On a découvert les mécanismes de l’addiction… – HuffingtonPost

A l’occasion de la parution de son nouveau livre, Chasing the scream (site) consacré à l’analyse de la lutte contre la drogue, le HuffingtonPost.fr a traduit la tribune du journaliste britannique Johann Hari (@johannhari101) qui montre que l’addiction à la drogue, la dépendance, a certainement plus d’origines sociales que chimiques. 

“Supposons qu’à la suite d’un accident automobile, vous souffriez d’une fracture de la hanche et qu’une ambulance vous transporte en
urgence à l’hôpital. Il y a de fortes chances qu’on vous administre
aussitôt de la diamorphine, l’appellation médicale de l’héroïne. Comme
vous, bon nombre de malades en reçoivent pendant de longues périodes
pour soulager la douleur. Cette héroïne-là est bien plus pure et plus
puissante que la poudre frelatée vendue par les dealers. Si l’on adhère à
la théorie couramment admise sur les addictions, à savoir qu’elles sont
la conséquence d’une accoutumance à la drogue évoluant vers un besoin
physiologique, tout patient, vous y compris, cherchera logiquement à
s’approvisionner en came pour satisfaire sa dépendance dès sa sortie de
l’hôpital. Pourtant, ce n’est quasiment jamais ce qui arrive.

C’est un docteur canadien, Gabor Mate, qui me l’a fait remarquer : la
même drogue transforme les drogués de la rue en junkies désespérés alors
qu’elle n’affecte pas des patients qui en ont consommé dans un cadre
médical. Si vous croyez encore (comme je le pensais aussi) que la
dépendance a des causes chimiques, ce qui précède n’a aucun sens. En
revanche, si adhérez à la théorie de Bruce Alexander, tout s’éclaire.
Les junkies sont comme les rats enfermés dans une cage individuelle, qui
n’ont d’autre source de réconfort que l’héroïne. Le patient, quant à
lui, s’apparente aux rats de la seconde cage. De retour chez lui, il
reprend sa vie normale, entouré de ceux qu’il aime. La drogue est la
même mais l’environnement est radicalement différent.

Tout cela
va bien au-delà de la simple compréhension de la toxicomanie. Pour le
Pr. Peter Cohen, nous éprouvons tous un besoin viscéral de créer du
lien. C’est ce qui nous comble. Quand c’est impossible, nous prenons ce
que nous avons sous la main – le ronronnement d’une roulette de casino
ou la piqûre d’une seringue. Selon lui, il faut arrêter de parler de
dépendance et préferer le terme de connexion. Faute de pouvoir nouer des
liens profonds, on se connecte à l’héroïne.”

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