elle explique notamment que la mesure de soi s’impose de plus en plus aux gens, dans le cadre de la santé, du travail… Non seulement, la mesure de soi induit souvent des valeurs de jugement moral sur l’activité des gens, mais, en devenant des conditions de santé ou de travail, elle obscurcit les déterminants sociaux qui président jusqu’à présent à son adoption. L’engagement (du patient, de l’employé…) est devenu le maître mot. Pour elle, on ne regarde pas assez l’origine socio-économique de ceux qui pratiquent et vantent les vertus de la mesure de soi. Or, les privilégiés sont plus capables d’exercer du contrôle sur leur vie que les gens désavantagés économiquement. Il est temps de s’intéresser aux déterminants sociaux de la mesure de soi ! 

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