Pourquoi écrivons-nous si mal ? – Wall Street Journal

“Pourquoi écrivons-nous si mal ?” interroge le psychologue de l’université d’Harvard, Steven Pinker, dans une tribune pour le Wall Street Journal. “Pourquoi est-il si difficile de comprendre un formulaire administratif, un article scientifique ou un mode d’emploi pour mettre en place un réseau domestique sans fil ?”

“L’explication la plus populaire est qu’une prose opaque est un choix délibéré.” Une manière pour certains de se venger d’une anatomie disgracieuse, de faire passer leur charabia prétentieux pour de l’intelligence, ou de volontairement rendre un service ou une information incompréhensible pour être moins dérangé… Mais cette explication est un peu facile. “Il ne faut jamais attribuer à la malice ce qui peut-être expliqué par la stupidité.” Ce n’est pas une question d’ignorance, de perversité ou de manque d’intelligence… 

Pour Steven Pinker, nous souffrons de “la malédiction de la connaissance”, c’est-à-dire que nous avons de la difficulté à imaginer ce que c’est pour quelqu’un de ne pas savoir ce que nous savons. Et cette malédiction est la meilleure explication pour comprendre pourquoi des gens intelligents écrivent bien souvent si mal.

La plupart des gens qui écrivent ne se mettent pas à la place des autres. Ils n’imaginent pas ce que les lecteurs ne savent pas et ne voient pas que ce qui leur semble évident ne l’est pas forcément pour d’autres. Trop souvent un auteur n’explique pas son jargon, ne précise pas sa logique ni ne fournit les détails nécessaires pour qu’on le comprenne. Or, la malédiction de la connaissance est une malédiction diabolique, souligne Pinker. Comme un homme ivre trop affaibli pour se rendre compte qu’il est trop saoul pour conduire, nous ne remarquons pas la malédiction, car elle nous empêche de nous en rendre compte. Et c’est ainsi que chaque étudiant renvoi à son maître de stage  "monrapportdestage.doc" ou que les demandeurs d’emplois envoient “moncv.doc”. Tout ceux qui écrivent des notices et des manuels d’utilisations sont persuadés qu’ils sont claires et simples. 

Pour Pinker, la malédiction de la connaissance est un frein omniprésent aux aspirations de l’humanité qui est aussi néfaste que la corruption, la maladie ou l’entropie. Rien de moins !

Comment résoudre cette malédiction ? Le conseil traditionnel consistant à dire à ceux qui écrivent qu’ils doivent toujours penser au lecteur qui lit par-dessus leur épaule n’est pas assez efficace. Se mettre dans la peau de quelqu’un d’autre n’aide pas forcément à savoir ce qu’il connaît et ne connaît pas. Mais c’est un début. C’est déjà mieux que rien. Il faut savoir que les lecteurs en savent toujours beaucoup moins que vous sur le sujet que vous abordez. Autre conseil, montrez ce que vous écrivez à des gens proches du public cible que vous visez pour voir s’ils vous suivent, vous comprennent… Autre conseil, laissez reposer votre texte et revenez-y une fois qu’il ne vous est plus familier… Vous serez alors étonnés du nombre de fois où vous vous direz “Qu’est-ce que j’ai voulu dire par là ?”

Le meilleur conseil qu’on puisse donner estime Pinker est de toujours essayer de vous mettre dans la peau des autres. Cela ne fera pas de vous pour autant un meilleur écrivain, mais au moins ferez-vous preuve d’un peu de bienveillance. 

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